© Tim Douet

Procès Barbarin – Lyon : le parquet ne requiert pas de condamnation

Comme en première instance et lors du premier classement sans suite, le ministère public a demandé la relaxe du cardinal Barbarin.

Ce vendredi matin, l'avocat général a demandé la relaxe de Philippe Babarin. Une décision dans la lignée du premier classement sans suite et de la demande de relaxe en première instance. Après le classement, les parties civiles avaient choisi une procédure de citation directe de l'archevêque de Lyon et de cinq autres personnes. De fait, l'avis du parquet, “dans une position de retrait”, a admis l'avocat général, qui a tout de même donné son “interprétation du droit”.

La justice “ne peut faire du symbolique”

S'il a estimé que cinq victimes n'étaient pas couvertes par la prescription, l’avocat a assuré qu'elles n'étaient pas vulnérables au moment des faits et que le cardinal Barbarin n'avait pas “intentionnellement cherché à empêcher la saisine de la justice”. Il a estimé qu’“une analyse extensive de la loi créerait des problèmes majeurs. En effet, si l’obligation n'est plus limitée aux faits principaux et à la majorité des victimes elle s'imposerait de manière impérative et intemporelle. Alors, ce délit devient imprescriptible de fait, car susceptible de réapparaître à chaque révélation et cela de façon intemporelle”. “Cette logique extensive pourrait donc élargir l'obligation de dénoncer aux victimes elles-mêmes parce qu'elles n'auraient pas dénoncé et donc pas protégé d'autres personnes”, a-t-il estimé. Selon lui, “cela serait créer une chimère pour répondre à un impératif idéologique dont les conséquences n'ont pas été suffisamment pensées”. Le ministère public a assuré que la justice “ne peut faire du symbolique” dans son action. “Cela serait faire courir le risque d’ajouter de l’injustice à l’injustice. Le système juridique ne peut être soumis à de telles torsions pour une cause, aussi juste soit-elle”, a conclu Joël Sollier.

En correctionnelle, le tribunal avait décidé de condamner le cardinal à six mois de prison avec sursis. Les juges avaient estimé que Philippe Barbarin était tenu de révéler les faits à la justice en plus de Rome. La décision motivée reprochait le manque “d’initiative à saisir la justice” du cardinal, alors que “la lutte contre la pédophilie était déjà bien développée au sein de l’Église catholique, comme en témoignent les principes arrêtés par le pape affichant une “tolérance zéro”, ceux énoncés par la Conférence des évêques dès 2003 (…) et de la condamnation d’un évêché par le tribunal correctionnel de Caen en 2001”. Ainsi, selon la décision, “une dénonciation adressée au procureur de la République pouvait tout à fait contenir les mêmes informations que celles transmises à Rome”, en 2014 quand le cardinal décide de solliciter l’avis de la hiérarchie de l’Église après cinq mois d’insistance d’Alexandre Hezez.

“Alors même que ses fonctions lui donnaient accès à toutes les informations et qu’il avait la capacité de les analyser et les communiquer utilement, Philippe Barbarin a fait le choix en conscience, pour préserver l’institution à laquelle il appartient, de ne pas les transmettre à la justice. (…) il a préféré prendre le risque d’empêcher la découverte de très nombreuses victimes d’abus sexuels par la justice et d’interdire l’expression de leur douleur”, concluait le jugement à propos du cardinal.

à lire également
Le procès en appel du cardinal Barbarin s’est déroulé à Lyon ces jeudi et vendredi. Au sein de la cour d’appel, les victimes du père Preynat, à qui la justice a donné raison en première instance, ont de nouveau pointé du doigt les fautes du cardinal. De son côté, la défense du prélat s’est attachée à différencier “la cause” portée par les parties civiles et “la rigueur du droit”.

Laisser un commentaire

d'heure en heure
d'heure en heure


derniers commentaires
Faire défiler vers le haut