Manifestation contre Parcoursup devant le rectorat de Lyon © Gwendoline Troyano

Parcoursup : dialogue de sourds au rectorat de Lyon

Jeudi 6 juin, un rassemblement intersyndical et étudiant a eu lieu devant le rectorat à midi. Pour contrer la démoralisation des lycéens face à Parcoursup, une nouvelle audience a eu lieu avec le rectorat, sans succès.

12h05, une cinquantaine de personnes occupent les lieux. L’ambiance est très calme, quelques policiers surveillent l’entrée du rectorat, en raison de l’appel intersyndical lyonnais composé de l’UNL, l’Unef, FO, SUD, CGT et FSU. Tous sont venus réclamer de nouveaux chiffres sur les élèves sans affectation, refusés et sur liste d’attente, et sur le nombre de places à créer pour assurer la réussite des futurs bacheliers. Ils demandent surtout une solution concrète pour tous les étudiants voire un abandon du système Parcoursup. Une délégation intersyndicale a été organisée pour réaliser une audience avec les responsables du rectorat lyonnais : Muriel Cairon, enseignante au lycée Colbert et syndicaliste à FO Rhône en fait partie. Elle explique calmement et fermement l’angoisse et la colère du personnel des lycées, que ce soit pour le classement des établissements ou les oraux : “Un vrai tri social est en cours, il est quasiment impossible d’enlever ces critères arbitraires de sélection”.

“On n’a pas assez de chiffres sur Lyon”

Peu de lycéens ont pu accorder du temps à la mobilisation à cause des révisions du baccalauréat. Mais l’UNL se trouve présente, notamment en la personne de Laura Pfister, lycéenne de terminale ES et vice-présidente de l’organisation : “À Lyon 2, la sélection n’est pas de mise, à Lyon 1, la sélection est plus présente. Aujourd’hui, pas mal de lycéens veulent redoubler par rapport à leur situation.” Même si cela représente un malus pour Parcoursup, ils font le choix de ne pas se reporter sur des vœux non voulus. Ou alors ils choisissent de se reporter à l’enseignement privé. “À Paris, on sait que les inégalités sont flagrantes, on n’a pas assez de chiffres sur Lyon en revanche”, ajoute la jeune syndiquée.

“On passe de l’aléatoire à la marge à l’aléatoire systémique”

12h20, la délégation part rencontrer Pierre Arene, secrétaire général du rectorat. Environ 70 personnes sont devant l’entrée du bâtiment, quelques drapeaux de Solidaires et du FSU se font remarquer, les discussions sont animées, beaucoup sont des manifestants habitués et ils sont bien conscients de la difficulté des lycéens à manifester. Le constat du dysfonctionnement de Parcoursup est le même, Nicolas Lechopier, maître de conférences à l’Université de Lyon 1, syndiqué à Solidaires, en résume bien le propos : “C’est pire qu’APB, on passe de l’aléatoire à la marge à l’aléatoire systémique…” Pour contrecarrer les effets psychologiques négatifs de Parcousurp, une plateforme SOSincriptions.fr a été crée par l’Unef, l’UNL, la FCPE et PLUS pour recenser les problèmes des lycéens et fournir de l’aide grâce à des élus et référents. Lucas Margain, étudiant en 2e année d’Histoire et syndiqué à l’UNEF ajoute : “Les présidents des universités sont à l’écoute, ils ont été professeurs au début de la carrière donc ils comprennent l’enjeu du problème. Même si la mobilisation étudiante a démarré lentement cette année on ne lâche rien ! LA FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves ndlr) commence à nous rejoindre le mouvement”. Henry Hassan, responsable de la Fédération des Enseignants de FO, souligne avec verve que “le gouvernement met à mal le baccalauréat, alors que c’est républicain !  On ne s’occupe plus de l’anonymat, des épreuves ponctuelles. C’est un bac maison maintenant.

13h, la délégation revient, les regards sont énervés, mais les syndiqués relatent vivement l’audience : tous parlent d’un dialogue de sourds, d’une tension permanente entre eux et le numéro 2 du rectorat. Selon Muriel Cairon “Il y a un déni du rectorat alors qu’il manque 9000 places pour les futurs étudiants dans toute la France”, les conditions de stress se trouvent renforcées, le problème des logements et des bourses est rappelé plusieurs fois et les enseignants observent également un déni progressif, voire radical, du baccalauréat par les élèves délaissés par Parcoursup. Une enseignante syndiquée du FSU ironise les propos du rectorat : “ils refusent de donner des chiffres et nous répètent de regarder ceux du ministère… et puis ils considèrent que ce n’est pas si grave de ne pas faire d’études après le bac pour avoir une bonne insertion professionnelle”. Les syndiqués et manifestants quittent les lieux progressivement avec amertume. Muriel Cairon confie : “s’ils ne communiquent pas les chiffres, cela rajoute de l’inquiétude à l’inquiétude. Cela est contradictoire, car en principe, le rectorat suit individuellement les élèves”.

“Ça n’a pas de sens de donner des chiffres”

En effet, contactée par téléphone, Pascale Perez, chargée de communication au rectorat, rappelle qu’une commission se réunit depuis vendredi 1er juin pour traiter “de manière qualitative et non quantitative” 490 candidats qui n’ont reçu que des réponses négatives sur la plateforme. En reconnaissant que cela est inédit, elle indique qu’une étude de 130 dossiers a déjà été établie, et revendique même une Commission qui se veut “humaniste”. Malgré le dysfonctionnement et le cas particulièrement délicat des filières technologiques dans le système Parcoursup, Mme Perez assure que des places de BTS sont créées actuellement. Près de 75 % des élèves lyonnais auraient au moins une réponse affirmative, le rectorat lyonnais considère que la plateforme fonctionne avec fluidité, donner des chiffres des personnes en attente n’aurait “pas d’intérêt, car ces élèves ont fait des vœux aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, ça n’a pas de sens de donner des chiffres.” L’institution locale se donne pour limite le 7 juillet pour régler les problèmes d’une grande majorité des concernés. Parcoursup est analysé subtilement par le rectorat de la forme suivante : “la plateforme APB permettait aux élèves d’utiliser l’autocensure pour faire des vœux cohérents, hiérarchisés et à leur niveau”. Le 25 juin, les lycéens sur liste d’attente pourront utiliser une procédure complémentaire pour tenter d’avoir des vacances sans stress.

Du côté du mouvement étudiant, une Assemblée générale a eu lieu dans la Cour d’honneur de l’IEP de Lyon vers 15h. Alors que la rencontre devait se faire sur les pelouses de Lyon 2 à 14h, le filtrage de l’entrée était encore de mise. Les étudiants de Science Po et Lyon 2 se sont trouvés dans la difficulté de trouver un endroit pour se réunir et discuter du soutien à apporter à leurs futurs camarades étudiants. Une trentaine de jeunes discutent joyeusement sur les revendications et actions à réaliser : après le bac ? À la rentrée ? Le tractage et le dialogue sont déjà mis en œuvre pour favoriser le contact avec les lycéens et le personnel, et ce soutien apporte du réconfort dans les lycées de Vénissieux notamment. Julie, étudiante de Science Po, résume la situation : “C’est un combat social qui ne finit pas !

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