Un nouveau plan banlieue pour rien

Comme s'il avait eu peur de l'accueil que le maire de Vaulx-en-Velin, Maurice Charrier (ex-PCF) avait prévu de lui réserver, à savoir la présentation d'un cahier des doléances de ses administrés. Le président de la République qui a affronté les marins-pêcheurs du Guilvinec, redoute-t-il les exigences des citoyens vaudais ? Préfère-t-il bachoter d'ici début février un plan pour les banlieues que l'on annonce déjà très creux et sans moyens supplémentaires ? Une seule certitude, il a préféré envoyer, le 22 janvier, Fadela Amara, la secrétaire d'Etat à la ville, qui ne présentera que les grandes lignes du plan "anti-glandouille" (sic), rebaptisé "Egalité des chances".

L'annonce d'une nouvelle batterie de mesures (sur l'emploi, la santé, l'éducation, le désenclavement et la gouvernance) ne soulève pas l'enthousiasme. Elus, techniciens ou militants associatifs, ils ont vu passer 19 ministres en 17 ans de politique de la ville. Trop pour penser que ce nouveau plan banlieues va sortir d'affaire des quartiers minés par le chômage et l'exclusion. "Les nouveaux dispositifs vont s'ajouter aux anciens alors que déjà les acteurs de terrain et la population s'y perdent", note Bruno Couturier, le directeur du Grand Projet de Ville de la Duchère. Si bien que certains professionnels de l'action sociale demandent d'abord des fonds pour de "l'ingénierie administrativo-budgétaire" afin de mieux s'y retrouver.

La politique de la ville a en effet un grand besoin de clarification. "Sur le volet social, il faut surtout définir une stratégie claire et de s'y tenir, comme pour le volet urbain, explique un technicien du Grand Lyon. Avec la loi Borloo sur le renouvellement urbain, on a décidé de mettre essentiellement les moyens sur les opérations de démolition/ reconstruction et cela pour 15 ans". Le nouveau centre de Vaulx-en-Velin est là pour témoigner de l'efficacité de cette démarche.

Une usine à gaz
A l'inverse, l'insertion illustre parfaitement la nécessité de la mise en place d'une stratégie à moyen terme. En la matière, les intervenants sont très éclatés. Pour les regrouper, on a d'abord fait des Plans locaux d'insertion, puis on a créé des Maisons de l'emploi pour rassembler tous les services mais sans y adjoindre la formation. Et maintenant que ça prend, l'administration de l'emploi a gelé leur développement, sans plus d'explication. Autre illustration de ces allers-retours permanents : le futur plan banlieue, selon Le Canard Enchaîné*, s'apprête à recréer, au compte-gouttes faute de moyens, les emplois-jeunes et les emplois d'adultes-relais... que le gouvernement Raffarin avait supprimés en son temps.

S'ils ne jugent pas a priori, le futur plan, les plus grands défenseurs de la politique de la ville, comme le maire de Vaulx-en-Velin, Maurice Charrier, appellent de leur vœu le renforcement des politiques de droit commun plutôt que de nouvelles mesures spécialement élaborées pour la banlieue. Il prend l'exemple de la santé : "On ne peut pas d'un côté prétendre développer une politique de prévention santé dans les banlieues et mettre en place les franchises médicales qui pénalisent les plus pauvres".

Même Christine Boutin a déclaré au journal La Croix qu'elle ne croyait pas en un plan banlieues : "On ne résoudra pas les problèmes des quartiers par un énième plan qui se résumerait à leur donner encore plus de moyens, mais par le désenclavement physique, culturel, psychologique, économique des quartiers, en recréant du lien entre tous les espaces de la ville". Si la ministre de la ville et ministre de tutelle de Fadela Amara, "assassine" le plan de sa secrétaire d'Etat, c'est bien la preuve ultime qu'il ne faut pas en attendre grand-chose.

*Edition du 2 janvier
**Edition du 14 janvier

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