Toni Musulin a "piégé le système"

A-t-il réellement joué la comédie, a-t-il réussi à tromper son monde ? La question demeurait dans tous les esprits au sortir du second procès de Toni Musulin mardi 14 septembre. L'homme, faut-il le rappeler, ex-convoyeur de fonds de la société Loomis à Lyon, était parvenu à s'enfuir avec plus de 11 millions d'euros, le 5 novembre dernier. Il conduisait un camion de transport de fonds bourré à craquer de billets. Il a répété mardi avoir fui sans argent.

Au procès, il est une nouvelle fois apparu avec les cheveux longs tirés en arrière et la barbe poivre et sel taillée grossièrement. Enervé par la présence des journalistes, il a donné un coup de pied dans la porte de la salle d'audience, un pan de la porte s'est effondré, cassé. De quoi donner une idée de l'ambiance qui régnait dans la salle d'audience mardi 14 septembre. Mais le président du tribunal, Jean-Paul Taillebot, a su intelligemment retourner la situation, interrogeant très humblement le prévenu, affaibli par dix mois d'isolement à la prison de Corbas, mais qui a gardé toute sa tête.

"J'en avais marre de mon patron"

L'ex-convoyeur de fonds a fait valoir, comme lors de son premier procès, qu'il avait agi à cause d'"une accumulation de plein de choses. J'en avais marre de mon patron." Les conditions de travail chez Loomis ont une nouvelle fois été visées. Toni Musulin a reproché à son employeur de ne pas l'avoir augmenté depuis trois ans, de ne pas lui avoir payé ses heures supplémentaires et de lui refuser systématiquement ses demandes de congés l'été. "Je me suis rendu compte qu'il me volait", s'est-il plaint notamment.

Mais c'est surtout le laxisme par rapport aux consignes de sécurité qui est ressorti une nouvelle fois. Au matin des faits, Toni Musulin n'aurait jamais dû transporter autant d'argent dans son camion : 11,605 millions. Il n'aurait jamais dû non plus posséder les clés de la porte-arrière du véhicule, "ça arrangeait tout le monde que je fasse tout, j'étais là depuis dix ans, ça leur évitait de payer un caissier. Vous savez, le profit…"

"Faut pas se faire une fausse image de moi"

Toni Musulin a donc détourné la somme de 11,605 millions le 5 novembre, au nez et à la barbe de ses collègues. "C'est ce qui énerve. En fait, il a réussi à piéger le système et cela est insupportable", affirme son avocat maître Banbanaste. Pourquoi a-t-il détourné l'argent ? "ça faisait trop longtemps que ça durait. C'était soit je leur tapais dessus, soit… " Il a poursuivi un peu plus tard : "Faut pas se faire une fausse image de moi. J'étais là, j'ai fait ce que j'ai fait, j'ai déconné. Point barre. S'ils ne m'en avaient pas donné l'occasion, je n'en serais jamais arrivé là." Toni Musulin a donc exploité les failles d'un système qu'il connaissait sur le bout des doigts pour mettre à mal son employeur.

Quant aux 2,5 millions d'euros manquants, que sont-ils devenus ? La question reste ouverte. Et ce ne sont pas les numéros des billets de banque volés qui aideront les policiers à retrouver le magot. Rappelons qu'ils n'ont pas été relevés par la Banque de France. Encore une faille du système.

Il n'aurait pas emporté l'argent

Toni Musulin a maintenu mardi 14 septembre devant la Cour s'être enfui sans l'argent. "Je suis allé déjeuner à midi, j'ai jeté les emballages dans une poubelle. Je comptais revenir ensuite, mais je n'ai pas pu à cause de la police." Il aurait donc disparu au volant de sa moto munie "d'un gros top case" sans les 2,5 millions. Troublant. Fin de l'histoire ? La police judiciaire de Lyon poursuit l'enquête.

L'ex-convoyeur de fonds encourt, quant à lui, deux ans de prison ferme supplémentaires à l'issue de son second procès, toujours pour "vol" et "tentative d'escroquerie à l'assurance". Trois ans avaient été prononcés contre lui en première instance. La Cour d'appel de Lyon rendra son arrêt le 2 novembre.

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1 commentaire
  1. Yvan, de Lyon - 15 septembre 2010

    Quelles que soient les motivations de Toni Musulin, son acte s'est déroulé sans violence.Grand bien lui fasse, d'avoir délesté de plusieurs millions une société, qui l'exploitait et exploite encore ses collaborateurs.A qui le tour pour une seconde tirelire, qui soit délestée de son contenu sans violence ?

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