Pollution vu depuis la tour oxygène © Tim Douet

Pollution aux particules fines à Lyon : tueuse oubliée pour ces élections ?

Chaque année, la pollution, notamment celle aux particules fines, tuerait prématurément 67 000 personnes en France. La campagne pour les élections à la métropole de Lyon ne manque pas de soulever la question du climat. Qu'en est-il de ces particules dont les niveaux d'expositions sont supérieurs à ceux préconisés par l'Organisation mondiale de la Santé ?

Dans son dernier bilan de la qualité de l'air dans la métropole de Lyon, Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes indique que  65 % de la population reste exposés à cette forme de pollution. Si les niveaux baissent depuis plusieurs années, ils restent supérieurs à ceux préconisés par l'OMS.

Les particules fines restent un enjeu majeur pour le territoire métropolitain, dans un contexte où l'obsession du CO2, et le climat, ont parfois fait figure d'arbre qui cache la forêt. Ainsi, en France, la seule pollution de l'air entraînerait le décès prématuré de 67 000 personnes chaque année (lire ici).

Si l'on évoque la question du dioxyde d'azote ou de l'ozone, les particules fines sont aussi régulièrement pointées du doigt. Deux types sont essentiellement mesurés : les PM10 (inférieur à 10 microns) et PM2.5 (inférieur à 2,5 microns). Un micron est égal à 0.001 millimètre, un cheveu fait entre 50 et 100 microns de diamètre. Dès lors, certains de ces composants volatiles sont si petits qu'ils peuvent atteindre en profondeur dans les poumons, passer dans le sang, atteindre le cerveau ou se loger dans le placenta des femmes enceintes (lire ici). L'Organisation mondiale de la Santé a établi un lien direct entre les particules fines et les maladies cardiovasculaires et respiratoires, et des cancers.

Dans la métropole de Lyon, les sources des particules fines PM10 et PM2,5 sont les suivantes selon Atmo. 

PM10 : 

  • agriculture : 7 %
  • industrie : 17 %
  • chauffage résidentiel : 47 %
  • transport routier : 19 %
  • autre : 10 %

PM2.5 :

  • agriculture : 4 %
  • industrie : 11 %
  • chauffage résidentiel : 57 %
  • transport routier : 18 %
  • autre : 10 %

 

À travers ces données, on peut voir la forte prégnance du chauffage résidentiel non efficient et les importantes marges d'améliorations sur ce point. Durant la campagne pour les élections métropolitaines, on aurait pu penser que ce sujet fasse consensus, il n'en est rien.

Quelques raccourcis chez les Verts sur les études liants particules fines et COVID-19

Du côté des Verts menés par Bruno Benard, si "climat" ou "climatique" se retrouvent dans sept occurrences dans leur programme (voir ici). Deux mentions sont faites des particules fines et uniquement celles liées au trafic : "Alors que des chercheurs italiens et américains ont établi une corrélation entre la concentration des particules fines (PM10 et PM2,5) dans l’air et une mortalité accrue au COVID19, il est indispensable d’encourager les déplacements non motorisés" et "amélioration de la ZFE par plusieurs mesures dont : En prenant en compte des particules ultrafines dans l’indice de pollution ATMO". La question du vecteur d'émission majoritaire, chauffages non efficients, n’est pas abordée directement.

Par ailleurs, aucune source n'est donnée pour les études mentionnées, mais il est possible de retrouver les deux principales reprises par les médias : une réalisée par douze universitaires italiens et une par une équipe d'Harvard aux États-Unis.

La première, qui prétendait que le COVID-19 pourrait se lier aux particules fines pour contribuer à propager l'épidémie, a été largement critiquée par une grande partie de la communauté scientifique. Des éléments, avant publication de l'étude, ont été qualifiés d'improbables, mais aussi littéralement de "fake news" par des chercheurs (lire ici). Les dernières conclusions de l'équipe se montrent beaucoup plus prudentes et indiquent : "aucune hypothèse ne peut être faite concernant la corrélation entre la présence du virus sur les particules et la progression de l'épidémie de COVID-19" (voir ici).

Quant à l'étude des chercheurs d'Harvard, elle indique que dans certains cas, les comorbidités comme l'obésité, le diabète, l'hypertension, associées au COVID-19, sont aggravées chez les sujets exposés à une pollution aux particules fines récurrentes. Cette étude reste à l'état de prépublication en attendant une relecture des pairs (voir ici). Par conséquent, pour l'instant, l'ensemble des études ont soulevé des hypothèses qui doivent encore être prouvées ou non. Dès lors, il reste scientifiquement erroné de dire que des "corrélations ont été établies entre la concentration des particules fines (PM10 et PM2,5) dans l’air et une mortalité accrue au COVID19".

Les deux sources de particules évoquées chez Kimelfeld

Dans le programme (voir ici) des 400 propositions de David Kimelfeld (sans étiquette), on retrouve "climat" ou "climatique" à vingt reprise et "particules", "particules fines" , cinq fois. Les deux sources sont évoquées : trafic et chauffage. Pour le premier, le candidat propose un élargissement de la zone à faible émission sur l'ensemble du territoire métropolitain d'ici 2022 et une concertation pour "une date d’interdiction d’accès de cette ZFE aux VUL et PL diesel", c’est-à-dire munis d’une vignette 2, d’ici à 2025. La question de l’intégration des voitures particulières dans la ZFE nécessite d’accompagner les particuliers qui devront changer leur véhicule".

Pour le deuxième point d'émissions des particules, David Kimelfeld propose la mise en place d'une prime pour aider au remplacement d'un système de chauffage polluant aux bois ou fioul (2 000 euros pour les plus modestes, 1 000 euros sans condition de ressource). Selon les données du programme, on retrouverait 36 000 chauffages à bois non efficients et polluants sur le territoire et 37 000 au fioul. L'objectif affiché est d'avoir remplacé l'intégralité de ces installations d'ici dix ans.

"Climat", "particules" et "pollution" absents pour le moment chez Collomb et Buffet

Enfin, en ce qui concerne l'alliance entre Gérard Collomb et les Républicains menée par François-Noël Buffet, onze propositions ont été publiées sur leur site de campagne (voir ici). Si les termes fourre-tout "écologie positive" sont répétés à plusieurs reprises. On ne retrouve aucune mention de "climat", "particules", mais aussi "pollution" ou "qualité de l'air". Lors de la campagne du premier tour, les deux candidats avaient pu aborder la question du climat, tout en défendant l'autoroute urbaine de l'Anneau des sciences. Ce projet est considéré comme un possible vecteur majeur de particules, y compris avec des voitures électriques ou à hydrogène (avec les particules liées au freinage et pneus, lire ici).

De futurs grands enjeux autour de cette pollution ?

Si l'impact des particules fines sur le corps humain est une réalité, de nouveaux enjeux autour de cette thématique commencent à émerger. Atmo surveille depuis dix ans les particules ultrafines, inférieures à 100 nanomètres (qui sont si fines que les filtres qui équipent notamment les véhicules diesel ne peuvent les bloquer). Malgré leur dangerosité déjà largement documentée, aucune surveillance réglementaire n'a été mise en place. "Les particules fines (PM.1) et les particules ultrafines (PUF) sont celles qui pénètrent le plus profondément dans l’organisme (franchissement de la barrière alvéolo-capillaire). Leur composition chimique : Les particules sont généralement composées de sels (nitrates, sulfates, etc.), de carbone organique (HAP, oxydes, etc.), de carbone suie lié à la
combustion des carburants et de la biomasse", précise Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes.

Par ailleurs, se pose la question des fortes concentrations de particules fines dans le réseau métro de Lyon et l'exposition des voyageurs et salariés (lire notre enquête ici sur les données de 2017). En partenariat avec Atmo, le Sytral a fait procéder à l'installation d'une unité de mesure à la station Saxe-Gambetta. Des données devaient être publiées durant le premier semestre 2020, mais la crise du COVID-19 a entraîné des retards. De fait, le prochain exécutif pourra choisir si oui on non, il propose un état de la qualité de l'air dans le métro, en quasi-temps réel, décision éminemment politique.

Si l'espoir de sortir un jour de la crise du coronavirus est réel. Pour les particules fines, et plus largement la pollution, les moyens mis en branle restent très loin de ceux qui ont été déployés face à la dernière épidémie. L'une des faucheuses est plus discrète que l'autre.

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