© Olivier Chassignole

Culture à Lyon : "Pier 7" danse, skateboard et utopie aux Subs

Performeuse, danseuse et chorégraphe, la Lyonnaise Malika Djardi relie la danse au skateboard pour expérimenter de nouveaux espaces, ceux de la scène et de la rue. Du 14 au 16 décembre aux Subs.

La nouvelle création de Malika Djardi, Pier 7, évoque une place mythique du skateboard à San Francisco qui devint renommée à la fin des années 1990, après s’être transformée en lieu de migration des skateurs pourchassés par la police, leur présence dans les rues étant jugée sale et dangereuse.

Aujourd’hui, le skate est reconnu dans le monde entier comme une pratique sportive et artistique avec ses figures et son langage, tout en restant encore l’expression d’une communauté transgressive qui cherche à vivre la ville différemment, défiant avec un esprit frondeur une architecture qui n’a pas été conçue pour la recevoir.


Comment vivre une utopie de la ville différente de celle que l’on nous impose ?


Réinvestir l’espace urbain, le redessiner pour créer à partir de ses contraintes et finalement revendiquer une liberté de penser et de se mouvoir. Dans cette pièce, la chorégraphe cherche à relier la rue et la scène en jouant sur des frictions entre danse et skate, tenue par le désir de déplacer l’espace scénique et en posant des questions : comment vivre une utopie de la ville différente de celle que l’on nous impose ? Qu’est-ce que l’espace du théâtre traditionnel avec son histoire bourgeoise et quelle est la place du corps, de la danse dans un système établi ? Comment ouvrir nos pratiques, inventer d’autres espaces pour proposer au public d’autres points de vue ?


“J’aime ce qui n’est pas consensuel"


“Le projet, nous dit-elle, est parti d’un dialogue avec JB Gillet, lyonnais d’origine, âgé de 43 ans et figure internationale du skateboard parti aux États-Unis dès l’âge de 14 ans pour l’exercer professionnellement après avoir été très vite repéré. Il a vécu l’émergence du skateboard, ce qu’il représentait comme contre-culture avec ce désir d’échapper aux contraintes de la vie quotidienne, le refus des normes sociales. La vidéo de ce dialogue autour de sa pratique constitue le fil rouge de la pièce, je voulais le cheminement d’un skateur qui a vécu cette période d’interdiction à San Francisco et qui a pu continuer par la suite.”

Des commentaires, des textes en voix off sont maillés dans une scénographie construite à partir de modules en binôme, à l’image du travail du skateur et de son caméraman, ou en groupe avec des planches mobiles qui permettent de redéfinir les espaces de jeux et le rapport au spectateur. Deux danseurs et deux circassiens sont sur scène et seront rejoints par deux skateurs, des artistes avec chacun leur univers.

© Olivier Chassignole

Un regard aiguisé sur chaque corps

“J’aime ce qui n’est pas consensuel et ce qui m’intéresse c’est de voir des corps différents avec diverses pratiques qui cohabitent dans un même espace et comment ils arrivent à créer quelque chose de commun même s’il n’y a pas forcément de lien de but en blanc.”

Performeuse et danseuse avant tout, Malika Djardi imprègne par moment sa pièce d’une danse pure, abstraite, portant un regard aiguisé sur chaque corps qu’elle considère comme un documentaire en soi, une richesse unique. Sa recherche puise dans la rapidité ou le ralenti, dans la notion de temps, elle expérimente le corps qui bouge sur l’espace restreint d’une planche de skate tout comme la proximité avec le public.

“Mon objectif c’est que le public soit amené par la suite à se questionner sur la manière dont il peut voir la ville, un skateur sait distinguer tous ses potentiels, la manière dont il pourra rallier tel ou tel espace. Quelqu’un qui va dans la ville aujourd’hui part d’un point à un autre, il prend pour cela son vélo ou sa voiture. Comment peut-on vivre et penser ses espaces autrement ? Celui du théâtre aussi qui, malgré tout, est un lieu marchandisé où l’on vend un spectacle et que le public, tout comme les artistes, doit se réapproprier et réinventer…”


Pier 7 - Malika Djardi – Du 14 au 16 décembre – Les Subsistances, Lyon 1er – www.les-subs.com


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