Cristiana Morganti Jessica and me transparence
© Virginie Khan

Biennale de la danse : Cristiana Morganti à corps ouvert

Cristiana Morganti a dansé pendant plus de vingt dans la compagnie de Pina Bausch. À 48 ans, elle invente une forme pour raconter, se détacher de l’héritage et partir vers de nouvelles aventures. Son solo Jessica and me est à voir à la Croix-Rousse à partir de samedi.

Jessica and me, de Cristiana Morganti © Virginie Khan / Carrousel Spectacle

© Virginie Khan
Cristiana Morganti / Jessica and me.

Quel est le rôle de l’interprète dans le succès d’une pièce et quelle est sa vie au quotidien ? Comment devient-on chorégraphe ? Celle qui fut pendant plus de vingt ans une des grandes interprètes de Pina Bausch (disparue en 2009) vient nous raconter, à l’occasion de la Biennale et sous la forme d’un solo, les coulisses du travail de danseuse et l’aventure de la création personnelle.

“On ne décide pas du jour au lendemain de devenir chorégraphe,confie Cristiana Morganti. Je parlerais plutôt d’une envie de trouver ma voie, mon univers chorégraphique. Mais, avant de me lancer dans cette aventure, j’avais besoin de faire le point pour savoir où j’en étais après tant d’années avec Pina. J’ai créé cette pièce au moment où j’ai quitté la compagnie, comme on quitte la sécurité d’une famille.”

Pour cette danseuse inoubliable, les débuts ne furent pas simples car l’esthétique et la dramaturgie de Pina Bausch sont tellement fortes qu’il fallait se détacher de l’héritage et se libérer de cette ombre.

“Au début des répétitions du solo, j’avais l’impression que Pina était là, assise à côté de moi, qu’elle contrôlait. Pour prendre de la distance et aller vers un univers que je ne connaissais pas, je me suis entourée d’une équipe qui n’avait rien à voir avec le dance theater.”

L’humour plutôt que soi

Cristiana Morganti cherche la singularité et invente une forme qui lui permet de raconter de différentes manières, en dansant, en dialoguant avec le public, en parlant aussi avec un magnétophone qui lui pose des questions. Elle refuse le solo autobiographique qui ne parle que de soi et décide de manier l’humour, l’ironie, tout en créant un vrai lien avec le public. Elle raconte la manière de se libérer d’un maître, dévoile les coulisses du métier de la danse et de la création en évoquant aussi la situation de la danseuse âgée, car les carrières sont courtes et à 48 ans (son âge) le corps ne suit plus comme avant.

Jessica and me, de Cristiana Morganti © Il Funaro

© Il Funaro
Cristiana Morganti.

“Ce métier est paradoxal dans le fait que c’est lorsque tu ne peux plus danser certaines choses que tu en comprends le sens, cela pose question en tant qu’interprète. Pina était une des rares chorégraphes avec qui il était possible de danser même après 50 ans.”

Le solo aborde la place des interprètes dans une œuvre, en tant que danseurs mais aussi en tant que créateurs car, avec Pina Bausch, la plupart des idées premières venaient d’eux. Pour l’heure, Jessica and me est surtout un pont qui permet à Cristiana Morganti de définir son identité artistique et d’aller vers d’autres aventures.

Cristiana Morganti / Jessica and me – Samedi 24 septembre à 17h, dimanche 25 à 15h et mardi 27 à 20h, au théâtre de la Croix-Rousse.
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