Photo d’illustration COvid-19. © Antoine Merlet

L’influence sociale, facteur principal du respect des règles sanitaires ?

Une équipe internationale, dont un chercheur du CNRS/Université Clermont-Auvergne, vient de montrer que nous sommes plus susceptibles de suivre ce que font nos amis, plutôt que nos propres principes, lorsqu'il s'agit de restrictions en cas de pandémie de Covid-19.

Distanciation sociale, gestes barrière, port du masque... Le message des autorités est clair et récurrent : ne pas respecter ces règles peut avoir de graves conséquences pour ses proches et les plus fragiles, autant que son respect peut protéger de la maladie.

Pourtant, apprend-on par le CNRS et l'université de Clermont Auvergne, basée à Clermont-Ferrand, des décennies de recherche en sciences humaines montrent qu'un des principaux moteurs du changement de comportement est l'influence sociale exercée par les autres.

"Pourquoi adoptons-nous de nouvelles règles, telles que la distanciation sociale ? Bien que la recherche en sciences humaines souligne le rôle clé de l'influence sociale dans le changement de comportement, la plupart des campagnes COVID-19 mettent l'accent sur la menace médicale de la maladie." écrit l'étude publiée le 20 janvier dernier dans le British Journal of Psychology.

Lire l'étude (en anglais) ici 

@Antoine Merlet

Une équipe scientifique internationale en comportement collectif, dont Guillaume Dezecache du Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (LAPSCO, CNRS – Université Clermont Auvergne), a lancé une étude à l’échelle mondiale afin de déterminer le rôle de l’influence sociale dans le respect des règles sanitaires. Cette étude a été lancée auprès de 6 674 personnes issus 114 pays pour connaître dans quelle mesure elles approuvaient et respectaient, ainsi que leur cercle proche, les règles de Covid-19 en vigueur dans leur pays.

Les chercheurs ont ainsi découvert que le meilleur indicateur du respect des règles par les gens était la mesure dans laquelle leur entourage proche respectait les règles, ce qui avait un effet encore plus fort que l'approbation des règles par les gens eux-mêmes.

"Des analyses (...) contrôlant la rigueur des mesures locales ont montré que les gens prenaient le plus de distance lorsqu'ils pensaient que leur cercle social proche le faisait. Cette influence sociale était plus importante que le fait de penser que la distance était la bonne chose à faire." soulignent les sept auteurs (trois anglais, deux allemands, un français et un américain).

Comment obtenir un changement de comportement ?

Ils poursuivent en expliquant que "l'adhésion des personnes s'alignait également sur celle de leurs concitoyens, mais seulement si elles se sentaient profondément liées à leur pays. L'autovulnérabilité à la maladie permettait de prédire une plus grande distanciation chez les personnes ayant des cercles sociaux plus larges. L'efficacité collective et le collectivisme ont également permis de prédire de manière significative la distanciation."

Cette découverte est particulièrement importante, précise le CNRS et l'Université Clermont Auvergne, car elle a été confirmée dans tous les groupes d'âge, tous les sexes et tous les pays composant le panel de l’enquête, et ce indépendamment de la gravité de la pandémie et de la force des restrictions.

"Ce résultat remet en question les hypothèses à l'œuvre dans de nombreuses campagnes et modèles."

Autrement dit, ces travaux de recherche mettent en évidence que les humains sont interdépendants et très affectés par ce que font les autres. Les chercheurs et chercheuses font l’hypothèse que pour réussir à mettre fin à cette pandémie et à respecter les mesures sanitaires, il faudrait obtenir l'approbation des collectifs et exercer une influence sociale positive. Ils soulignent l’importance d’intégrer ces éléments dans les réponses politiques à la pandémie et suggèrent d’impliquer des scientifiques,

"Pour obtenir un changement de comportement en temps de crise, les responsables politiques doivent mettre l'accent sur les valeurs communes et exploiter l'influence sociale des amis proches et de la famille."

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