Jan Fabre
Preparatio Mortis de Jan Fabre ©Lisa May – Wonge Bergamann.

Biennale de la danse : une programmation excitante

ÉVÉNEMENT - La quinzième Biennale de la danse est lancée. Aux côtés de spectacles grand public, elle présente des artistes non consensuels, rompus à d’autres esthétiques ou avec des univers plus intimes. Une programmation qui parie sur l’intelligence du spectateur et dont on perçoit - avec bonheur - le regard sensible de la danseuse et chorégraphe Dominique Hervieu.

Soutenir la création et élargir le public

Raccourcie d’une semaine, sans thème particulier mais avec quand même un focus sur le Japon, la prochaine biennale de la danse se déroulera du 13 au 30 septembre. 32 spectacles seront proposés, dont 19 créations et 15 premières mondiales. Premier constat : des changements s’amorcent sans rupture radicale avec son précédent directeur. Fondée sur ce même désir de la diversité, la programmation accueille des chorégraphes populaires que le public aime voir : Mourad Merzouki, Jiri Kylian, Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj mais aussi, les Sankai Juku. Deux valeurs portent cette biennale : le soutien accru à la création qui représente une augmentation de 37 % du budget de production et l’élargissement du public. C’est sans doute là, qu’un premier changement de fond s’opère car trois « fabriques » vont accompagner le parcours du spectateur.

Rendre la danse plus accessible et l’ouvrir à la création contemporaine

La "fabrique des œuvres" permettra à huit compagnies de se trouver en résidence de fin de création, pendant 15 jours sur des lieux comme l’Opéra, le TNP, le Toboggan, l’ENSATT, le Théâtre de la Croix Rousse et les Subsistances. Les spectateurs pourront y rencontrer les artistes, ce qui ouvre la "fabrique du regard", qui sera enrichie par l’organisation de débats avec des spécialistes de l’art, de la danse, des philosophes, histoire de se familiariser un peu plus avec les pratiques contemporaines. La "fabrique de l’amateur" permettra au public de devenir acteur de la biennale, en dansant, par exemple, avec des chorégraphes. Dans ces différentes rencontres, il y a cette évidence que faire appréhender le travail d’un artiste au spectateur, c’est aussi lui permettre de sortir d’une posture de consommateur et d’être réceptif à l’inconnu ou au différent.

Car, bien que Lyon soit Capitale de la danse à chaque biennale, elle a, plus que jamais, besoin de cette approche tout comme d’une véritable ouverture sur la création contemporaine. Avec cette dynamique instaurée autour des créations et des chorégraphes, Dominique Hervieu cherche à capter des publics attirés par d’autres formes artistiques mais aussi ceux qui pensent que la danse n’est pas pour eux. Et pour aller encore plus loin dans cet élargissement du public, on remarque que, pour la première fois, les spectacles sont à demi-tarif pour les jeunes de moins de 26 ans, les lycéens de la Région et les bénéficiaires du RSA.

Regarder le corps autrement

Le deuxième changement vient notamment d’une quinzaine de spectacles dont la forme – solo, duo, trio - laisse percevoir dans cette biennale, un désir de regarder le corps autrement, avec son histoire, ses confrontations à la vie. Un corps qui échapperait à une danse de représentation et que chacun d’entre nous pourrait se réapproprier, devenu celui du quotidien, de la poésie, de l’expérience, du constat ou de la transformation d’un monde. On citera Rachid Ouramdane qui questionne l’exil, Jan Fabre avec un solo sur la mort et la solitude, créé après le décès de ses parents ; Bouba Landrille Tchouda avec un duo sur l’univers carcéral, Mizel Théret qui fait danser, de manière très émouvante, trois danseurs basques, âgés de 87 à 92 ans. Kaori Ito, artiste japonaise qui, après avoir travaillé avec de nombreux chorégraphes masculins, danse, seule, sa vision de la féminité.

Il y a aussi le groupe Entorse qui explore les limites du corps d’une manière très impressionnante, sans oublier le fascinant Hiroaki Umeda dont le corps dansant fait émerger tout un univers esthétique ainsi que le délire révolutionnaire du plasticien, Antoine Defoort. Dominique Hervieu souhaite que l’on mesure le lien entre la danse, la littérature, les mots. Que l’on voit aussi à quel point la danse influence le cirque, le théâtre, les arts plastiques, la performance. On retrouvera ainsi David Bobee, metteur en scène, avec sa version particulière de Roméo et Juliette ; Angelin Preljocaj qui se réfère à un texte de Laurent Mauvignier écrit sur la mort violente d’un SDF dans un centre commercial lyonnais. On verra et on entendra Patrice Chéreau lire le journal de Nijinski dans le spectacle de Thierry Thieû Niang et Jean-Pierre Moulères, qui font danser des amateurs séniors, à l’intérieur d’une course contre le temps. De toute évidence, cette biennale replace l’importance de la danse au sein de notre société !

Biennale de la danse, du 13 au 30 Septembre.

www.biennaledeladanse.com

Réservations ouvertes à partir du 22 mai.

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