Tricastin ne veut pas faire fuir l'EPR

La décision quant au choix du site devrait intervenir en 2009, EDF et Suez sont d'ores et déjà positionnés pour en être les exploitants. Pour le président du Conseil Général, Didier Guillaume, "il ne faut pas mélanger les événements de la semaine dernière avec l'EPR". Il réunira une commission d'information sur le Tricastin ce vendredi matin où Areva tentera de calmer les inquiétudes.

Après l'incident duTricastin remettant en cause la sureté de la station de traitement de la Socatri, le débat sur le nucléaire reprend. Le 4 Juillet dernier, Nicolas Sarkozy annonçait la construction d'un deuxième EPR (réacteur pressurisé européen de troisième génération) en France.
Immédiatement après, les responsables politiques de la Drôme ont saisi cette occasion pour relancer la candidature du site du Tricastin, rejetée en 2004 par EDF au profit de Flamanville (Haute-Normandie) en raison de problèmes liés au refroidissement des réacteurs. En effet, en raison de la canicule de 2003, le Rhône avait atteint des températures records qui auraient grimpé davantage avec l'installation d'un réacteur à eau pressurisée.

Aujourd'hui, malgré l'incident de la Socatri de la semaine dernière, les élus des communes avoisinant le site du Tricastin restent favorables à la construction d'un deuxième EPR dans la Drôme.
Pour le trés médiatique Hervé Mariton, député-maire de Crest (UMP), "les évènements récents doivent être analysés avec rigueur, ils concernent une étape de l'industrie chimique, qui n'a rien à voir avec la centrale du Tricastin : l'usine Socatri n'aura rien à voir avec la production d'électricité. Ma position sur la candidature du Tricastin n'a donc pas changé."
Si le député-maire de Crest ne semble pas s'inquiéter, les associations anti-nucléaire, elles, sont en colère. Stéphane Lhomme, membre du collectif "Sortir du Nucléaire", rappelle que son mouvement a rendu public "un document confidentiel montrant que l'EPR ne résisterait pas au crash d'un avion de ligne". Roland Desbordes, physicien et président de la Criirad*, abonde dans le sens du collectif "Sortir du Nucléaire" : "Le danger d'une menace extérieure sur une centrale est un secret de polichinelle. Le plus gênant, c'est que ce type de danger n'est pas publié dans l'enquête publique. Le crash d'un gros avion sur un réacteur EPR est une menace à ne pas ignorer."

Si ces dangers restent dans l'ordre du probable, il demeure que les dysfonctionnements répétés de la Socatri à Tricastin révèlent des failles dans le système de sécurité.
Lors de l'incident de la semaine dernière, un des reproches adressés à la Socatri par l'ASN est d'ailleurs la non-prise en compte d'une alarme qui aurait pu permettre la prévention de la fuite d'uranium.
Pour Hélène Blanchard, vice-présidente Rhône Alpes chargée de l'environnement et de la prévention des risques (les Verts), les événements récents décrédibilisent le Tricastin pour l'accueil éventuel de l'EPR : "on peut s'interroger sur la fiabilité du Tricastin pour accueillir un EPR sachant que c'est de la haute technologie et qu'il semble y avoir des problèmes à ce niveau là. Aucun problème n'est réglé, les nouvelles installations poseront les mêmes problèmes que les anciennes. D'autant qu'avec une technologie encore plus avancée, les risques vont être accrus."

Dans les communes qui bordent le site, on a le même son de cloche. Pour la ville de Bollène (Divers Droite), "l'Etat ne sera pas totalement maître des opérations si le deuxième EPR est sous-traité par une entreprise privée. Les questions de rentabilité prévaudront peut-être sur la sécurité de la population," explique André-Yves Beck, adjoint au maire.
En revanche, pour le maire de Pierrelatte, Yves Le Bellec (UMP), les incidents de la Socatri ne remettent pas en question la candidature du Tricastin pour accueillir l'EPR. Il n'y voit en effet "qu'une faille humaine" qu'il "faut détacher de la vie nucléaire en général."
Mais au final, les enjeux économiques risquent de prévaloir dans ce dossier. La CGT Drôme s'est déjà félicitée de la candidature du Tricastin, qui permettrait de pallier à la hausse vertigineuse de la facture énergétique, et qui garantirait une création importante d'emplois dans la région.
A Flamanville, lieu de construction du premier EPR en France, le maire PS Patrick Fauchon a estimé l'impact économique de l'EPR à dix millions d'euros par an, trois cents emplois sur soixante ans et l'embauche de 2,500 ouvriers pour la construction, qui devrait se terminer en 2012.
D'un point de vue économique, il semblerait que l'EPR n'a pas de couleur politique.
*Criirad : Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité
Solene Quennehen / Bastien Gouly / Slim Mazni

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