Michèle Noiret Hors-champ
Hors-champ

Cinq danseurs font leur cinéma avec Michèle Noiret

Chorégraphe issue de la danse belge des années 1980, Michèle Noiret développe depuis plus de vingt ans une écriture qui utilise l’image et la caméra, un travail aujourd’hui qualifié de danse-cinéma. Hors-champ, sa dernière création, est dans cette continuité.

Hors-champ, chorégraphie de Michèle Noiret © Sergine Laloux

Hors-champ, chorégraphie de Michèle Noiret.

Les recherches de Michèle Noiret l’ont amenée à collaborer avec des ingénieurs et compositeurs, tel Todor Todoroff, qui a inventé à ses côtés des systèmes interactifs entre le son, l’image et le danseur. L’enjeu de Hors-Champ est de poursuivre cette exploration sur l’imbrication de l’image filmée dans la chorégraphie et d’approfondir les liens entre spectacle vivant et cinéma.

Multi-dimension

“Mon travail, dit la chorégraphe, consiste à plonger le spectateur dans un univers multidimensionnel. Lui sont offerts les corps qui dansent sur le plateau, la projection de ces corps saisis par les caméras en direct ou en différé ainsi que des prises de vue extérieures montées en studio. On voit simultanément ce que le caméraman filme et le film qu’il réalise, projeté sur des écrans. Ces points de vue génèrent de nouvelles réalités plutôt qu’elles ne reflètent des réalités existantes. Il se construit des jeux d’écho entre un personnage, ses doubles et les espaces qu’il habite.”

Habiter les lieux

Hors-champ, chorégraphie de Michèle Noiret © Sergine Laloux

Sur scène, il y a donc ce qu’elle nomme cinq personnages chorégraphiques et un caméraman. Le spectacle se déroule en plusieurs lieux reconstitués : un coin salon, une chambre, une pièce au miroir sans tain avec une table et une chaise telle une salle d’interrogatoire, tandis qu’en amont certaines scènes auront été filmées dans une vraie maison.

“Avoir des lieux ainsi définis signifie que ce ne sont pas des espaces vides que l’on occuperait comme dans une chorégraphie plus classique, précise Michèle Noiret. Par exemple, avec la chambre à coucher, je me suis demandé comment on allait danser, comment habiter cette pièce sans que les danseurs deviennent des acteurs qui ne parlent pas, ou des natures mortes qui ne bougent pas. On a testé et on a trouvé des points d’ancrage avec le lit, les armoires, des portes qui s’ouvrent. C’est avec tout cet espace que je réinvente un vocabulaire chorégraphique, en découvrant aussi des mouvements que je n’aurais jamais faits auparavant.”

Dîner chez Lise

Le scénario de la pièce est celui d’un couple invité à dîner dans la villa de Lise, située au cœur d’une banlieue huppée. Installés au salon, deux personnes se reconnaissent de manière si troublante que finalement le dîner n’aura pas lieu. Dans une atmosphère hallucinatoire, entre fiction et réalité, les danseurs et l’écriture chorégraphique passent sans cesse du plateau à l’écran, se mouvant autour de thèmes qui révèlent la complexité de l’homme, la violation de l’intimité, la domination d’un individu sur un autre, l’ambiguïté des relations humaines ou amoureuses.

“Comme au cinéma”

Hors-champ, chorégraphie de Michèle Noiret © Sergine Laloux

Les techniques empruntées au cinéma tout comme la présence du caméraman, qui projette ce qu’il filme en direct à partir de n’importe quel côté du plateau, permettent de proposer au spectateur des points de vue inhabituels, des sauts dans le temps, des changements d’espace, des ralentis, des retours en arrière, des choses inimaginables dans un spectacle “normal”.

Bien que l’utilisation de l’image en danse ne soit pas une nouveauté, Michèle Noiret occupe une place véritablement à part, car elle évite l’écueil qui consiste à mettre le danseur en dessous de l’image jusqu’à ce que le spectateur n’y prête plus attention ainsi qu’à la richesse des mouvements.

“Je viens de l’écriture chorégraphique et j’ai passé beaucoup de temps sur le détail du mouvement. Il est fondamental pour moi de faire en sorte que l’image vienne du plateau, comme une extension de ce qu’il s’y passe. Je veux que l’on puisse voir l’image et le mouvement en même temps et non pas une juxtaposition image/danseur. Ce qui me passionne dans ce travail, c’est de pouvoir embarquer le spectateur dans un espace en changement continu, dans des situations avec des personnages et cette impression de vivre avec eux au même moment, comme au cinéma. De matérialiser leur vie intérieure, d’en inventer d’autres sans être anecdotique et de construire tout un paysage mental.”

Hors-champ – 
Jeudi 16 et vendredi 17 octobre à 20h30, à la Maison de la danse, Lyon 8e.
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