Lyon
@Fred Dufour/AFP

Lyon : la sécurité du tunnel de Fourvière est-elle assurée ?

Point noir de la circulation sur les routes de France, le tunnel sous Fourvière est le goulot d’étranglement d'une grande partie du trafic routier européen et fait donc l’objet d’une surveillance particulière. Pourtant, dans une lettre adressée à Gérard Collomb, la CFDT affirme que le Grand Lyon a opéré un choix "porteur d’insécurité pour les usagers" du tunnel. En cause, l’absence de prestataire pour les interventions de sécurité dans l’édifice pendant l’été 2014. Explications.

Lyon, en 2003, des automobilistes quittent à pied le tunnel sous Fourvière, après avoir entendu un message d'alerte. ()

@Fred Dufour/AFP

Chaque jour, 110.000 véhicules empruntent le tunnel de Fourvière à Lyon. Mais pour ce week-end du 15 août ce nombre sera multiplié. Et pour cause, l’édifice est un point de passage quasi incontournable pour les vacanciers en transit par notre région. Une grande partie de la circulation européenne qui se dirige vers le sud se retrouve donc concentrée dans ce goulot d’étranglement, cette deux fois deux voies. Et là, c’est un peu comme si l’on essayait de faire passer un fil de laine dans le chas d’une aiguille, ça coince. Autant le dire, le tunnel de Fourvière est donc l’un des points chauds de la circulation estivale.

Pourtant, un courrier adressé par la CFDT à Gérard Collomb, que Lyon Capitale s’est procuré, affirme que le Grand Lyon a opéré un choix "porteur d’insécurité pour les usagers" du tunnel. Explications.

Pas de prestataire pour les interventions cet été

Lyon – Echangeur de Perrache © Tim Douet

© Tim Douet

Les actes d’intervention de sécurité et de viabilité sous le tunnel sont soumis à un marché public, détenu jusqu’ici par Eperly, filiale de Vinci. Les opérateurs de la société intervenaient donc pour sécuriser les lieux d’un accident et veiller à la mise en protection des usagers du tunnel lors d’un incident ou de tout autre évènement de cette nature, survenant sous l’édifice.

Mais en juin dernier, Eperly perdait ce marché, au profit de GSA France, filiale française de l’entreprise italienne qui assure une partie de la sécurité sous le tunnel du Mont-Blanc. Après avoir été informés de la perte du marché le 28 juin, les employés d’Eperly recevaient ordre de ne plus intervenir sous le tunnel à partir du 30 juin, comme le souligne la CFDT.
Sauf que la société nouvellement désignée ne prendra ses fonctions qu’en septembre prochain.

Qui alors pour assurer les missions de secours et d’assistance aux usagers pendant cette période estivale ? Le Grand Lyon. "Ce sont les équipes qui interviennent habituellement sur les autres tunnels de Lyon (à l’exception du tunnel du périphérique nord- NDLR) qui assurent la sécurité sous Fourvière", explique Joël Faure directeur du service des tunnels au Grand Lyon. Selon lui, une patrouille est dédiée à l’édifice, "basée au PC de la montée de Choulans". Le but de cette proximité, "réagir dans les 5 minutes", assure-t-il. "Au-delà de 6minutes, il fallait faire un rapport", précise même un employé qui a quitté l’entreprise.

Agent "pas formés"

Pourtant, dans son courrier, la CFDT affirme que les salariés du Grand Lyon qui interviennent sous Fourvière cet été "ne disposent ni de la formation, ni des compétences nécessaires à l’accomplissement de cette mission". Une affirmation que rejette catégoriquement Joël Faure. "Nous faisons le même métier sous l’ensemble des tunnels. C’est même notre savoir-faire interne que nous transmettons aux prestataires avec lesquels nous travaillons", soutient le responsable qui assure que la qualité de sécurité est la même que lorsque la société Eperly assurait la mission. "On est sérieux. On ne peut pas plaisanter sur ce sujet-là", assène-t-il.

"Il y a pourtant de grandes différences entre intervenir dans un tunnel urbain avec uniquement des voitures et des deux-roues où la vitesse est de 50km/h et intervenir sous un édifice fréquenté par de nombreux poids lourds qui roulent à 70km/h", commente un spécialiste du sujet.

Bientôt des motos

Au-delà des moyens humains, il y a également ceux du matériel. Car les véhicules appartenant à Eperly qui servaient aux interventions sous Fourvière jusqu’ici, s’ils ont été rachetés par GSA, ne sont pas employés par le Grand Lyon actuellement. "Il y a des différences entre un véhicule servant dans un tunnel urbain et dans un tunnel autoroutier", soulève le même spécialiste qui note, entre autres, les différences de taille des flèches lumineuses situées à l’arrière des véhicules.
Pour JoëL Faure, ici encore il n’y a aucun problème de sécurité. "Au niveau du nombre de véhicules, nous sommes largement équipés. Après, en ce qui concerne l’équipement des véhicules, il est identique pour tous les véhicules de patrouille de partout en France, à quelques petits détails prêts", défend le directeur des tunnels au Grand Lyon qui soutient que les véhicules de ses services sont totalement adaptés. "Les agents interviennent en premier sur un accident simple", tient à souligner Joël Faure qui note que la difficulté était jusqu’ici la prise en charge des incendies sur lesquels les anciens prestataires, comme les agents du Grand Lyon ne peuvent intervenir. "Mais dès la rentrée la nouvelle société disposera de personnels formés à l’extinction d’incendie et sera équipée de motos dédiées".

Le cas de la Smart en panne

une Smart noire électrique (photo d'illustration) ()

Lyon Capitale a pu chronométrer l’intervention des services du Grand Lyon à l’occasion d’un incident dont nous avons été fortuitement témoins le 6 août dernier, sous le tunnel de Fourvière. Nos observations et le recueil de témoignages nous ont permis d’établir le déroulé suivant.

19h52 : Une Smart s’immobilise sur la file de droite, à peu près au milieu du tunnel sous Fourvière dans le sens Lyon/Paris. Le conducteur appelle les secours depuis une borne à l’intérieur de l’édifice.
19h58 : Nous constatons que la barrière d’accès au tunnel de Fourvière, via la montée de Choulans est abaissée.
20h04 : Un important ralentissement se forme jusqu’à la jonction avec l’A7
20h08 : Le véhicule de patrouille approche la smart. L’agent, visiblement seul, créé une zone de sécurité à l’arrière du véhicule en panne. La circulation se fait toujours sur la file de gauche.
20h16 : La Smart en panne est poussée par le véhicule de patrouille jusqu’à la sortie en direction de Gorge de Loup.
20h18 : Le véhicule de service quitte les lieux mais ne rejoint pas le poste de la montée de Choulans. Il part en direction de Vaise via l’avenue Sidoine Apollinaire.

Si l’évacuation s’est passée visiblement sans accroc, le délai d’action mesuré est plus important que celui prévu. Un important ralentissement a pu rapidement se créer aux abords du tunnel.

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