Interrogé sur un éventuel esprit lyonnais dans l’histoire du costume, Sébastien Le Guillou prend des pincettes : “Aujourd’hui c’est difficile à dire, mais ce fut peut-être à une époque un style proche des costumes à l’anglaise.” @Antoine Merlet
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Saga : Moreteau, le style à la lyonnaise

Grandes sagas d’entreprises - Réputée depuis 153 ans, l’enseigne Moreteau traverse le temps. Sur plusieurs générations, les Lyonnais lui ont fait confiance pour trouver le costume adapté. Retour sur la grande histoire de cette boutique mythique de Lyon.



Les Lyonnais parlent aux Lyonnais. C’est probablement l’une des plus vieilles enseignes encore en activité de la Presqu’île : depuis 1869, Moreteau taille des costumes. Longtemps juchée au cœur de la rue de la République, on la retrouve aujourd’hui rue Édouard-Herriot, proche du palais Saint-Pierre. Adresse bien connue des Lyonnais, la marque a parfois habillé plusieurs générations d’une même famille. Une boutique mythique, synonyme de haut de gamme, de luxe et de mode, qui appartient désormais au groupe Sébastien Le Guillou. L’éponyme entrepreneur à succès, entré comme stagiaire, fait perdurer l’histoire en la modernisant. Bien que l’établissement se soit aujourd’hui spécialisé dans le prêt-à-porter, les Lyonnais peuvent toujours y trouver leur costume mais… dans la boutique d’en face. En effet, le nouveau magasin Sébastien Le Guillou, placé à l’angle du palais des Beaux-Arts, à la place du Façonnable, est tenu par des anciens de Moreteau, dont Philippe Billon, le directeur, et le “fameux” monsieur Paul. Garant d’un héritage ancien, l’homme est dans la maison depuis 50 ans et en assure la continuité par sa présence (voir encadré).

Des sabots jusqu’aux costumes


Mais il fut aussi un temps où la maison Moreteau n’était qu’une jeune pousse. Feu le docteur Jean-Jacques Moreteau, un des descendants, raconte son histoire dans ses mémoires. On y apprend que cette success story est l’œuvre de Philibert Moreteau, cinquième enfant d’une fratrie de huit, et fils d’un aubergiste. Né près de Mâcon en 1832, il vint à Lyon à l’âge de 14 ans, “avec de la paille dans ses sabots”, note avec bienveillance l’auteur de l’histoire de la famille. Appelé par son frère aîné, Philibert devait l’aider dans son métier de marchand tailleur. Le magasin du frère, À Jeanne d’Arc, était alors situé rue Tupin.








Les affaires étaient prospères et la clientèle abondante dans cette nouvelle Presqu’île où toute la bonne société lyonnaise s’affichait







Pour mémoire, c’est aussi à cette période, entre 1854 et 1865, que notre Haussmann lyonnais – le préfet Vaïsse – fit percer la rue Impériale et la rue de l’Impératrice, aujourd’hui rue de la République et rue Édouard-Herriot. Des chantiers qui transformèrent radicalement la face du centre-ville de Lyon, ce qui profita aux commerces de la Presqu’île. Ce devint une fois pour toutes le lieu où il faut paraître. Dès lors, le commerce familial déménagea en 1854 et se déplaça au 24, rue Impériale, actuel emplacement du magasin de confection Naf Naf de la rue de la Ré.

Réussite et trahisons


Un premier emploi qui donna des idées au jeune Moreteau. Les affaires étaient prospères et la clientèle abondante dans cette nouvelle Presqu’île où toute la bonne société lyonnaise s’affichait. C’est ainsi qu’aux alentours de ses 30 ans, fort de son expérience, il lança sa propre maison d’habillement rue Tupin, “sans financement extérieur”, précise son arrière-petit-fils. Une indépendance dont son frère, qui l’avait aidé à ses débuts, fut froissé. Toutefois cette colère n’empêcha pas l’ambitieux Philibert d’ouvrir une deuxième boutique neuf ans plus tard, en 1869, cette fois au numéro 52 de la très chic rue Impériale. Une concurrence directe envers son frère aîné, 200 mètres plus bas. D’ailleurs, ce lourd investissement l’obligea à s’associer avec un tailleur… débauché chez son frère ! Une victoire sur le destin pour celui qui était arrivé à Lyon avec seulement ses fripes et sans aucune instruction.

Se doutait-il alors que son nom, Moreteau, serait ainsi inscrit dans la plus belle artère de la ville pendant 126 ans ? La tradition dit qu’il était d’un naturel vif, parfois colérique, mais que rien ne laissait supposer une telle réussite. Quoi qu’il en soit, son descendant suggère qu’il aurait été aidé par les “grands drapiers parisiens de l’époque qui, connaissant ses capacités, lui auraient fait confiance et l’auraient financé sans difficulté”. C’est donc bien en 1869 – et non en 1872 comme l’affichent les publicités actuelles – qu’est née l’enseigne Moreteau.


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