Les verges de pêche de vigne sont malheureusement presque totalement détruits à Soucieu-en-Jarrest, près de Lyon @AnthonyFaure

Vignes, pêches, cerises gelées et détruites : c’est la désolation dans le Rhône, reportage dans le Lyonnais

Dans les Coteaux-du-Lyonnais, le Côte-rôtie, dans les vergers de pêche de vigne de l'ouest lyonnais, c'est la désolation. Pour les arboriculteurs. Pour les viticulteurs. Une grande partie des récoltes ont été détruites par le gel dans la nuit du 7 au 8 avril. Le secteur agricole demande "un plan Marshall" pour l'agriculture. Pour sauver l'agriculture. Reportage.

Les vergers de pêche de vigne des frères Blanc, production emblématique des Coteaux-du-Lyonnais ont souffert. Terriblement souffert dans la nuit du 7 au 8 avril, où la température est descendue à -6, -7 degrés dans le secteur de Soucieu-en-Jarrest et d'Orliénas, près de Lyon. L'exploitant prend un couteau.. et analyse ses "fruits". Malheureusement, de très nombreux noyaux ont gelé. Le fruit va tomber. Il est mort.

"On a une exploitation de 45 hectares, on produit de la cerise, de la pêche et de la pomme. La pêche représente deux tiers de notre chiffre d’affaire. Pour les pêches, on est à 100 % de détruites après cette nuit de gel, souligne l'arboriculteur. Il va peut-être rester 5 % de la production, mais les noyaux vont fondre… Les fruits vont grossir trop vite, pourrir, nous on ne peut plus mettre de frais dessus pour les traiter, il y aura des maladies. Même s’il reste 10 %, on ne peut pas travailler pour 10 %. En cerises, il va peut-être nous rester 20 %... On risque de tout abandonner".

Les frères Blanc sont à la tête d'une exploitation d'une vingtaine de salariés. Derrière eux, c'est toute une profession qui est en péril. "On risque de perdre nos salariés. Ils vont essayer de survivre et de se reconvertir. C’est déjà très dur de trouver de la main d’œuvre en agriculture. Les personnes qu’on avait réussi à fidéliser, elles sont déprimées, poursuit-il. En terme de chiffre d’affaire sur l’exploitation, on est sur du 650 000-700 000 euros, on va tomber à 80 000 euros. Rien que pour entretenir les vergers, je ne parle pas de la main d’œuvre, de la récolte, on est déjà à 350 000 euros, vous imaginez..."

L'arboriculteur constate que le noyau de la pêche est détruit @AnthonyFaure

C'est déjà "probablement la plus grande catastrophe agronomique de ce début de XXIe siècle", a déclaré lundi le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. Des milliers d'hectares de terres agricoles ont été impactés, voir détruits, par la nuit de gel de la semaine dernière. Jean Castex, le Premier ministre, a promis ce week-end en Ardèche "des enveloppes exceptionnelles". Le recours facilité au chômage partiel est notamment envisagé, mais aussi la création d'un fonds exceptionnel pour compenser les pertes qui s'annoncent déjà très importantes.


"Il faut un plan Marshall" pour le monde agricole
Gérard Bazin, président de la chambre d'agriculture du Rhône


"Il faut un Plan Marshall (pour le monde agricole) pour une catastrophe d'une aussi grande importance", clame Gérard Bazin, le président de la chambre d'agriculture du Rhône. "Le consommateur aura beaucoup moins accès cette année à des abricots, des cerises, certains fruits", a ajouté Julien Denormandie, le ministre de l'Agriculture.

Dans le Lyonnais, le constat est terrible. "Les pêches sont touchées à près de 100 %, les rares fruits épargnés seront de mauvaise qualité et ne pourront pas être commercialisés, explique Patrick Reynard, président de la coopérative SICOLY (80 salariés) dans l'ouest lyonnais. Les abricots sont détruits à 100 %, les productions de pommes, de poires sont partiellement épargnées sur certains secteurs. Il reste des petits volumes. Les fruits qui restent sur les arbres sont souvent des fruits de 2e catégorie".

Les pêches ont subi de plein fouet la nuit de gel du 7 au 8 avril 2021. @AnthonyFaure

La production de cerises a aussi subi des dégâts importants. Hétérogènes. Certains vergers sont détruits à 100 %. Sur d'autres, une demi-récolte est espérée. Des arboriculteurs qui ont déjà été vivement touchés par la grêle en 2016 et 2018.

Cette fois, c'est le gel. Qui, en une nuit, a tout détruit. "Jusqu’à -4 degrés, on peut s'en sortir, explique l'un des frères Blanc. A -6 degrés, on peut arroser, on peut mettre des bougies, ça ne marche pas… Aucun système n’a marché. Aucun. Ce sont des frais engagés pour lutter. On s’est encore plus enfoncés". Les bougies, c’est 4000-5000 euros par hectare.


80 % de l'appellation Côte-rotie a été grillée le matin du 8 avril


Pour les viticulteurs, c'est aussi la désolation. "Pour les vignes, c’est encore un petit peu tôt pour voir toutes les conséquences. Ca va de vignes très peu touchées à des vignes détruites totalement. En moyenne, je pense qu’on sera à 40 % de vignes touchées", raconte Guillaume Cluzel, évoquant les vignes des Coteaux-du-Lyonnais. Des secteurs comme Millery, au sud de Lyon, ont été très touchés. Mais une nouvelle semaine de froid s'annonce. "Depuis 2016, on a toujours soit de la grêle, du gel, tous les ans des impacts climatiques, les récoltes baissent d’année en année", regrette Cluzel.

Pour le Côte-Rôtie, au sud de Lyon, "c'est un bilan catastrophique", dixit Mickael Gerin, le président du syndicat des vins de Côtes-rôtie, qui s'étend à Ampuis, Saint-Cyr-sur-Rhône, Tupin. "C'est du jamais vu depuis 1938. Mes parcelles et toute l'appellation (une trentaine de viticulteurs), 80 % de toute l’appellation Côte-rotie et de Condrieu, a été grillée le matin du 8 avril. Et le Pilat est encore tout blanc, on a peur pour les 20 % qui restent les nuits prochaines…". "On enchaine toutes les crises dans la viticulture, le Brexit, les taxes Trump, le covid, maintenant le gel..." souffle-t-il.

Pascal Mailhos, le Préfet du Rhône, Colette Darphin, la vice-présidente du département à l'agriculture et Jean-Luc Fugit, député du Rhône, au chevet des agriculteurs (avec Patrick Reynard, le président de la coopérative SICOLY, à l'arrière plan à gauche) @AnthonyFaure

Devant ces constats, déprimants, l'Etat et les collectivités locales tentent de répondre. A l'urgence. "C’est tous ensemble qu’on peut arriver à relever le défi. Séparément, on y arrivera pas. Il faut trouver des solutions à des crises d’ampleur inégalées, on ne va pouvoir continuer à travailler avec les outils du passé", explique le Préfet du Rhône, Pascal Mailhos, présent ce mardi auprès des exploitants agricoles avec des élus du département, des communautés de communes, de la région, pour constater les dégâts. Et tenter de trouver des solutions.


"Se mettre dans une logique du "quoi qu'il en coûte" agricole"
Jean-Luc Fugit, député LREM du Rhône


"Il faut des solutions financières rapides, comme pour la crise sanitaire", clament les agriculteurs. "La trésorerie, c'est tout de suite qu'il nous la faut, il ne faut pas décourager les jeunes", ont-ils lancé aux élus.

Jean-Luc Fugit, le député LREM de la 11e circonscription du Rhône, assure que l'Etat va prendre toute sa place pour répondre à cette nouvelle crise : "la situation est terrible. L’exceptionnel devient le quotidien. Une année, c’est la grêle, une année c’est la sécheresse etc… Sur les mesures de court terme, j’ai eu lundi soir un échange avec le ministre, Julien Deormandie, il va faire des propositions dès cette semaine au Président de la République. Pour élaborer le plan de bataille. Il y a des mesures assez fortes à mettre en place. Il n’y a pas le choix. Je l’ai dit au Ministre, il faut se mettre dans une logique du quoi qu’il en coûte pour le monde agricole. On doit soutenir l’agriculture d’une manière très forte. Nos agriculteurs, ils nous nourrissent. Il n’y a pas de questions à se poser. Mais après l'urgence, il faudra aussi réfléchir à la suite. On ne peut pas continuer comme ça".

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