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Lyon : Thérèse Rabatel, ancienne adjointe à l’égalité hommes-femmes  “Prostituée :  le proposeriez-vous à votre fille ? !”

Ancienne professeure d'histoire géographie dans une petite ville de Moselle, où elle a été élue, Thérèse Rabatel a ensuite occupé le poste d’adjointe à l’égalité hommes-femmes et aux personnes en situation de handicap à Lyon pendant onze ans. Femme de gauche, féministe convaincue (et convaincante), celle dont les prises de parole en conseil municipal étaient enveloppées d’ “une sorte de brouhaha rigolard” a été une grande promotrice de l’évolution du regard de la Ville sur la place et le rôle des femmes.

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Thérèse Rabatel : Je suis d’abord une obstinée. J’ai des convictions, je les affirme et je les porte. Je suis une femme de gauche, une féministe et je place l’égalité haut dans mes valeurs. En interne, en conseil d’adjoints, j’étais la seule élue avec Nicole Gay [adjointe au maire de Lyon en charge du patrimoine immobilier, NdlR] qui ouvrait son bec.
Sur quel point êtes-vous particulièrement remontée ?
S’il y a un point sur lequel je suis une grande gueule c’est celui des femmes et de la prostitution car on est là au cœur de l’odieux et de l’exploitation du corps féminin. Je ne supporte pas l’idée que l’on puisse acheter le corps des femmes. Un homme sur dix est client de prostituées. Il faut dire à ces derniers qu’ils sont un rouage essentiel du trafic d’êtres humains à travers la prostitution. Et pour ceux qui disent que c’est un métier comme un autre, je leur pose une question : le proposeriez-vous  à votre fille ? !
Qu’est-ce que cela veut dire au juste être féministe ?
Être féministe, c’est vouloir que les femmes aient la même reconnaissance que les hommes. L’historienne Michelle Perrot a dit que les femmes étaient “les oubliées de l’Histoire”. On a énormément passé sous silence l’apport des femmes pour la France et dans le monde. Être féministe, c’est aussi demander le même salaire – donc une meilleure retraite – et la liberté pour les femmes dans leur corps et leurs choix de vie. Elles représentent un peu plus de la moitié de l’humanité, la discrimination vis-à-vis des femmes est la seule qui touche une majorité !
Le féminisme ne date pas d’hier. En France, Olympe de Gouges ouvre le bal à la Révolution avec sa Déclaration des droits des femmes. En 2021, ça veut dire quoi ?
En 2021, il reste encore la question de la domination masculine et des stéréotypes qui se traduisent en particulier par le problème permanent des violences. Ce sont souvent des “crimes de propriété” : certains hommes pensent que les femmes leur appartiennent et les tuent quand elles veulent s’émanciper ou divorcer.

“Être féministe, c’est vouloir que les femmes aient la même reconnaissance que les hommes”


Le temps a-t-il un sexe ?
Oui, tout à fait. Il existe une différence de gestion des temps entre les hommes et les femmes. Aujourd’hui, les trois quarts des femmes travaillent, mais plus elles ont d’enfants, plus elles ont des temps partiels largement subis, voire elles renoncent à une activité professionnelle. Les femmes assurent encore 70 % du temps parental et 80 % du temps domestique. La liberté a un sexe, le pouvoir a un sexe, l’argent a un sexe, le temps aussi.
Où en sommes-nous sur le chemin de l’égalité hommes-femmes ?
Je dirais qu’on est à mi-chemin. S’il y a eu de grands progrès législatifs, dans l’égalité réelle, on est encore au milieu du gué. On le voit par exemple dans les études : les filles réussissent mieux que les garçons, non pas qu’elles sont plus intelligentes mais parce qu’elles travaillent davantage. Toutefois ensuite, leurs choix sont encore extrêmement genrés. Quand une fille a des résultats moyens en maths, elle n’ira pas vers une carrière scientifique, contrairement à un garçon qui aura les mêmes résultats. Les stéréotypes laissent penser que les hommes sont plus doués en maths, ce qu’aucune étude n’a prouvé. En politique, une loi a enfin permis à la Métropole de Lyon d’avoir en 2020 autant de femmes que d’hommes élus et vice-présidents. Ensuite, il faut différencier la parité quantitative de la parité qualitative : aujourd’hui, les femmes ne sont pas encore assez maires ou présidentes de grosses collectivités territoriales ou avec des postes d’adjointes qui sortent du social.
Pour le coup, l’adjointe aux finances de la Ville de Lyon est une femme, tout comme l’adjointe à la culture ou à l’économie. À la Métropole, les vice-présidentes à l’économie et à l’urbanisme sont également des femmes.
C’est vrai et je félicite les Verts et la gauche. Mais ces femmes restent globalement des exceptions. Les finances, l’urbanisme sont des postes considérés comme techniques, prestigieux, avec du pouvoir, donc encore traditionnellement réservés aux hommes.

“Je soutiens les quotas car c’est le meilleur moyen de progresser”


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