Christian Ferrière, agriculteur à Saint-Laurent-de-Chamousset © Antoine Merlet
Christian Ferrière, agriculteur à Saint-Laurent-de-Chamousset © Antoine Merlet
Article payant

Morts aux champs – Le malaise paysan en Auvergne-Rhône-Alpes

Dans l’indifférence quasi générale, deux agriculteurs mettent fin à leurs jours chaque mois dans la région. Lyon Capitale est allé à la rencontre de cette paysannerie, un monde à part dans lequel vivent des hommes et des femmes “laissés pour compte”, “abandonnés” et “accusés de tous les maux”. Un milieu où près du tiers des “insulaires” subsistent avec moitié moins que le seuil de pauvreté. Reportage.

Il s’excuserait presque. “Les abords de la ferme sont pas très nets, on ne s’en occupe plus depuis douze ans qu’on galère.” Christian Ferrière s’obstine à parler à la troisième personne. “On”, c’est lui et son frère Jean-Marc, de dix-huit mois son aîné. “On était comme les deux doigts de la main… On a travaillé trente-quatre ans ensemble”, raconte-t-il, une main calleuse sur le visage. Le corps de ferme en U est à l’abandon. Ici, un extraordinaire amoncellement d’outils de toutes sortes et de tout acabit, probablement accumulés depuis des années, se déverse d’une grange sombre visiblement délaissée. Là, d’immenses toiles d’araignées tapissent des pans entiers de bâtiment. La maison à proprement parler est à peine plus épargnée. Dehors, deux voitures hors d’âge se laissent déborder par les herbes. Seuls les deux chiens, mère et fils, deux bâtards désœuvrés, la gueule ouverte et les babines lâches, redonnent un peu de vie à la ferme. Celle de Jean-Marc Ferrière a pris fin le 2 novembre dernier, le lendemain de la Toussaint. “Quand sa femme m’a appelé, j’étais en train de traire les vaches : “Christian, Jean-Marc s’est pendu”…” – dans la ferme de ses parents, à Saint-Romain-de-Popey, à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau de Saint-Laurent-de-Chamousset. Il avait été hospitalisé une première fois début juillet, au centre psychothérapeutique de Saint-Didier-au-Mont-d’Or. “Il voyait tout en noir, se remémore son frère, il voyait toutes ses vaches malades.” Une quarantaine de montbéliardes, d’excellentes laitières à la robe pie rouge. Il est hospitalisé une seconde fois à la fin du mois. “À la psychiatre, il disait : “Il faut que j’aille aider mon p’tit frère, il ne va pas s’en sortir.” Dès qu’il sortait, il se réabrutissait dans la ferme et les papiers.”

Samu social agricole

Il vous reste 83 % de l'article à lire.
Article réservé à nos abonnés.

Connectez vous si vous êtes abonnés
OU
Abonnez-vous

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut