Thermorégulation sociale – Cie Tiers Temps © Hervé Mazaury
Thermorégulation sociale – Cie Tiers Temps © Hervé Mazaury

Danse : Thermorégulation, une question de survie, à Bron

Les danseurs Emmanuel Monneron et Marjorie Salles plongent au cœur d’un voyage qui expérimente, dans la résistance au froid, une manière de survivre et de se construire.

Le duo lyonnais de danseur et chorégraphe qui constitue la compagnie Tiers Temps est pour le moins atypique. Emmanuel Monneron est psychiatre à l’hôpital du Vinatier, danseur et chorégraphe formé, entre autres, chez Maguy Marin et au conservatoire régional de Lyon. Marjorie Salles est architecte et paysagiste, formée à la danse notamment auprès de Laura Aris Alvarez et Quan Bui Ngoc. Thermorégulation sociale est leur deuxième pièce, créée en 2019 dans le cadre du festival Chaos Danse. L’idée du projet est née lors d’une biennale, tandis qu’ils assistaient à des spectacles avec des scènes de chaos et de manipulation de corps, constatant alors qu’ils ne voulaient pas cela dans leur travail. Ils se sont donc mis à chercher l’antidote à la violence pour trouver un lieu qui permette de se reconstruire et de se régénérer. “On a travaillé, nous disent-ils, sur comment on essaie de se soutenir, de s’entraider, on s’est interrogé sur ce qui nous fait du bien, ce qui nous régénère, sur ce dont on a besoin quand on est au bout du bout.” La thématique du voyage est ainsi apparue, avec deux axes forts : les relations et l’organisation de deux individus qui cheminent, et la transformation qui s’opère pour chaque individu au cours d’un voyage, une traversée de l’espace avec le déplacement dans le froid et la confrontation aux éléments naturels.

Entre brouillard et chaleur des corps

Le titre du spectacle, Thermorégulation sociale, est le nom donné à la stratégie d’organisation du groupe chez une multitude d’espèces animales, la plus emblématique étant celle des manchots. “Ils organisent, précise Emmanuel Monneron, les circulations à l’intérieur du groupe pour qu’en permanence il y ait quelqu’un au milieu qui se réchauffe et qu’une fois réchauffé il se retrouve à l’extérieur et qu’il fasse rempart à ceux qui étaient à l’extérieur et qui sont rentrés à l’intérieur du groupe. C’est une belle leçon pour nous, êtres humains, et en plus ce n’est pas émotionnel ou affectif, ils ne s’organisent pas comme ça parce qu’ils s’aiment bien, mais parce que c’est une nécessité pour faire face à leur survie.” Immergés dans une scénographie où le brouillard plane, les danseurs développent une gestuelle portée par la marche et les traversées, dans le contact avec le sol lorsque les corps se traînent ou qu’ils sont tirés. La chorégraphie répond aux boucles musicales répétitives, une bande-son distille par moments des sons captés dans le silence de la nature en Islande, comme des bruits de pas dans la neige. Les mains se frottent à la recherche de la chaleur et les corps se blottissent.

Cie Tiers Temps / Thermorégulation sociale – le 3 octobre à 12h et 18h à l’amphithéâtre culturel de l’université Lyon 2 (Bron)
–> Conférence de Damien David (maître de conférences à l’Insa et enseignant-chercheur au Cethil) uniquement le 3 octobre après le spectacle de 12h, sur la thermorégulation sociale chez différentes espèces animales


[Article extrait du supplément Culture de rentrée de Lyon Capitale – Septembre/Décembre 2019]

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