6 choses que vous ignorez sur la rue de la République à Lyon

rue de la république (dimanche 11 juin 2017)

À l’image de la place Bellecour, la rue de la République reste l’un des lieux emblématiques dans la vie des Lyonnais. Empruntée par des milliers de personnes chaque jour, l’artère est riche en histoire. Découvrez six choses que vous ignorez peut-être sur la “rue de la Ré”.

Lyon, la rue de la République, en 2013 © Pierre-Antoine Pluquet

© Tim Douet

Percée pour faciliter les charges de cavalerie

Sous le Second Empire, Paris avait Haussmann pour ses grands travaux, Lyon avait le préfet Claude-Marius Vaïsse. Nommé en mars 1853, Vaïsse rencontre le gouverneur militaire Boniface de Castellane. Ce dernier a un rêve : il veut de grandes artères dans lesquelles il serait possible de lâcher la cavalerie sur les émeutiers. Les révoltes des canuts ont marqué les puissants. Vaïsse va exaucer ses demandes, en y ajoutant une dimension hygiéniste corroborée par la vétusté des bâtiments.Le 27 décembre 1853, le préfet lance publiquement sa politique de grands travaux. Le projet de la rue Impériale prend forme (voir plus bas). Cette grande percée dans la cité nécessite plus de cinq ans de travaux. Pour financer ces ambitions, la Société de la rue Impériale est créée. En 48 heures, ses 14 000 actions sont vendues. La future rue Impériale doit être majestueuse : 1 100 mètres de long sur 60 de large. La place Impériale (aujourd’hui, de la République) et celle des Cordeliers sont aménagées par la même occasion, tout comme la rue de l’Impératrice, parallèle. Les immeubles qui composent la rue Impériale doivent respecter un cahier des charges très précis. La hauteur des façades, par exemple, est limitée à 22 mètres, et les architectes sont sans pitié. L’un des bâtiments voit ainsi son dernier étage rasé, car trop haut.

Avant la rue de la Ré, les traboules

Les lieux qui accueilleront plus tard la rue de la République étaient composés de bâtiments collés les uns aux autres et surtout reliés par des traboules, comme dans le Vieux-Lyon. Lors de ses rencontres avec Vaïsse, de Castellane souhaite également voir ces traboules disparaître pour ne plus laisser aucune cachette aux contestataires. Les grands travaux marqueront donc la fin des nombreuses traboules de la Presqu’île ainsi que de l’habitat populaire sous le Second Empire. À partir de 1854, 12 000 habitants sont expulsés. Les bâtiments sont rasés et les expulsions permettent de loger les plus aisés dans le centre-ville, tandis que les plus pauvres sont renvoyés vers les faubourgs.

Une rue “Impériale”

Avant de devenir rue de la République en 1879, l’artère s’appelle rue Impérale de 1862 à 1871, puis rue de Lyon de 1871 à 1878. En parallèle, la rue de l’Impératrice deviendra de son côté rue de l’Hôtel-de-Ville puis rue Édouard-Herriot en hommage à celui qui fut maire de Lyon pendant près de cinquante ans.

Les grands magasins dès le début

Portés par les travaux de la rue Impériale, les grands magasins font leur apparition à Lyon. En 1856, La Ville de Lyon s’installe, rapidement concurrencée en 1857 par la boutique Aux Deux Passages. Il ne peut en rester qu’un : La Ville de Lyon ferme en 1885. Rachetée, elle devient le Grand Bazar le 8 novembre 1866. Monoprix, qui en est propriétaire depuis 1998, a détruit le bâtiment en 2005 pour ériger un nouveau magasin sur cinq niveaux en 2007. Quant à la boutique Aux Deux Passages, c’est aujourd’hui le Printemps.

Une dalle rouge pour se rappeler l’assassinat d’un président

Aux Cordeliers, à hauteur du palais de la Bourse, une dalle rouge sang au sol nous rappelle que la rue de la République fut marquée par un terrible assassinat. En 1894, la France était en pleine tourmente anarchiste. Dans ce contexte difficile, le président Sadi Carnot arrive à Lyon le 23 juin pour inaugurer l’Exposition universelle. Le 24 au soir, il se rend à un dîner au palais de la Bourse, où l’attendent plus de mille personnes. Il doit ensuite aller au Grand Théâtre, pour assister à la représentation d’Andromaque. Les deux lieux n’étant distants que de quelques centaines de mètres, Sadi Carnot aurait proposé de se passer de voiture. Mais le maire de Lyon, Antoine Gailleton, le décourage en citant le protocole. Les deux hommes prennent ainsi place dans un landau, sans escorte pour les protéger sur les côtés. Soudain, l’anarchiste italien Caserio fend la foule à leur gauche, saute sur le marchepied et poignarde le président avec un couteau de 28 centimètres, en criant : “Vive la révolution !” “Vive l’anarchie !” Sadi Carnot pousse un râle tout en extirpant le couteau de sa plaie. Sa chemise est maculée de sang. Transporté à la préfecture, il rendra l’âme dans la nuit. Depuis, la dalle rouge marque les lieux de l’attentat pour que les Lyonnais n’oublient jamais qu’un président est mort rue de la République.

Une tranchée pour construire le métro

En 1963, Louis Pradel découvre une présentation du métro de Milan. Un rapport sur “Les transports de personnes dans l’agglomération lyonnaise” marque le maire. Il veut un métro. Durant plus de dix ans, les projets et propositions s’enchaînent, parfois futuristes comme le métro aérien de Bron. En 1973, un tracé est choisi : il ira de Perrache à Villeurbanne. Le chantier du métro de Lyon débute. Les travaux défigurent la Presqu’île, notamment la rue de la Ré. Le tunnel n’est pas percé de part en part, le métro va être placé parfois dans des tranchées, recouvertes ensuite. Les commerçants et les riverains sont furieux. Le maire parvient alors à jongler avec les délais pour éviter que les rues ne soient coupées durant les fêtes de fin d’année. Pradel meurt en 1976, le métro sera inauguré en 1978 par son successeur, Francisque Collomb.

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