Procès des deux militants FSE de Lyon 2 : la défense plaide " évidemment " la relaxe

Alors que le parquet a requis une peine d'emprisonnement avec sursis, Maître Forray, au terme d'une plaidoirie particulièrement véhémente, a demandé la relaxe de ses deux clients.

Il faudra encore patienter. Alexandre (24 ans), et Tayeb (21 ans) ont quitté le tribunal, hier tard dans la soirée, sans connaître leur destin, à l'issue d'une audience de trois heures orchestrée par le juge Piffaut. Le président du tribunal a annoncé que le jugement sera rendu le 1er juillet.

Il est 13h40 lorsqu'un groupe d'étudiants prend forme à l'extérieur du palais de justice. Au même moment, six policiers pénètrent dans la chambre des comparutions immédiates. " Personne ne sera debout. Lorsque la salle est pleine, on refusera l'accès au public. C'est compris ?", indique l'un d'entre eux. Chose faite quinze minutes plus tard. La salle est comble. Familles, amis et proches sont présents pour soutenir les deux garçons.

A 14h01, le président du tribunal annonce l'ouverture de l'audience. Alexandre et Tayeb s'installent à la barre. Tendus, les mains croisées derrière le dos, les deux jeunes hommes semblent conscients de l'importance du moment.

Les faits qui leur sont reprochés remontent à la journée du 28 avril. Alors que la présidence de Lyon 2 organise un vote à bulletin secret pour trancher sur la levée du blocage, un groupe d'une cinquantaine d'étudiants bloqueurs, dont un certain nombre porte des cagoules, tente de saboter le vote. En l'espace de quelques minutes, des débordements violents éclatent. Jets de chaises et de barrières. Pétards. Le bureau de vote est saccagé. Dépassés, les vigiles font usage de bombes lacrymogènes. " C'est eux qui ont commencé à gazer les étudiants ", rappelle Alexandre.

Deux heures plus tard, à l'extérieur de l'université, Alexandre et Tayeb, reconnus comme " des acteurs majeurs de l'action du bureau de vote " par deux vigiles, sont interpellés par les forces de l'ordre. Si le premier coopère sans problème, le second est soupçonné, par trois agents de police, " d'avoir fait acte de rébellion en refusant l'arrestation puis en s'agitant fortement ". " Jusqu'au dernier moment, je ne savais pas que c'était moi qu'ils voulaient arrêter. Une fois que je l'ai compris, je n'ai fait preuve d'aucune résistance ", explique le grand brun, pantalon noir et chemisette à carreaux.

Depuis leur garde à vue, les deux étudiants nient en bloc l'ensemble des faits qui leur sont reprochés. " Je suis resté à l'extérieur. Je me suis fait gazer quand j'étais sur la coursive. A aucun moment j'ai pensé à entrer et tenter quelque chose dans ce bureau de vote ", témoigne Tayeb, chemise à manche longue bleu ciel, rappelant qu'il ne comprend toujours pas pourquoi " un vigile m'a reconnu ". " Monsieur le président, jamais je n'aurais imaginé me retrouver dans un tribunal correctionnel à cette place ", ajoute l'étudiant en droit juridique international. " C'est une expérience ! ", ironise le juge.

Alexandre va encore plus loin. " Je suis attaché à l'intégrité physique des personnes, et je me considère comme de tempérament pacifique. De plus, les actions violentes ne font pas avancer la cause que nous défendons. J'ai été victime des gaz lacrymogènes de l'extérieur. Je ne suis pas entré dans le bureau de vote mais je me suis rendu de l'autre côté, dans l'allée qui donne sur la sortie pour veiller à ce que tout le monde puisse sortir dans de bonnes conditions ", explique le jeune homme. " Pourquoi les vigiles vous désignent-ils alors ? ", interroge le juge. Alexandre semble avoir la réponse. " Je pense que les vigiles ont été un peu dépassés par les événements et que d'autres personnes tierces sont peut-être venues pour nous dénoncer injustement dans une volonté politique ", déclare le militant FSE en Master 1 Sciences Politiques. Le public laisse échapper des rires.

A 16h10, Maître Forray, avocat de la défense, passe à l'action. Pas moins de cinq vidéos, filmées sous trois angles de vue différents, montrent les interpellations des deux jeunes hommes. " Regardez bien monsieur le président. C'est clair, il n'y a aucun geste de résistance de la part de mon client ", répète l'avocat en pointant du doigt l'écran. Placé debout derrière le juge, le procureur paraît dubitatif.

Une heure et trente minutes plus tard, le représentant de l'ordre public remet en cause les déclarations des étudiants ainsi que les extraits vidéo qu'il juge insuffisants " pour réfuter les actes de rébellion " d'Alexandre. " Les dépositions des deux vigiles ainsi que celles des policiers m'amènent à croire que ces deux garçons ont bien participé à cette action qui a mal tourné ". Il requiert à leur encontre un emprisonnement avec sursis, précisant qu'il pourrait être de six mois pour l'auteur de la rébellion.

Survolté, Maître Forray tombe des nues en apprenant la réquisition du parquet. Lui qui croyait " que les preuves apportées étaient pleinement suffisantes " et que sa plaidoirie " serait courte ", va entamer une longue et spectaculaire défense. Rappelant que l'ensemble des dépositions relèvent " d'approximations considérables ", et que dans cette histoire " la parole des policier serait d'or " malgré les preuves à l'appui des vidéos et des dépositions des étudiants et personnels de Lyon 2, l'avocat plaide " évidemment " la relaxe de ses deux clients.

Qui du parquet ou de la défense obtiendra le dernier mot ? Rendu du jugement le 1er juillet.

Emeric Merlin

Photo (interpellations du 28 avril 2009) : Fle-ur

* La FSE (Fédération Syndicale Etudiante) est le syndicat majoritaire à l'Université Lumière Lyon 2. Il a été particulièrement actif lors du mouvement de grève (et favorable au blocage des deux campus) contre les lois Valérie Pécresse et Xavier Darcos en faveur de l'autonomie des universités.

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