Les Moricanes

Jeune baleine en broche motorisée Caterpillar®

Littérature. La couverture donne le ton : ce n’est pas un livre à glisser entre toutes les mains. Il exige “un public connaisseur et averti”, aux mimines expertes. Ou à initier. Ou à guider. A moins que l’on préfère les lier. Les mains. Et tout le reste aussi (de toute façon, ça se lie d’abord dans la tête, non ?).

Les Mordicantes, 26 recettes qui plairont à tout le monde (mais si mais si…), provoquent un délicieux picotement, genre de petite morsure fourmillante précédant le plaisir. Juste avant, tout juste. Les “recettes” qui y sont exposées – parfois imposées, voire explosées –, certaines par le menu, d’autres plus subtilement évoquées, nécessitent à la fois doigté et cosa mentale. Contre-manifeste esthétique, bréviaire hérético-culinaire et rêve (bien) éveillé, on se prend à butiner dans cet ouvrage, qu’on laisserait volontiers en évidence – mais par inadvertance – sur la table basse, en attendant quelques invités (la voisine est vraiment pas mal). A moins qu’on ne décide de se le passer sous le manteau, histoire de rajouter une pincée d’envie. Un zeste de fantaisie. Un filet de vice. Ainsi, page 43, sobrement intitulée Pompéi mon Amour : “Il vous faudra un foie gras de jeune fille, d’une fraîcheur remarquable ; il est recommandé d’acheter la bête entière, ce qui est bien plus érotique et moins périlleux (…) Enfournez une heure à soixante-quinze degrés. Mettez au frais une nuit de pleine lune. Libérez le foie et dégustez-le accompagné d’un Val di Neto “Effeso” blanc 2001, de chez Librandi.”

De l’auteur, Myriam Boisaubert, nous ne saurons presque rien. Sinon, à la toute fin de l’ouvrage, quelques lignes assez mystérieuses, où l’on apprend que la “sorcière et rebelle” a fréquenté en vain les “comiques arts décoratifs de Strasbourg”, dont elle sera exclue “au motif d’apostat”. On renierait bien notre foi(e). Surtout que l’on murmure ici et là que la jeune blonde diaphane et éthérée qui prend (magnifiquement) la pose entre les différentes recettes ne serait autre que l’auteur elle-même. Une vraie salope, quoi. A déguster brûlante. (Vulgaires et incultes, s’abstenir, vous n’y trouveriez vraiment rien à votre goût). Une vraie salope. Quand même.

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Les Mordicantes, 26 recettes qui plairont à tout le monde, de Myriam Boisaubert. Éditions Al Dante, 23 euros, en vente partout, sauf dans les lieux de culte.

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Mêler journalisme et polar dans une revue trimestrielle, l'idée ne pouvait germer que dans l'esprit de Stéphane Damian-Tissot, ancien journaliste lyonnais branché justice, fan de polars et lecteur assidu de Truman Capote. Avec Yannick Dehée, patron des éditions Nouveau Monde, il lance en 2016 Sang-Froid, véritable ovni littéraire qui s'est imposé depuis sur les tables de chevet du monde de la justice.
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