Les trans font encore mauvais genre

Tout le monde sait ce qu'est un transsexuel. Ou du moins, croit le savoir. Par images interposées, comme celles des films colorés d'Almodovar ou des plateaux larmoyants de Delarue. La réalité de la transidentité est pourtant bien plus diverse : du transvestisme au transsexualisme, une multitude de cas existe. Une personne trans ou transidentitaire (termes génériques recouvrant l'ensemble des cas) est une personne qui possède la conviction intime d'appartenir au sexe opposé à celui dans lequel elle est née biologiquement. Certains se limitent à porter des vêtements du genre opposé, d'autres prennent des traitements hormonaux ou subissent des opérations pour transformer leur corps. Il est très difficile d'évaluer l'ampleur de ce phénomène. Les statistiques officielles avancent un nombre de 5 000 trans mais elles ne recensent que les personnes ayant effectué un changement d'état-civil.

Malades ou discriminés ?
Au mieux considérés comme de gentils clowns, au pire comme de dangereux dégénérés, les trans ont saisi l'occasion de cette 14ème Marche des Fiertés LGBT (Lesbiennes, Gay, Bi et Trans) pour faire entendre leurs revendications. " Avant tout, on demande à ce que la transidentité ne soit plus considérée comme une maladie mentale ", déclare David Latour, fondateur de l'association Chrysalide, qui défend la transidentité. La veille de la journée de lutte contre l'homophobie, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot décidait de requalifier l'énoncé concernant la transidentité dans la liste des affections psychiatriques de longue durée. Mais contrairement à ce qu'ont annoncé nombre de journaux, cette modification ne signifie pas une dépsychiatrisation. Simplement rebaptisée " troubles précoces de l'identité de genre ", la transidentité reste considérée comme une pathologie nécessitant un suivi psychiatrique au même titre que l'anorexie ou la paranoïa. Le psychologue clinicien Tom Reucher, lui-même transsexuel, réfute cette classification : 'La transidentité n'est pas pathologique. Les trans occupent souvent des emplois ou font des études. Ils font la preuve qu'ils peuvent avoir un mode de vie stable. Mais si la transidentité doit être dépsychiatrisée, elle ne doit pas pour autant être démédicalisée. Comme une grossesse, ce n'est pas une maladie mais le processus de transition nécessite un suivi médical'.

Vide juridique et procédures aléatoires
Aucune loi n'aborde spécifiquement le droit des personnes trans. C'est la jurisprudence qui fixe les modalités de changement de prénom et d'état-civil. Que ce soit pour obtenir des hormones, changer de sexe ou simplement d'état civil, les personnes trans se voient systématiquement obligées par le juge de fournir des justificatifs d'expertises médicales et psychiatriques. Le plus souvent effectués par des équipes médicales contestées : 'Aucune loi ni aucun décret ne désigne ces équipes comme "officielles". Elles se sont auto proclammées 'officielles' mais elles ne le sont pas. Elles n'ont même pas de formation spécifique', précise Tom Reucher. L'équipe hospitalière de Paris refuse ainsi de prendre en charge toute personne mariée, séropositive ou homosexuelle dans le genre revendiqué alors que d'autres équipes posent des critères différents. 'Ces protocoles n'ont aucune justification médicale, s'insurge Tom Reucher. Les Belges opèrent des personnes séropositives, et l'obligation d'hétérosexualité dans le genre revendiqué est une exigence purement morale.' Selon les endroits, les tribunaux peuvent exiger ou non le changement de sexe avant de pouvoir accorder une modification de l'état-civil alors que, selon Tom Reucher, 'plus d'un tiers des personnes transidentitaires ne souhaitent pas subir d'opération de changement de sexe'. Ces opérations comportent en effet des risques de complications élevés et coûtent quelques dizaines de milliers d'euros en France. La HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) ne reconnaît pas non plus la transphobie comme une discrimination. Les injures ou comportements contre une personne trans ne sont donc jamais jugés comme des circonstances aggravantes, même si ceux-ci sont clairement motivés par l'identité de genre de la victime.

Loan Nguyen

>> La Marche des Fiertés gay, lesbienne, bi et trans aura lieu samedi 20 juin, départ 14h du Parc de la Tête d'Or (www.fierte.net)
>> L'association Chrysalide tient des permanences le 3ème samedi de chaque mois, de 16h à 18h dans les locaux de l'association Aris, 19 rue des Capucins 69001 Lyon (Pour en savoir plus : http://chrysalidelyon.free.fr/)

>> Le site du psychologue Tom Reucher : http://syndromedebenjamin.free.fr/

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