Bruno Le Maire
©KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Vénissieux : Bruno Le Maire face à la frustration de la classe moyenne

En visite dans une usine de Vénissieux jeudi matin, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est heurté aux doutes de salariés qui se sentent négligés par la politique du gouvernement et craignent de devoir payer pour les mesures accordées aux Gilets jaunes.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a visité jeudi matin l’usine de Boostheat, entreprise spécialisée dans la fabrication de chaudières nouvelle génération implantée à Vénissieux. L’occasion d’échanger avec les salariés de l’entreprise, des ouvriers qualifiés qui s’identifient à la classe moyenne et observent de loin le mouvement des Gilets jaunes. Alors que le patron de Bercy leur demande ce qu’ils attendent du gouvernement, plusieurs d’entre eux affirment ne pas se retrouver dans les derniers arbitrages. “Je me sens déphasée par rapport à la crise actuelle, confie Anne-Sophie, la première à s’exprimer, dans une table ronde réunissant salariés de l’entreprise et élus locaux. Je comprends les gens qui sont dans la pauvreté, mais rien n’a été fait pour ma classe sociale. On ne sent pas l’effet des mesures.” “J’ai l’impression de payer pour les mesures qui ont été concédées aux Gilets jaunes”, ajoute Michaël, qui affirme n’avoir “jamais autant payé d’impôts”. Pour lui, “la classe moyenne est celle qui dépense le plus et bénéficie du moins de choses”.

Face au scepticisme des salariés, Bruno Le Maire tente de défendre ses mesures de pouvoir d’achat. “Vous allez profiter de la défiscalisation des heures supplémentaires ?” demande-t-il à l’un d’entre eux. “C’est mieux de pouvoir vivre sans, il y a le travail mais il y a la famille aussi…”, lui répond ce dernier. Le ministre revient à la charge : et la suppression des cotisations chômage et maladie ? “J’ai gagné 40 euros par mois, mais je ne le sens pas trop, avec ce que je paye en carburant” – 300 euros de gazole, précise le salarié. Il ne prévoit pas d’abandonner son véhicule diesel : cela lui coûterait trop cher d’en acheter un nouveau. “Faites bien vos calculs, parce que vous pourriez bénéficier de la prime à la conversion et en deux-trois ans vous aurez amorti le coût”, suggère Bruno Le Maire. “Mais je ne rentre pas dans les critères, il faut être non imposable ou rouler plus de soixante kilomètres”, répond Mustapha, qui met 150 euros par mois dans “une vieille 406 diesel” et a reçu le même conseil. “On augmente le prix du carburant et après on n’est pas concerné par les aides, c’est ça qui provoque la colère des gens”, s’agace-t-il en aparté.

Des baisses d’impôt comme réponse

Le “grand débat” à venir doit “répondre aux attentes de la classe moyenne”, selon Bruno Le Maire. “Il faut que cela aboutisse à une baisse d’impôts : les gens ont l’impression d’être prélevés de toutes parts sans savoir à quoi cela sert. Il faut que vous disiez clairement quelles dépenses vous ne voulez plus payer, pour faire des économies et baisser les prélèvements”, lance-t-il aux salariés autour de la table. Première étape, pour le ministre, confirmer la suppression totale de la taxe d’habitation. “Les 20 % qui continueraient à la payer ne sont pas les plus riches : il y aurait des gens de la classe moyenne, qui vivent seuls et gagnent 2 500 euros par mois. Donc il faut la supprimer pour tout le monde : pour Anne-Sophie, pour Michaël.” Ce dernier sort peu convaincu de son échange avec Bruno Le Maire. “Si c’était si simple de baisser les impôts, les gouvernements d’avant l’auraient fait, estime-t-il à l’issue de la visite du ministre. C’est un exercice de style : il avait un message à faire passer. Nous, on pose des questions, mais ce qu’on entend n’y répond pas.”

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