Au MAC : une fille et des maîtres-étalons

Pourtant, on manquerait quelque chose à ne pas monter. Tout en haut, commençons par la dame, on trouve Marlène Mocquet, qu'il est impossible de ne pas présenter avec un laïus qui pose le peintre : sortie de l'école des Beaux-arts en 2006, elle se fait repérer grâce à un style personnel percutant et éthéré, exposée notamment à la Fiac de Paris, et vendue par le galeriste en vue Alain Gutharc. "Je fonctionne par touches, comme tous les peintres, vous savez", nous a expliqué l'artiste à peine trentenaire, qui réalise ici sa première exposition personnelle dans un musée. Malgré leur grande délicatesse et le rythme quasi parfait des coulures et des tâches placées à point, les toiles de Marlène Mocquet nous laissent un sentiment dérangeant et vif de déjà vu. Vu chez un nombre d'artistes tout aussi contemporains qu'elle car, il faut le dire, la peinture de la jeune femme s'inscrit terriblement dans l'air du temps. Elle se met par ailleurs parfois en scène dans ses tableaux, où l'on reconnaît son minois de chat sauvage encadré de bouclettes blondes. "Ce n'est pas une recette, on ne me verra pas dans tous mes tableaux", prévient-elle. Après New-York, Marlène Mocquet pourrait exposer prochainement à Los Angeles. "Mais ce n'est pas encore sûr, avec la crise et tout ça", nous a-t-elle aussi dit, un brin exaspérée par des questions qu'elle trouvait sans doute un peu bêtes. Heureusement qu'il y avait, sous l'étage de la demoiselle, des gens qui ont su nous accueillir avec un peu plus de clémence.

Trendy mais pas que
Evidemment qu'il ne s'agit pas de crier haro sur la joliette Mocquet, ni de soupçonner l'imposture jeuniste au moindre coup de pinceau étalé en milieu hyper fréquentable. Preuve en est : l'expo collective astucieusement mise en scène, au deuxième étage du MAC, par deux critiques d'art, Olivier Vadro et Vincent Pecoil. Faisant suite à The Freak show, qui reprenait en 2007 les formes d'expositions populaires des bêtes de foire, cette proposition baptisée N'importe quoi se construit ainsi sur cette expression souvent entendue devant des œuvres d'art contemporain. "C'est vraiment n'importe quoi ; mon fils de 10 ans pourrait le faire", imite Vincent Pecoil. "Certains pensent que ce qui se produit aujourd'hui n'a pas de sens, ne sort de nulle part ni ne s'inscrit dans l'histoire de l'art", ajoute-t-il. Aussi a-t-il tenté de faire un pied de nez didactique à ces critiques ras-du-bonnet en choisissant plusieurs dizaines de pointures dont Paul McCarthy, Lawrence Weiner, John Miller, Olivier Babin ou François Curlet, resituant leurs œuvres dans la lignée de l'art moderne, de façon très concrète. Les commissaires de N'importe quoi ont voulu mimer une certaine scénographie muséale, évoquant l'idée d'une classification des espèces et de l'Evolution de Darwin. Les œuvres de la grande salle sont disposées dans un ordre déterminé et dans espace délimité par des petites cordelettes, entre des murs peints de cette couleur prunâtre, qui reproduit à l'identique celle du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Fait exprès, aucune œuvre n'a été créée à l'occasion de cette expo, contrairement aux habitudes de production des musées d'art contemporain. Et au milieu de cette joyeuse mise en scène, sous couvert d'une bonne dose humour, on fait référence au mètre-étalon de Marcel Duchamp ou au constructivisme de Rodchenko... C'est-à-dire qu'il faudra toucher sa bille et/ou avoir un bon guide pour sourire.

Quintet, Marlène Mocquet, N'importe quoi. Jusqu'au 19 avril, au Musée d'art contemporain, Cité internationale, Lyon 6è.
www.mac-lyon.com.

Pari tenu
Quelques-uns se demandent déjà ce que le musée d'art contemporain compte exposer à la suite de ce triptyque mastodonte. Et comme, à Lyon Capitale, on est très joueurs, on lance une hypothèse qui, en plus d'être plus que probable, nous fait déjà rêver : le terrifiant Alan Vega pourrait bien être l'artiste qui introduirait l'été. Le chanteur post-punk du groupe culte Suicide, à plus de soixante ans, continue de faire de la scène (insultant toutefois son public avec moins de véhémence qu'à l'époque) et, de façon plus confidentielle, est régulièrement exposé aux Etats-Unis. On ne le manquera sûrement pas à Lyon.

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