Photo d’illustration du camp de concentration d’Auschwitz en 2022. (Photo de Wojtek Radwanski / AFP)

Pourquoi la Métropole de Lyon annule-t-elle un voyage scolaire à Auschwitz ?

Accusée d’annuler un voyage scolaire à Auschwitz par idéologie écologiste, la Métropole de Lyon campe sur sa position, assurant que cette décision a été prise en raison de la proximité de la Pologne avec l’Ukraine, où la guerre fait rage.  

Près de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le devoir de mémoire revêt une importance toujours essentielle dans l’éducation des jeunes générations. S’il est un sujet qui ne devrait souffrir d’aucune contestation, c’est bien lui, "il faut éviter les polémiques stériles et odieuses sur ce sujet qui devrait au contraire nous réunir", s’est émue lundi 23 janvier Véronique Moreira, la vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge de l’éducation. 

"Ce sujet ne mérite absolument pas la polémique, mais mérite que l’on puisse avoir un débat"

Louis Pelaez, conseiller d'opposition à la Métropole de Lyon

Depuis plusieurs jours, la Métropole de Lyon fait en effet l’objet de vives critiques de la part d'une partie de son opposition concernant l’annulation d’un voyage scolaire de collégiens au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Ces derniers se faisant l’écho du président du département du Rhône Christophe Guilloteau, qui accusait dans les colonnes du Progrès l’exécutif écologiste de "sacrifier le voyage de la mémoire au nom de leur militantisme exacerbé"  contre l’usage de l’avion. 

Des critiques alimentées par le Département

Visiblement encore très remonté par le fait qu’en 2022 le voyage à Auschwitz des collégiens du Rhône et de la Métropole de Lyon avait été remplacé au pied levé par une opération humanitaire pour ramener à Lyon des femmes ukrainiennes et des enfants, le président du département ne ménage pas l’exécutif écologiste. Alors que la Métropole de Lyon explique avoir pris cette décision en raison de la guerre en Ukraine non loin, Christophe Guilloteau rétorque auprès de nos confrères "si c’était dangereux, croyez-vous qu’il y aurait autant de vols quotidiens en Pologne ?". Surtout que du 7 au 8 mars, le département du Rhône enverra 120 collégiens visiter le camp d’Auschwitz, à l’instar de ce qu’ont pu faire des collégiens de "Caluire-et-Cuire et Saint-Priest au mois de novembre", rappelle le maire LR de Caluire Philippe Cochet. 

"Il y avait le risque de voir beaucoup de jeunes renoncer et de voir un voyager sans l’impact souhaité"

Véronique Moreira, vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge de l’éducation

Alors le Département est-il irresponsable ou la Métropole de Lyon pèche-t-elle pas excès de prudence ? Piquée au vif, Véronique Moreira a démenti avec fermeté ces accusations lors du conseil métropolitain lundi. "Cette année la guerre continue et elle se durcit. Cracovie est certes éloignée du Donbass, mais elle est à environ 250 km de Lviv. Nous avons beaucoup consulté pour prendre cette décision, des parents, le rectorat, des enseignants, des experts qui travaillent au devoir de mémoire et qui partagent la même préoccupation que nous", justifie l’élue écologiste, avant d’ajouter "il y avait le risque de voir beaucoup de jeunes renoncer et de voir un voyager sans l’impact souhaité". 

Le devoir de mémoire oui, mais en Alsace

Réaffirmant l’importance du devoir de mémoire, "en particulier sur le territoire de la Métropole de Lyon où des groupes extrémistes, identitaires, prennent de plus en plus de place et osent affirmer sans complexe leur position et leur violence", Véronique Moreira assure que celui-ci ne sera pas sacrifié. Les collégiens se verront ainsi proposer un voyage au camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace, "le seul camp de concentration nazi sur le territoire français", souligne la vice-présidente à l’éducation. L’occasion de "montrer que l’horreur nazie ne s’est pas seulement déployée en Allemagne et en Pologne, mais sur l’ensemble des territoires". 

Un choix de destination qui permettra à la collectivité de proposer deux voyages et donc d’emmener le double d’élève, fait également valoir l’exécutif. Tout en précisant que le voyage et le parcours mémoriel effectué sur place seront évalués par un groupe d’experts du rectorat, des enseignants, des familles et des représentants qui travaillent sur la mémoire de la Résistance et de la Shoah. 

L’option d’emmener les enfants visiter le camp de Natzweiler-Struthof pourrait donc être reconduite l’année prochaine, même si Véronique Moreira n’écarte pas la possibilité de retourner à Auschwitz si la situation le permet. 

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