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Lyon : à quelles crises faut-il s’attendre en 2050 ?

Michel Lussault est géographe et professeur d’études urbaines à l’École normale supérieure de Lyon. Récemment nommé directeur de l’École urbaine de Lyon, qui a investi un nouveau domaine de connaissance et d’expertise, l’anthropocène *, il a imaginé pour Lyon Capitale un scénario d’habitabilité de la métropole de Lyon à l’horizon 2050.

“Il ne s’agit pas de dessiner la fin du monde type blockbuster hollywoodien ultrapessimiste, explique-t-il, simplement d’ébaucher un scénario crédible fondé sur les données actuelles des fragilités sociales, économiques, mobilitaires et environnementales, extrapolées à l’horizon 2050.” Soit l’échelle d’une génération. La manifestation de ce synopsis est jugée par Michel Lussault “probable”. Dans trente ans, la métropole de Lyon sera confrontée à trois crises sévères, toutes interdépendantes : une crise environnementale, une crise sociale et une crise territoriale. Nous les traiterons chacune séparément, pour mieux les identifier.
LA CRISE ENVIRONNEMENTALE
Premier symptôme : la dégradation sévère de l’environnement bioclimatique contribue à rendre plus difficile l’habitabilité dans la métropole de Lyon

1er signe clinique : l’élévation très sensible des niveaux de température

En raison de la tendance générale du système climatique planétaire, en 2050, l’élévation de la température est renforcée par l’accentuation des îlots de chaleur urbains*. La minéralisation des espaces et l’artificialisation des sols se sont considérablement accrues. Les urbanistes ont négligé la thermique urbaine au profit de la seule thermique des bâtiments. Les systèmes de climatisation sur les toits, destinés à refroidir les habitations, ont contribué à rejeter encore plus de chaleur. C’est un cycle infernal : plus on a chaud, plus on climatise et plus on produit de la chaleur. À la fin des années 1990, les élévations localisées des températures urbaines s’échelonnaient entre 2 et 3 °C, elles étaient de 4 °C dix ans plus tard. En 2050, elles peuvent atteindre 6 à 8 °C. Le changement global fait remonter le climat méditerranéen au nord. En 2050, on a à Lyon les conditions climatiques d’Alger en 2010, alors qu’on aurait pu rester à celles de Madrid. Les températures avoisinent 50 °C plusieurs jours de suite, les épisodes de canicule se multiplient. La mortalité est importante. Le climat local est durablement fragilisé.
* Zone urbanisée où la température est plus élevée que dans les milieux naturels ou environnants.

2e signe clinique : la multiplication des épisodes de sécheresse

En 2050, la métropole de Lyon n’est plus seulement confrontée à des épisodes de sécheresse estivaux, comme à l’époque où elle était encore à la limite du climat méditerranéen. Ils sont désormais pluriannuels et interannuels, comme en Afrique du Sud ou en Australie au début du siècle. En 1970, on disait que le climat méditerranéen s’arrêtait à Valence. En 2050, il monte jusqu’en Bourgogne, voire un peu plus au nord encore. Depuis 2042, on n’a plus d’hivers suffisamment humides pour reconstituer les réserves d’eau. Les nappes phréatiques sont à sec. Les 350 hectares de plan d’eau du Grand Parc de Miribel-Jonage et les champs captants de Crépieux-Charmy sont vidés aux trois quarts. Fut un temps, on avait encore les glaciers, mais l’avant-dernier glacier des Alpes a disparu en 2044. Les hivers sont donc secs, la recharge en eau n’est plus possible. Une brigade de contrôle de son usage domestique applique des restrictions radicales de la consommation des habitants de la métropole de Lyon. La consommation hebdomadaire a été divisée par six et, chaque jour, l’eau est coupée en moyenne huit fois par les autorités.

3e signe clinique : la pollution atmosphérique

Malgré sa baisse effective, la circulation automobile reste encore très (trop) importante en 2050. La métropole de Lyon compte 4 millions d’habitants, dont beaucoup de réfugiés climatiques. L’aire urbaine a fortement crû et les besoins de mobilité se sont accrus. Les voitures électriques n’ont pas donné le rendement escompté : il aurait fallu continuer à développer la filière nucléaire, ce que la population a refusé. La métropole de Lyon est donc encore fortement dépendante aux énergies carbonées.
Deuxième symptôme : dans la lignée de l’artificialisation des sols, la métropole de Lyon est confrontée à la problématique de la diminution de la qualité et de la variété des écosystèmes vivants

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