« A l’hôtel, où nous avons été hébergés pendant trois mois, il y a eu des bagarres et donc nous avons été virés » explique un sans-abri.

Lyon : l'insoluble problème des sans-abri de la place de la République

Alors qu'ils avaient été logés dans un hôtel cet hiver, les sans-abri de la place de la République sont revenus entre les kiosques de la place du 2e arrondissement dans l'attente d'une meilleure solution. Pour l'instant la mairie centrale tente de les aider logistiquement à défaut de pouvoir les prendre en charge en vue d'une ré-insertion.

La situation est-elle complètement bloquée ? C’est ce qui transparaît lorsqu’on interroge les sans-abri de la place de la République dans le 2e arrondissement de Lyon. Certains sont présents depuis plus deux ans, et malgré les efforts des services municipaux, aucune solution de long terme n'a été trouvée pour l'instant. "On est là pour gêner, pour se rendre visible" témoigne Kofi, l'un des sans-abri.


"Ce mode d'hébergement, en hôtel sur du long terme, ne leur correspondait pas" Sandrine Runel, adjointe aux solidarités et à l'inclusion sociale de la Ville de Lyon


En tout, trois sans-abri campent entre les kiosques de la place de la République dans des conditions insalubres, au milieu du flux des passants. Ils apparaissent souvent bière à la main, parfois désoeuvrés. "On a l'impression qu'ils sont nombreux mais en réalité beaucoup de monde vient les voir" nuance Sandrine Runel, adjointe aux solidarités et à l'inclusion sociale de la Ville de Lyon, pour expliquer les attroupements.

Retour à la case départ

Pourtant, le 24 janvier dernier, après des négociations avec la mairie centrale, ils avaient quitté les lieux pour être logé dans un hôtel à Gerland, le seul de Lyon acceptant les chiens des sans-abri. Pourquoi un tel retour à la case départ ? "A l'hôtel, où nous avons été hébergés pendant trois mois, il y a eu des bagarres et donc nous avons été virés" explique un autre sans-abri. "Ce mode d'hébergement en hôtel sur du long terme ne leur correspondait pas, analyse Sandrine Runel. Pour les hôteliers, c'était aussi assez compliqué." Aujourd'hui, certains demandent à vivre en caravane à côté du métro Cuire, à Caluire, sur un terrain appartenant à la Ville de Lyon, comme d'autres sans-abri relogés fin janvier.


"On est là pour gêner, pour se rendre visible" Kofi, sans-abri logeant dans sa tente place de la République.


Tous indiquent subir les problèmes de sécurité lorsque la nuit tombe rue de la République : "On reçoit régulièrement des cailloux sur nos tentes et il y a souvent des coups la nuit" décrit Fethi, un autre sans-abri logeant sur place.

Les commerçants fatigués

Les nuisances, ce sont aussi les commerçants à proximité qui s'en plaignent. "Le bruits et les odeurs effraient les clients" dénonce l'un d'entre eux. De fait, aux addictions à l'alcool s'ajoutent aussi des problèmes de drogue, "loin de l'ambiance familiale que l'on pouvait connaître lorsqu'il y avait le carrousel" souligne un commerçant. Cependant, la plupart des responsables de commerces indiquent ne pas avoir de problèmes de sécurité individuellement avec les sans-abri : "ils s'auto-régulent. Quand l'un vient uriner dans la rue, les autres l'arrêtent... mais parfois lui cassent la figure".


"A quoi bon appeler la police ? Ils en ont peur eux aussi" une commerçante de la place de la République


Pas parfait donc, d'autant que certains professionnels se sentent délaissés par les autorités publiques : "A quoi bon appeler la police ? Ils en ont peur eux aussi" lance une commerçante de la place. Autre son de cloche du côté de la sécurité des magasins Printemps : "Nous appelons la police quasi tous les jours dès qu'il y a trop de bruit ; il n'y a pas de problèmes de vols avec eux" assure un agent de sécurité.

La mairie bricole dans l'attente d'une meilleure option

En attendant, la mairie du 2e arrondissement leur a installé un petit compteur électrique pour recharger leurs portables, ainsi qu'un point d'eau potable à proximité. Si des toilettes publiques leur sont ouvertes, impossible pour eux de prendre une douche. Les maraudes d'associations apportent de la nourriture. La mairie centrale explique "recommencer à faire des diagnostics sociaux". "Pour l'heure, cette situation vient percuter les dispositifs qui avaient été mis en place", reconnaît Sandrine Runel. Avant d'ajouter, "il ne suffit pas de claquer des doigts pour trouver des solutions".

L'opposition de droite attaque les verts

En face, le maire LR du 2e arrondissement Pierre Oliver veut "pousser un coup de gueule pour alerter sur la situation de ces sans-abri". L'édile pointe que ce sont ses services qui sont sollicités lorsque des riverains se plaignent, et non la mairie centrale qui a pourtant la compétence avec la préfecture et la Métropole. Tout en reconnaissant que la réinsertion n'est pas simple, Pierre Oliver attaque la majorité écologiste : "Pour moi la faute est sur le non-accompagnement". Le maire d'arrondissement salue aussi la "bonne première étape" qui avait été faite lors de leur logement en hôtel, mais critique leur abandon par les services sociaux par la suite. Pour l'instant, la mairie centrale ne souhaite pas communiquer sur les mesures posées sur la table. Pourtant, le temps presse pour ces hommes de la rue.

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