Frédérick Houdaer et Judith Wiart

Culture : les livres qui font le printemps en Auvergne-Rhône-Alpes

Il y a désormais une rentrée littéraire au printemps ! Parmi la quinzaine de livres d’auteurs de notre région publiés à cette occasion, nous vous présentons les quatre coups de cœur du mois. D’autres suivront…


Le choix des larmes

Un nouveau polar de François Médéline, auteur de Tuer Jupiter et, récemment, La Sacrifiée du Vercors, ça ne se refuse pas.

Son style à la mitrailleuse, les images, idylliques ou horribles, qu’il multiplie, on les dévore ! D’autant que dans son dernier opus, Les Larmes du Reich, il a particulièrement soigné la construction, le suspense – qui est, selon l’expression consacrée, haletant.

Le problème c’est que cela rend difficile de parler du livre, sans en divulgâcher les surprises émaillant le récit. Elles sont de taille (ça on peut le dire). Notamment concernant le héros principal, l’inspecteur Michel, curieux bonhomme qui poursuit ses investigations à bicyclette. Ce qui ne l’empêche pas d’avancer rapidement dans son enquête pour trouver qui, lors de ce torride été 1951, a tué les époux Delhomme, au fusil de chasse (nous sommes dans la campagne drômoise). Ce qui expliquera peut-être pourquoi le titre fait allusion au “Reich”, et donc à la guerre, à l’Allemagne nazie. Peut-être… Mais on vous en a déjà trop dit.

Les Larmes du Reich – François Médéline, éditions 10/18, 198 p., 14,90 €.


Un Monde de salauds souriants, premier roman prometteur

À quarante et un ans, le Villeurbannais Thomas Rosier sort un premier roman étonnant, Un Monde de salauds souriants. Le charpentier (c’est son métier) l’a écrit entre deux chantiers. Il a imaginé la rencontre entre trois personnages à la fois singuliers et révélateurs de notre époque, même si le livre se passe dans un futur proche.

Il y a Lucas, manière de hikikomori occidental, qui vit reclus dans sa chambre, nourri par sa mère (son père préférerait le tabasser) quand il consent à entrouvrir sa porte. Mélanie, presque aussi paumée, universitaire précaire, militante associative qui navigue de teufs en manifs… Et, enfin, Michel, apparemment plus équilibré, boomer et sexagénaire qui a fait fortune dans le domaine du zen et de la chirurgie esthétique.

Thomas Rosier passe habilement d’un personnage à l’autre au sein de ce trio inattendu. Avant de les amener à se rencontrer d’une façon… explosive. Il y a du suspense, de l’humour et un regard critique sur notre société capitaliste. Bref, un talent littéraire incontestable, quelque part entre Melville et Houellebecq, qui mérite d’être découvert.

Un Monde de salauds souriants – Thomas Rosier, éditions Actes Sud, 240 p., 16 €.


Paul Verlaine, en toute amitié…

Alain Dulot vit dans l’Ain, département dont il est originaire. Mais c’est à Paris, à la fin du XIXe siècle, que nous plonge son livre, Tous tes amis sont là. Le 8 janvier 1896 au 39 de la rue Descartes, à 51 ans, la déjà trop vieille carcasse de Paul Verlaine, abîmée par ses excès et sa vie misérable, a rendu son dernier souffle. Le 10 janvier au matin, par un froid sec, tous les amis de Verlaine (ou presque) sont là, parmi une foule nombreuse, afin d’accompagner sa dépouille jusqu’à sa dernière demeure, au cimetière des Batignolles. Près du corbillard se pressent les écrivains qui l’ont soutenu jusqu’à la fin, ses proches et les deux femmes de sa vie, unies par une singulière jalousie. Alain Dulot profite des circonstances lugubres pour distiller d’excellents portraits (Catulle-Mendès, Barrès, les frères Goncourt, Huysmans…), teintés d’une ironie lucide. Il n’oublie pas d’évoquer le grand absent de la cérémonie, Arthur Rimbaud, et l’amour maudit qui a rapproché les deux grands poètes. Entre fiction et biographie, sans jamais tomber dans l’hagiographie, Alain Dulot adresse à Paul Verlaine un bouleversant hommage.

Tous tes amis sont là – Alain Dulot, éditions de La Table Ronde, 176 p., 16 €.


Du bois dont on fait des nouvelles

Le recueil de nouvelles Dures comme le bois, écrit par Judith Wiart et Frédérick Houdaer, a été conçu d’une drôle de façon.

L’un ou l’autre commençait à écrire environ une page qu’il envoyait par mail à son coauteur (ou sa coautrice), qui rajoutait à son tour une ou deux pages. Et ainsi de suite, mais sans jamais s’en parler.

Le résultat, c’est 19 nouvelles de 5 à 13 pages, jubilatoires, qui reflètent un quotidien pas toujours réjouissant. Il n’est pas interdit de penser à de grands écrivains, et nouvellistes, américains tels Raymond Carver ou Richard Ford. Chaque nouvelle nous envoie brièvement dans un petit monde en crise. Même si la crise est vécue avec philosophie comme cette nouvelle où l’on voit un homme, dans son transat, qui ne fait rien et ne cultive rien dans son jardin ouvrier.

C’est aussi pour nos deux auteurs une occasion de se glisser dans les fractures de notre société. Ainsi découvre-t-on une baby-sitter néo-féministe entrer en conflit avec les parents de la petite fille dont elle a la garde. En voulant imposer, lors d’une fête d’anniversaire, l’obligation pour les garçons de jouer avec des jeux de filles, et vice-versa.

Summum du recueil : le journal intime tenu par un ado qui part pour un bref séjour linguistique en Italie. Les clichés habituels sont pulvérisés, au profit d’une vision de la société actuelle, peut-être plus dure mais surtout plus juste et plus drôle.

Dures comme le bois – Judith Wiart et Frédérick Houdaer, éditions Sous le Sceau du Tabellion, 216 p., 19,50 €.


 

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