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Roms : statu quo après la réunion de mercredi

Après le conseil interministériel sur les Roms qui s'est tenu mercredi à Matignon sous l'égide de Jean-Marc Ayrault, les associatifs se disent déçus à Lyon par les mesures annoncées. "C'est une étape" tempère Sylvie Guillaume, députée européenne socialiste. Le vice-président au logement social au Grand-Lyon, Olivier Brachet, se demande lui comment les collectivités vont pouvoir loger les Roms sans dérogations. Réactions.

Les mesures annoncées mercredi soir par le gouvernement Ayrault sensées favoriser l'accueil des Roms en France devaient apaiser les esprits. Après les 300 expulsions ordonnées cet été à Lyon par la préfecture et les 240 "retours volontaires" organisés en charter depuis St Exupéry par l'Office français des migrations et de l'intégration (OFII), les associatifs attendaient un signal fort du gouvernement. Leur espoir a été balayé par le gouvernement.

"Où sont les promesses d'Hollande ?"

"J'étais très déçue mercredi soir. François Hollande nous avait dit : pas d'expulsions sans relogement. Où sont ses promesses ? Ces annonces sont assez hypocrites. Ils ne se sont pas engagés sur le relogement. Uniquement sur une levée hypothétique des mesures transitoires. Ce n'est pas suffisant", estime Gilberte Renard, membre de l'association CLASSE qui scolarise les enfants de Roms dans l'agglomération lyonnaise.

"Ces déclarations gouvernementales sont des effets d'annonce destinés à calmer l'opinion publique. Elles n'ont aucun sens", affirme un autre militant, déçu par l'annonce de la suppression de la taxe de 700 euros due à l'OFII par les employeurs des Roms et l'élargissement de la liste des métiers qui leur sont ouverts (la fin des mesures transitoires).

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"C'est une étape", temporise Sylvie Guillaume (photo), député européenne et adjointe aux affaires sociales au maire de Lyon. "Si cela peut permettre de mieux concorder avec les compétences qui existent chez les Roms, tant mieux. Et puis objectivement, cela bloquait un certain nombre d'initiatives généreuses de la part de certains employeurs. Ces mesures permettront certainement à des initiatives de voir le jour ou d'être prolongées". La députée européenne n'en espère pas moins que d'autres mesures suivront du fait de l'action conjuguée du nouveau gouvernement et de la commission européenne.

"Démerdez-vous !" regrette Olivier Brachet

Concernant l'hébergement des Roms, le gouvernement a promis mercredi soir "l'éventuelle mise en place de structures d'accueil provisoires en lien avec les collectivités territoriales". Olivier Brachet (photo), vice-président au logement social au Grand-Lyon, ne cache pas son scepticisme. "Cela veut dire 'démerdez-vous !' Je vois mal comment on va pouvoir loger les Roms dans du logement social sans ouverture d'un certain nombre de droits sociaux (RSA, APL, prestations familiales) qui leurs sont interdits jusqu'ici comme à tout autre citoyen européen à son arrivée en France".

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Actuellement dans le Rhône, seul un programme d'insertion existe pour 94 Roms, mené par Forum réfugié en partenariat avec la préfecture. "Dans ce cadre, le préfet a donné des dérogations à 21 familles pour qu'elles puissent bénéficier des prestations sociales, précise le vice-président. Ce qui leur sert de filet de sécurité pour être logés dans des logements sociaux gérés par Forum réfugié. Mais cela reste exceptionnel. Je ne vois pas comment on va pouvoir loger les Roms sans autres dérogations attribuées par l'Etat. Or en droit français, l'Etat ne peut pas attribuer de dérogations à une minorité plutôt qu'à une autre. Il faudrait que les Roms arrivent à se loger par leurs propres moyens et qu'ils trouvent un travail. Au bout d'un certain temps, tout comme n'importe quel autre citoyen européen, danois par exemple, quand ils ont suffisamment cotisés, l'Etat peut leur ouvrir des droits sociaux et éventuellement leur attribuer un logement social. Mais avant, ils n'y ont pas le droit."

Quant aux villages d'insertion à Lilles, Aubervilliers ou Montreuil encouragés par la commissaire européenne à la Justice y compris à Lyon, Viviane Reding qui a placé la France sous surveillance européenne en août après les expulsions de l'été, Olivier Brachet est contre. "Il n'y a pas de raison de favoriser l'installation de Roms de façon communautaire, c'est une vision un peu coloniale des choses", juge le vice-président du Grand-Lyon à qui ce genre d'initiative rappelle les ghettos de Roms de Craiova visités en 1994 au début de l'arrivée des Roms à Lyon. "On ne va pas recommencer !" craint-il.

A la préfecture, silence radio. L'entourage du préfet prévient cependant que celui-ci continuera d'appliquer les décisions de justice concernant les expulsion de terrains occupés illégalement par des Roms. Celui de St-Priest devrait ainsi être expulsé dans les prochains jours. 150 à 200 Roms y ont élu domicile ces dernières semaines.

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