Une nouvelle exposition est présentée à la Demeure du Chaos jusqu’au 16 octobre 2022. Crédits : Nolwenn Jaumouillé

À la Demeure du Chaos, plongée dans l'étonnante histoire du lieu

Le musée lance une nouvelle exposition qui retrace l'histoire méconnue du domaine où l'artiste plasticien Thierry Erhman a déployé son "miroir du monde", à Saint-Romain-au-Mont-d'Or.

Elle semble désormais loin la bataille juridique qui a opposé pendant près de vingt ans Thierry Erhmann à la municipalité de Saint-Romain-au-Mont-d'Or. Jusqu'à mener à la démission, le 3 mars 2022, du maire Jean-Marie Hombert. Mais vendredi 16 septembre, c'est “en paix” que le nouvel élu Guillaume Molot, ainsi que de nombreux habitants du village, étaient invités à trinquer chez l'artiste plasticien, à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle exposition de la Demeure du Chaos. “Je souhaitais que les Saromagnots la découvrent en avant-première” a déclaré M. Errhman dans son discours d'accueil, prononcé devant le bunker au sein duquel a été installée l'exposition.

Thierry Errhman le 16 septembre 2022 à la Demeure du Chaos, avec Raphaëlle Rivière et Nicolas Detry les commissaires de l'exposition. Crédits : Nolwenn Jaumouillé
Didier Raoult a désormais rejoint les murs de la Demeure du Chaos. Crédits : Nolwenn Jaumouillé

Lancée à l'occasion des Journées européennes du patrimoine qui se tenaient le 17 et 18 septembre, celle-ci retrace l'histoire, du 17e siècle à nos jours, du Domaine de la Source où est installé le célèbre musée d'art contemporain. Cette “analyse architecturale et historique” du lieu a été confiée par Thierry Erhmann à Raphaëlle Rivière, historienne de l'art et archéologue, et à Nicolas Detry, architecte du patrimoine.

Un ancien temple protestant

On y apprend, entre autres, que le Domaine de la Source a longtemps accueilli la communauté protestante de la région lyonnaise. À la suite de l'édit de Nantes en 1598, qui met fin aux violences entre catholiques et protestants, ces derniers se voient octroyer en 1600 le droit temporaire d'exercer leur religion à Oullins, cette terre n'appartenant pas à l'évêque. Mais l'épiscopat "n'aimant pas cette proximité", rapporte Raphaëlle Rivière, "il rachète en 1624 la terre d'Oullins".

Les protestants auraient alors aimé s'installer à la Guillotière, qui était à l'époque un faubourg de Lyon, mais ils sont finalement repoussés à Saint-Romain-de-Couzon (l'ancien nom du village). "En 1630, ils y achètent à des paysans l'actuel Domaine de la Source et une terre pour s'installer et construire leur temple". Dans le jardin de la Demeure du Chaos émergent, entre deux têtes de mort, les ruines des dépendances mises au jour par Thierry Errhman, dans lesquelles les protestants en visite qui devaient parcourir depuis Lyon 2h30 de trajet parfois éprouvantes –"froid, maladies, conflits avec des catholiques" –  pouvaient être hébergés.

Les restes des dépendances du Domaine de la Source, lieu que Thierry Erhmann a baptisé "In Memoriam. Crédits : Nolwenn Jaumouillé

Conversion des jeunes femmes protestantes

À la fin, du 17e siècle, "la révocation de l'édit de Nantes entraîne la démolition partielle du temple", poursuit l'historienne, "dont le bâtiment est repris par les Dames de la Propagation de la Foi afin d'y convertir au catholicisme des jeunes femmes protestantes". Puis les lieux sont saisis et revendus à des particuliers, comme le reste des biens écclésiastiques, par l'État au moment de la Révolution française, afin de financer les guerres aux frontières de l'ancien Royaume de France.

D'un village rural très étendu, "avec des vignes, des prés et des vergers", Saint-Romain-au-Mont-d'Or s'urbanise au fil du 20e siècle, d'abord avec le déploiement de la voie ferrée, puis après la Seconde guerre mondiale "avec les développements pavillonnaires", notamment à partir de 1960.

Crédits : Nolwenn Jaumouillé

Lorsque Thierry Erhman récupère le domaine en 1990, celui-ci est à l'abandon : la suite, nous la connaissons, il y installe les bureaux d'Artprice, son entreprise “leader mondial de l'information sur le marché de l'Art” puis y déploie à partir de 1999 sa Demeure du Chaos, dont le postulat artistique est le suivant : “Tout ce qui reste de l'apparat bourgeois doit disparaître dans un état de guerre permanent".

Le bureau de Thierry Errhman, qui est aussi PDG d'ArtPrice. Crédits : Nolwenn Jaumouillé
La Demeure du Chaos. Crédits : Nolwenn Jaumouillé
La Demeure du Chaos. Crédits : Nolwenn Jaumouillé

Pour les amateurs d'archives, l'exposition est l'occasion d'explorer des documents iconographiques et des plans du domaines dénichés par Raphaëlle Rivière. Mais aussi de découvrir ou redécouvrir les 6300 oeuvres installées par Thierry Errhman qui composent ce lieu iconoclaste.

Comme le veut la tradition de la Demeure du Chaos, l'entrée est gratuite et le lieu sera de nouveau ouvert à la visite les dimanches 25 septembre, 2 octobre et 9 octobre, ainsi que les 15 et 16 octobre, de 14h30 à 18h. Auparavant accessible tous les weekends et jours fériés, le lieu a changé sa politique et n'ouvre désormais plus qu'à l'occasion d'événements ponctuels.

 

 

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