Biennale : l’événement Pina Bausch

DANSE - Un an après sa mort, la Biennale de la Danse accueille Nelken, pièce phare de l’œuvre de Pina Bausch qui nous embarque, au milieu de 15 000 œillets plantés au sol, vers la régression de l’adulte et le pouvoir dissimulé. L’occasion de voir et revoir la puissance d’un langage chorégraphique jamais égalé !

« Pina Bausch était un être d’une humanité exceptionnelle, sa mort m’a laissé un immense vide, je la sens encore plus présente qu’avant. Elle a influencé toute une génération d’artistes, de danseurs, chorégraphes, metteurs en scène, plasticiens et cinéastes. Mais surtout, avant elle, les danseurs n’étaient que des corps qui bougeaient, elle leur a donné une véritable identité ». Rencontré à Avignon cet été, Alain Platel en digne héritier de la chorégraphe, aurait-il ainsi résumé ce que nous ressentons tous ? Créée en 1982, Nelken frappe encore les imaginaires avec ce champ d’œillets, véritable jardin d’Eden, paradis perdu du bonheur, celui de l’enfance. Nelken, c’est la régression de l’adulte qui s’autorise avec le semblant de l’innocence à dépasser les limites de l’interdit. On se souvient de cette scène où les danseurs, un gobelet dans chaque main, déversaient le contenu de l’un à l’autre en racontant l’œil malicieux où et comment ils adoraient pisser. Jeux de gamins, de séduction, de souvenirs, celui d’une mère que l’on devine par exemple dans cette scène où trois hommes costauds, vêtus de robes du soir dégrafées emmènent la danse sur le terrain des culbutes.

Mais derrière la délicatesse des œillets, il y a aussi des chiens-loups transformant le jeu et la légèreté en désirs de pouvoir, de domination, ravageant de leur brutalité ce champ fleuri. En faisant exploser les apparences, les lieux enfouis ou obscurs de nos vies, cette pièce est encore la preuve qu’il y a eu un avant et un après Pina Bausch. Et c’est en donnant justement une identité à ses danseurs – ne les laissant représenter que ce qu’ils sont et non pas des personnages de théâtre - que son langage a bouleversé l’écriture de la danse, donnant naissance au Tanztheater (Danse-Théâtre), ni théâtre, ni danse mais un entre deux. Car son fondement était de chercher la création et l’émotion dans la vie quotidienne et ses gestes, en utilisant le vécu de ses interprètes, souvent à partir d’improvisations et de questions posées. Pina Bausch a rompu avec le principe de narration linéaire d’une oeuvre pour nous proposer des spectacles montés avec des successions de scènes sans logique apparente, des mouvements répétés à l’envi démontrant toute la violence qu’il peut y avoir entre un homme et une femme, l’absurdité d’une situation, les fracas de l’individu ou le chaos d’une société. Elle nous a transpercés de toutes ces histoires retrouvées qui savent utiliser l’étirement du temps ou l’abondance de petits gestes triturant l’humour ou la folie, avec des corps qui s’aiment ou se font mal. En nous embarquant avec elle dans d’immenses fresques humaines, Pina Bausch a su dire ce que nous étions incapables de dire.

Nelken de Pina Bausch, du 15 au 20 septembre, à l’Opéra de Lyon.
www.biennaledeladanse.com

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