Un empire chinois rachète Rhodia silicones

C'est le plus gros investissement chinois jamais réalisé en France. Rhodia vient de vendre à China National BlueStar toutes ces usines de silicones, dont le coeur de production est installé dans la vallée de la chimie (lire notre article : Lyon ta chimie fout le camp ! du 24 octobre 2006).

Les 1 200 employés du groupe qui travaillent principalement sur les sites de St Fons de Roussillon et de Roche de Condrieu viennent d'entamer, "résignés", leur première semaine sous régime chinois. Ils s'attendaient bien à la signature d'un partenariat avec le conglomérat de pékin, mais "pas à une vente pure et simple. Monsieur de Clermont- Tonnerre nous a menti !". Daniel Fils du comité d'établissement (CGT) pense que cette vente est une erreur et promet des jours sombres pour l'industrie locale, notamment avec des délocalisations possibles : "vous verrez dans trois ou quatre ans... ". Quant au pôle de recherche, bijou historique de la chimie lyonnaise, il passe également sous bannière chinoise : "Il faut bien comprendre que nous allons mettre notre savoir faire au service de BlueStar et nous allons développer des produits ou déposer des brevets... pour l'industrie chinoise". La production de silicones est en effet une "matière première" stratégique pour le développement industriel et qui est utilisée dans des secteurs extrêmement variés. C'est un produit, très performant, utilisé pour fabriquer des enduis, des isolants électriques, des airbags ou même des adhésifs... "Notre production est actuellement de 100 000 tonnes à Roussillon et nos usines tournent à fond".

Et c'est un peu le paradoxe de cette vente : avec 454 millions d'euros de chiffre d'affaires et plus de 51 millions d'euros de bénéfice, cette branche de Rhodia se porte bien. Mais le pôle silicones a été déclaré "non stratégique" par les dirigeants de Rhodia. La vente a surtout permis une rentrée "d'argent frais" permettant d'améliorer substantiellement les comptes d'une entreprise plombée par un endettement de plus de 2 milliards. Les marchés financiers ne se sont d'ailleurs pas trompés sur cette rentrée de cash et le jour de la signature (1er février), plus de 30 millions d'actions ont été échan-gés, faisant grimper le cours de Rhodia de + 5 % en quelques minutes.

Mais la meilleure affaire est sans doute à mettre au crédit de Ren Jianxin. C'est le vrai patron de BlueStar ! Il dirige ChemChina, qui est un énorme conglomérat d'Etat, dont fait maintenant partie Rhodia silicones et qui emploie plus de 150 000 salariés et réalise 10 milliards de chiffres d'affaire. Et cet achat n'est pas un hasard... ChemChina et l'un des 100 champions nationaux que le gouvernement chinois veut pousser à devenir des géants mondiaux. Pékin leur a donné une feuille de route et propose à ses nouveaux dragons de l'économie mondiale des "financements abondants et bon marché". Rhodia Silicones est l'une des premières proies de cette nouvelle stratégie chinoise. Comme le disait Ren Jianxin en mai dernier : "notre stratégie est d'accélérer notre expansion internationale. J'ai beaucoup réfléchi à cela, et j'en conclus que le raccourci, s'il existe, passe par l'apprentissage, le rattrapage et le dépassement des grands groupes mondiaux. Afin d'apprendre d'eux, nous devons sortir de nos frontières et internationaliser nos opérations". Quelques mois après, il est installé aux portes de Lyon...

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