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Mémoires. André Soulier : les tribulations d’un avocat lyonnais en Gaule

Lyon attendait les mémoires d’André Soulier avec un appétit tout canaille. Il faut dire que ce ténor et doyen du barreau de Lyon, avocat du gang des Lyonnais et du "parrain" de Lyon, des victimes de la catastrophe de Feyzin ou du cardinal Barbarin, a aussi été un homme public de premier plan, et donc de réseaux, de relations et de partis, auprès de Pierre Mendès France et de François Mitterrand, localement de Francisque Collomb et de Raymond Barre.

Douze maires de Lyon (fonction qu’il sera proche d’exercer), huit papes (il travailla pour le Vatican et organisa le concert de Jean-Michel Jarre lors de la venue de Jean-Paul II), vingt Coupes du monde de football (il présida la commission d’éthique et de discipline de la Ligue nationale), André Soulier a traversé les époques comme on traverse la Saône par la passerelle du palais de justice, dont il est à l’origine : avec émerveillement et désinvolture.
Au travers des 24 colonnes doriques ornées de feuilles d’acanthe, qui ont été le centre de son existence, on revisite en feuilletant Mes Mille et une vies (Cherche Midi) soixante ans d’histoire judiciaire et politique lyonnaise et française. Son "cher Beaujolais" à portée de main. "La vie, c’est quoi la vie ? Ce n’est que ce court trajet qui mène de la naissance à la mort. Mais une vie ? C’est autre chose !"

Lyon Capitale : Pourquoi avoir écrit ce livre ?

André Soulier : Aujourd’hui, je peux dire que j’ai vécu. Pleinement vécu. Alors que se profile la ligne d’arrivée du marathon de la vie, je voulais laisser une trace pour les miens, ma famille, ceux que j’aime, les amis, et… quelques autres ! Ce que j’ai fait et surtout, comme je ne suis pas un homme de repentance, avouer mes forces mais également mes faiblesses.

Quelles sont-elles ?

Ma force est de ne jamais transiger avec le réel et mes convictions.Ma faiblesse, parfois trop gentil… en politique. Je parle ici de l’aspect public de mes vies judiciaire et politique qui se sont confrontées pendant 45 ans et qui réclament, l’une et l’autre, des qualités antagonistes. Voyez-vous, je suis comme tout être vivant… multiple.

Mes Mille et une vies est le titre de vos mémoires. Quel était votre deuxième choix ?

(Silence) 'Acquittez-le !' Tout simplement car ce qui a envahi ma vie c’est le barreau, la lutte contre l’injustice, le fait de se retrouver seul avec quelqu’un qui va peut-être mourir alors même qu’il a commis un forfait ou a été entraîné dans des aventures improbables ou était tout simplement innocent. Je suis d’abord avocat. J’ai siégé dans nombre d’assemblées mais à la fin c’était toujours la défense qui se levait, pas l’homme politique.

Une carrière professionnelle au long cours est-elle compatible avec une carrière politique à un niveau élevé ?
Imaginons un instant que j’accepte la proposition de François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste, d’être candidat à la mairie de Villeurbanne en 1977 – je suis à cette époque maire de Villié-Morgon, dans le Beaujolais. Si j’y vais, il est possible que je sois élu. Je deviens alors député dans la foulée, en 1978, voire Charles Hernu. Quel aurait été mon destin ensuite ? Je ne sais pas mais je me souviens des propos tenus en 1975 par François Mitterrand lui-même à l’hôtel Terminus Lyon, près de la gare de Perrache, devant des responsables locaux du Parti socialiste : "Si nous accédons au pouvoir lors des élections de 1978, André ira à la chancellerie. Point final." Je me serais dès lors retrouvé dans le premier cercle du nouveau pouvoir à partir de 1981. En vérité et au fond de moi-même, j’aurais été contraint d’abandonner mon métier, ma passion, ce qui était inévitable en cas de réussite politique de premier plan.

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