Stéphane Picot : : "d'ici 2012, le paludisme touchera plus d'1 milliard de personnes"

Entretien avec Stéphane Picot, chef du service de paludisme et mycologie médicale à l'hôpital de la Croix-Rousse.

Lyon Capitale : Qu'est-ce que le paludisme ?

Stéphane Pïcot : C'est une maladie parasitaire infectieuse transmise par la piqûre d'un moustique, et considérée comme l'une des trois plus grandes maladies infectieuses au monde avec la tuberculose et le sida.

Combien de malades
recense-t-on ?
On estime qu'il y a entre 500 à 600 millions nouveaux cas par an, avec environ 2 à 3 millions de décès. 80 % de la mortalité survient chez des enfants de moins de 5 ans.

Quelles sont les régions à risque ?
Aujourd'hui, quasiment toute l'Afrique est touchée, en dehors du Maghreb où il y a quelques cas très sporadiques, et l'extrême-sud de l'Afrique. C'est d'ordre climatique. Le vecteur a besoin d'eau propre et de chaleur. Les zones touchées sont celles marquées par de fortes précipitations et des températures supérieures à 18èmeC.

Observe-t-on une montée du paludisme avec le réchauffement climatique ?
C'est exactement ce qui se passe actuellement : avec les modifications climatiques, on observe une mutiplication des zones où il y a de plus en plus de précipitations. Or, c'est pendant les 2/3 mois qui suivent la saison des pluies qu'il y a une transmission de paludisme. Donc, si la saison des pluies s'étend au long de l'année, la transmission devient pérenne et on a des cas toute l'année.

Les nouveaux cas sont donc en recrudescence..
On pense que le nombre de cas double tous les dix ans depuis deux ou trois décennies. Les 500/600 millions de cas nouveaux chaque année sont une estimation qui date de 2002-2003. On peut penser qu'en 2012, on en sera au double, soit plus du milliard.

Ingrid Betancourt aurait contracté le paludisme. Quelles sont ses chances de survie ?
Difficile à dire. Ingrid Betancourt est dans une forte zone de transmission de paludisme. Si elle n'est pas traitée, elle peut s'affaiblir progressivement et mourir d'une anémie. Ou alors mourir d'un cas de paludisme foudroyant. C'est malheureusement relativement prévisible.

Quel est l'objet de vos recherches à Lyon ?
D'une part, la résistance aux médicaments, d'autre part, le neuropaludisme chez l'enfant. 80 % de la mortalité intervient dans les 36 premières heures. Nous sommes les seuls au monde à avoir mis au point un traitement à base d'EPO, la même que celle qu'utilisaient les cyclistes pour pédaler plus vite. L'objectif est de traiter les enfants avec un antipaludique et de l'EPO qui agit tout de suite sur le cerveau jusqu'à ce que l'antipaludique fasse effet. Cela permet de passer le cap de la mortalité immédiate.

------------------------------

Pratique > La réunion a lieu mardi 22 avril à 19h00, à la médiathèque de la Faculté de médecine de Grange Blanche.

Domaine universitaire Rockefeller - 8, avenue Rockefeller - 69008 Lyon ou 69373 Lyon cédex 08 tel : 04 78 77 70 90.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut