Danser... au-delà du nombre des années !

En invitant sur scène trois danseuses âgées de plus de 50 ans, le chorégraphe Thomas Lebrun transforme La Jeune Fille et la mort de Schubert en une œuvre qui cherche l’humanité perdue de la danse contemporaine.

Nommé en janvier dernier à la tête du centre chorégraphique national de Tours, Thomas Lebrun monte pour la première fois, en tant que chorégraphe, sur les planches de la Maison de la danse. Pièce pour sept interprètes, un chanteur lyrique et un quatuor à cordes, La Jeune Fille et la mort était pour lui une œuvre colossale, à laquelle il n’osait pas vraiment s’affronter. En 2005, il emprunte le deuxième mouvement pour créer un solo, jusqu’à ce que son envie de travailler avec des danseuses plus âgées se concrétise et qu’il réunisse l’équipe idéale pour réaliser son projet.

“Un hommage aux femmes”

Autour de trois hommes et de la jeune fille – interprétée par Anne-Sophie Lancelin, 27 ans –, se retrouvent des figures de la danse contemporaine française des années 1980 : Odile Azagury, Christine Gérard et Corinne Lopez, âgées de 52 à 62 ans, qui avaient pratiquement arrêté de danser. Ces rencontres ont quelque peu bouleversé le thème de départ de la pièce.

“Au début, nous dit Thomas Lebrun, j’étais parti sur l’idée de questionner le romantisme, la façon dont l’expression des émotions peut exister dans notre société et dans l’art chorégraphique, alors qu’on n’est pas vraiment dans une époque romantique. Ceci avec le regard de ces femmes, qui pouvait être différent du fait de leurs expériences passées jusqu’à aujourd’hui. Mais, avec le recul, je crois que j’ai plus travaillé sur la vieillesse, et finalement la pièce s’est transformée en un hommage aux femmes. La mort est présente sans l’être, car elle n’a pas de représentation sur scène. Il y a plutôt des états de bouts de vie, des évanouissements, des pertes de conscience, ce n’est ni triste ni dramatique. Pour moi, c’est le parcours d’une jeune fille avec la prise de conscience de la vieillesse et de la mort.”

Refuser les diktats du monde de la danse

La présence de ces femmes plus âgées a une logique dans le travail du chorégraphe. Car Thomas Lebrun revendique une humanité disparue dans nombre de spectacles actuels. Comme si le monde de la danse subissait, depuis plusieurs années, le diktat de certains courants trop conceptuels qui ont, selon lui, souvent besoin de mettre d’autres choses autour de la danse pour réussir une œuvre. Des courants qui ne questionneraient pas la danse elle-même mais seulement la pensée de la danse et qui écartent la visibilité d’artistes travaillant différemment.

Ce que veut Thomas Lebrun, c’est redescendre de la tête aux tripes, retrouver le physique et le ressenti, faire savoir que la danse se transmet aussi par la musique ou le temps.

“Ces femmes ont apporté une autre histoire à la pièce, tout simplement parce qu’elles font partie d’une génération qui défend le mouvement et la qualité du geste. La danse peut, à elle seule, dire beaucoup. Contrairement à de jeunes artistes, elles savent ce que signifie être sur scène. Elles sont capables d’être en transe tout en étant conscientes de ce qu’elles font. L’important, c’est ce qu’il se passe au plateau avec tout le monde, et non pas leur propre personne. Dans ce spectacle, il y a un engagement total des danseurs avec une envie d’aller, ensemble, dans le même sens. Et j’ai cette sensation, que la force du groupe et de l’interprète provoque une véritable émotion.”

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La Jeune Fille et la mort, de Thomas Lebrun. Jeudi 3 et vendredi 4 mai, à la Maison de la danse.

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