Lyon-Corbas : "les surveillants n'en peuvent plus"

La maison d'arrêt de Lyon-Corbas fait face a une situation de crise inédite depuis le mois d'octobre. Six mois après son ouverture et quinze jours après une série d'agressions, près d'un quart des surveillants (40 sur 208) sont en arrêt maladie. La surpopulation carcérale et les nouvelles technologies de surveillance sont mis en cause par les représentants du personnel. Questions à Jean-Michel Deboille, surveillant pénitentiaire et délégué syndical CGT.

Lyon Capitale : Vous dénoncez aujourd'hui la situation à la nouvelle maison d'arrêt de Lyon Corbas. Pourtant la prison a ouvert ses portes il y a seulement six mois, qu'est-ce qui cloche ?

Jean-Michel Deboille : Rien ne va. L'ouverture s'est faite à la hâte en mai. Les personnels n'ont bénéficié que d'une semaine de formation et puis le transfert a eu lieu du jour au lendemain, les agents se sont retrouvés avec 450 détenus à gérer, sans savoir comment procéder. L'organigramme de la maison d'arrêt prévoit 208 surveillants, ce qui fait un surveillant pour 90 détenus. A Lyon-Perrache (l'ancienne prison Saint Paul-Saint Joseph, NDLR), un surveillant ne gérait pas plus de 65 détenus. On a donc demandé 28 personnels supplémentaires à la direction inter-régionale le 25 septembre, mais notre demande est restée lettre morte.

La prison de Corbas accueille 900 détenus, alors qu'elle a été construite pour 690. Elle se trouve donc en situation de surpopulation carcérale. Le nombre de gardiens a-t-il été augmenté proportionnellement au nombre de détenus ?

Non, il est resté le même depuis l'ouverture. Le ratio surveillant/détenus a même été réduit par rapport à Lyon Perrache. Il y aurait dû avoir plus de surveillants, mais la direction a tout misé sur la sécurité passive avec les caméras de vidéo-surveillance, les grilles électriques, etc.

Quand la prison a ouvert, la direction et la Garde des Sceaux de l'époque Rachida Dati, parlaient pourtant d'une prison “plus humaine“.

C'est tout le contraire. Perrache était certes vétuste, mais il y avait plus de rapports humains entre les détenus et les surveillants. On avait moins de détenus à notre charge, ce qui nous laissait plus de temps pour chacun. Pour reprendre les mots des détenus eux-mêmes, ils trouvent la prison de Corbas “glaciale“, “clinique“, “austère“ et “inhumaine“. Finalement, elle est beaucoup plus désocialisante pour les détenus, ils s'y sentent plus isolés et loin des bruits de la vie courante, contrairement à Perrache, où ils entendaient les bruits de la ville. Les détenus sont vraiment parqués hors de la société.

Comment la situation se traduit-elle aujourd'hui ?

On a constaté une augmentation significative du nombre de tentative de suicide cet été et d'extractions pour urgences médicales. Les dysfonctionnements au sein de la prison sont tels qu'ils génèrent des tensions énormes au niveau de la population carcérale. La violence fait partie de notre métier, mais là, elle a prend des proportions inquiétantes. Sept ou huit agressions ont eu lieu sur des surveillants depuis la mi-octobre. Un gardien s'est pris un coup de couteau. Un autre a reçu quatre ou cinq coups de poings. En six ans, je n'ai jamais vu ça à Perrache !

Violence et sous-effectifs sont-ils liés selon vous ?

A la CGT, on est intimement convaincu que les conditions de détention et le nombre de surveillants sont liés. Les détenus pourraient circuler librement s'il y avait un agent pour les conduire. Ils ne resteraient pas bloqués 45 minutes dans un SAS après le parloir, s'il y avait une personne pour venir les chercher. Les conditions de travail ne permettent pas d'assurer la surveillance des détenus dans de bonnes conditions. Du coup, les agressions entre détenus augmentent car on ne peut pas les surveiller. L'administration a mis des caméras, mais une caméra constate les faits une fois qu'ils sont survenus, un surveillant lui, peut faire en sorte d'éviter la violence avec une attitude, un geste. Les avocats patientent jusqu'à une heure au parloir pour rencontrer leur client...

Quelles sont les conséquences pour les surveillants ?

C'est le ras-le-bol. Le taux de personnel de surveillance en arrêt maladie est énorme, 40 agents sur 208 sont en arrêt maladie en ce moment. Les agents n'en peuvent plus, ils sont épuisés. Ils passent leurs temps à courir dans les étages, mais au bout d'un moment, même avec la meilleure volonté du monde, ils craquent. A l'heure actuelle, on ne sait plus comment faire avancer les choses. Le contrôleur général, différents sénateurs, sont venus visiter la prison. A chaque fois, rien ne change. L'administration reste sur ses positions. Une nouvelle délégation est attendue lundi. En espérant qu'elle ouvre les yeux cette fois…

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