Le président de la République a annoncé son intention de développer un RER dans dix métropoles. Reste désormais à savoir la nature de l’investissement de l’État. (Photo de Christophe ARCHAMBAULT / AFP)

Le RER à Lyon, c’est oui pour les acteurs locaux, mais pas sans l’argent de l’État

Les annonces d’Emmanuel Macron concernant la création de RER dans 10 métropoles ont eu l’effet d’un coup de pied dans une fourmilière à Lyon. Très vague, le message du président a réanimé les acteurs locaux d’un dossier qui traîne en longueur du fait de sa complexité et de son investissement estimé à 7 milliards d’euros.

Des trains qui circulent avec une cadence de 15 minutes pour rejoindre Lyon où quitter la Capitale des gaules en direction de Saint-Étienne, de Grenoble, Clermont-Ferrand ou encore de Villefranche-sur-Saône, le projet a de quoi faire rêver. Depuis de nombreuses années, c’est d’ailleurs tout ce qu’a réussi à faire le "RER à la Lyonnaise ". Le projet porté par la Région Auvergne-Rhône-Alpes suscite l’intérêt des différents acteurs au niveau local, mais son coût d’investissement, évalué à près de 7 milliards d’euros d’ici 2035, fait traîner ce dossier. 

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L'État devra prendre le train en marche

Depuis 48 heures, la donne semble avoir changé. Dans une vidéo postée sur YouTube dimanche, Emmanuel Macron a en effet annoncé vouloir développer un équivalent du RER francilien dans dix métropoles françaises comme alternative à la voiture, avec notamment la volonté d'accélérer des projets existants pour favoriser la transition écologique. Une annonce très vague, sans calendrier et précisions sur les investissements, qui n’a pas encore donné de coup d’accélérateur au projet, mais plutôt un coup de projecteur. 


"Nous, ce projet-là, ça fait cinq ans qu'on y travaille et donc tout est prêt", Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes


Bien reçu par les acteurs locaux que sont la Région et la Métropole de Lyon, le message du président doit désormais se traduire en actes selon les élus des collectivités, présidées l’une par la droite et l’autre par les écologistes. "Nous, ce projet-là, ça fait cinq ans qu'on y travaille et donc tout est prêt", fait valoir Laurent Wauquiez, le président du conseil régional. Le président de la Métropole de Lyon Bruno Bernard n’en dit pas moins, même s’il ne manque pas de piquer son opposant politique, "depuis 2015 et l’élection de Laurent Wauquiez il ne s’était pas passé grand-chose, donc je ne peux que me féliciter que depuis quelques mois on avance sur le dossier. Nous serons à ses côtés et si l’État vient avec des financements conséquents on a une chance d’accélérer enfin ce développement du train", explique celui qui est aussi président du Sytral, l’autorité organisatrice des transports en commun dans l’agglomération lyonnaise. 

Le tracé dévoilé  au printemps 2022 par la Région pour le projet de RER à la Lyonnaise. (Crédit Région Auvergne-Rhône-Alpes)

Au minimum 1,4 milliards d'euros pour commencer

Une fois n’est pas coutume, les deux présidents s’accordent également pour dire que maintenant l’État doit passer à la "phase opérationnelle" et "basculer dans le concret". Pour cela, le gouvernement devra "abattre ses cartes" commente Christophe Geourjon, qui n’hésite pas à se présenter comme "l’un des papas du RER à la Lyonnaise". Le conseiller régional et métropolitain UDI attend désormais de "savoir si l’on est sur un programme à 20 ans ou un plan d’investissement massif dans les quelques années à venir". 


"Sur l’axe Lyon-Grenoble, il faut par exemple doubler le nombre de voies au niveau Saint-Priest et Saint-Fons", Christophe Geourjon conseiller régional et métropolitain UDI


Entre la rénovation des voies, le renforcement de l’infrastructure ferrée, l’achat de nouveaux trains, l’investissement sur les aiguillages, les gares ou encore les postes de pilotage, la note s’annonce très salée. "L’infrastructure est déjà importante donc il faut la réutiliser, la moderniser, la renforcer. Sur l’axe Lyon-Grenoble, il faut par exemple doubler le nombre de voies au niveau Saint-Priest et Saint-Fons", détaille Christophe Geourjon, qui précise que "financièrement ce n’est pas supportable par les régions". 

Voir aussi : "Combien Emmanuel Macron met-il sur le RER lyonnais", interroge Renaud Pfeffer (LR)

Au-delà des annonces du président de la République qui ont pris de court les acteurs du dossier, comme Jean-Charles Kohlhass, le vice-président du Sytral, qui assure qu’il n’était pas au courant alors que la préfecture accueille une réunion sur le sujet dans quelques jours, l’urgence est de sécuriser des financements de l’Etat. À court et moyen terme, les investissements nécessaires seraient de l’ordre de 1,4 milliard d’euros selon la Région. 

La Métropole prête à mettre 500 millions d'euros

"Combien d'argent est-ce qu'ils mettent [l’État, NDLR]", interroge Laurent Wauquiez, tout en relevant le fait que "le RER à Paris a été financé par des impôts nationaux et de la solidarité nationale". De son côté la Métropole de Lyon assure que depuis deux ans elle est prête à mettre "500 millions d’euros dans le ferroviaire alors que ce n’est pas notre compétence et que ce n’était pas prévu". "C’est plus que ce que la Région a mis pour toute l’Auvergne-Rhône-Alpes sous le mandat précédent sur le ferroviaire", fait valoir Jean-Charles Kohlhass.

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La Métropole de Lyon serait ainsi prête à investir sur la prolongation du tram T3 jusqu’à Crémieux ou encore sur le projet de "tram tram dans l’Ouest lyonnais", en plus de financer à 50% les frais d’exploitation liés au renfort de l’offre. Autrement dit "si on rajoute des trains entre Saint-Étienne et Lyon ou entre Villefranche et Vienne on veut bien participer à 50% du déficit d’exploitation" précise l’élu. En revanche, pas question pour la collectivité d’investir en dehors de son périmètre d’action prévient le numéro 2 du Sytral : "il nous dit de payer à sa place les nouveaux trains qu’il a commandés pour Saint-Étienne Lyon Ambérieu. Ce n’est pas notre rôle. Je ne lui demande pas de subventionner à 100% nos métros".


"La Région nous dit de payer à sa place les nouveaux trains qu’elle a commandés pour Saint-Étienne Lyon Ambérieu. Ce n’est pas notre rôle", Jean-Charles Kohlhass, le vice-président du Sytral


Depuis plusieurs mois la navette de propositions et contre-propositions s’active donc entre les services de la Région et la Métropole de Lyon. Des discussions conduites en parallèle de premiers travaux menés en partie par la Région avec la construction de la voie L à la gare de Lyon Part-Dieu, pour "desserrer la circulation des trains", et la création de la ligne Lyon-Trévoux (Ain) en Bus à haut niveau de service (BHNS).

Le tracé envisagé de la ligne de BHNS entre Lyon et Trévoux.
@RégionAuvergne-Rhône-Alpes.

Si les relations entre la Métropole de Lyon et la Région sont souvent difficiles, la bonne entente entre les vice-présidents aux mobilités des deux collectivités, Frédéric Aguilera et Jean-Charles Kohlhass semble tout de même faciliter le dialogue dans ce dossier depuis quelque temps. "À chaque fois que l’on se voit, on se dit que l’on est d’accord sur tout, donc moi je suis assez confiant même si ce n’est pas lui qui décide, mais son président. C’est le sens de l’histoire que l’on arrive à travailler ensemble et qu’on le fasse bien", explique l’élu écologiste qui doit rencontrer son homologue début décembre. Présent sur le plateau de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes lundi soir, Frédéric Aguilera insistait sur l’importance d’avancer rapidement sur ce dossier, évoquant le besoin de déboucher sur un accord dès le premier semestre 2023. À suivre.

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