La mode déménage les meubles rue Auguste Comte

Les boutiques de mode, elles, investissent les lieux.

Les plus anciens d'entre-eux sont arrivés après la Seconde Guerre Mondiale, avec leurs meubles, leurs bibelots, leur amour d'un siècle, du rare. Mais de plus en plus, antiquaires et galeristes quittent la rue Auguste Comte. Vers d'autres quartiers où les baux commerciaux et les fonds de commerce s'amusent moins avec leurs nerfs ou vers d'autres débouchés que le commerce traditionnel (ventes sur Internet, salons, marchés aux puces). Vers le troisième âge aussi.

Une tendance lourde, amorcée depuis plusieurs années mais en phase d'accélération, qui modifie la physionomie et le chic un tantinet suranné de la rue. Sa connotation " vieille France " s'estompe pour laisser place à un mélange de classique et de branché décliné en design, art de vivre et mode.
Car si le commerce de vêtements a pignon sur rue depuis longtemps, l'offre ne cesse de s'étoffer. Depuis le début de l'année, les galeries de Bellecour et Metropolis, les antiquités J-P Dumas ont ainsi été remplacées par des enseignes de prêt-à-porter ou de créateurs pour ne parler que de la portion de la rue attenante à la place Bellecour où le phénomène est le plus visible.
" Les gens veulent du contemporain "

" On note un important renouvellement du tissu commercial dans ce quartier " confirme Fabien Delorme, manager de centre-ville à l'association Tendance Presqu'île. Pour lui, les antiquaires dont l'activité est en berne depuis quelques années subissent la pression de commerces qui sont à l'affût de nouvelles implantations en Presqu'île et qui investissent des rues comme la rue Auguste Comte et celles situées au nord de la place des Terreaux.

De son côté, Pierre Ollier, qui vient d'inaugurer une boutique de vêtements pour homme haut de gamme dans la rue, souligne : " les affaires sont dures pour tout le monde, mais c'est certainement encore plus vrai pour les antiquaires qui sont touchés par un phénomène de mode : les gens veulent du contemporain. " S'il a choisi la rue baptisée en l'honneur du philosophe positiviste, c'est avant tout parce que le fonds de commerce y reste moins cher que dans le fameux Carré d'Or, dont le périmètre s'étend de la place Bellecour à la rue Grenette. "J'aurais préféré m'installer rue Edouard Herriot, confie-t-il, mais aujourd'hui on n'y trouve pas de magasin d'angle à moins d'un million d'euros ".
" La rue Auguste Comte reste un pari, une rue de repli "

Thomas Broquet, gérant de la société du même nom spécialisée dans l'immobilier commercial précise que la situation en Presqu'île est marquée par une stabilité des prix de cession, une revalorisation du prix des loyers, peu de disponibilité et des transactions qui s'échelonnent entre 200 000 et 1,5 millions d'euros. Quant à la rue Auguste Comte, " les droits au bail sont compris entre 100 000 et 300 000 euros pour des surfaces allant de 150 à 300 mètres carrés ", indique-t-il.

Sur papier, de quoi réaliser de beaux coups de fusil. Pour autant, il pondère : " il ne faut pas croire que c'est l'Amérique. La rue Auguste Comte reste un pari, une rue de repli. " D'ailleurs, il ne cache pas que certaines marques peu connues arrivées il y a six à huit mois cherchent déjà un nouveau lieu leur garantissant plus de visibilité, plus de passage et un meilleur chiffre d'affaires. Quant aux antiquaires, une dizaine d'entre eux sont candidats au départ.
" Les jeunes sont davantage intéressés par les biens de consommation, les voyages, les week-ends, que par la collection ou le fait de conserver des objets pendant trente à quarante ans ".
" Nous sommes des métiers vieillissants ", constate pour sa part François Royer, antiquaire d'armes anciennes et de souvenirs historiques, vice-président de l'association de commerçants Quartier Auguste Comte et adjoint à la mairie du 2ème arrondissement. Il poursuit : " Je ne sais pas si nous serons encore nombreux dans dix ans. C'est une histoire de cycles. Les jeunes sont davantage intéressés par les biens de consommation, les voyages, les week-ends que par la collection ou le fait de conserver des objets pendant trente à quarante ans ".

Cet ex-président d'une des associations de commerçants les plus dynamiques de la ville dit regretter que les collectivités n'aient pas mesuré la chance qu'elles avaient de disposer d'une rue de métiers typés. " On restait une des dernières rues spécialisées en France. Il est dommage de faire de la rue Auguste Comte une rue identique à des rues que l'on a déjà ", lance-t-il, tout en reconnaissant que le renouvellement du quartier apporte un sang neuf et qu'il est susceptible de faire découvrir les antiquités et l'art à des gens qui ne se déplaçaient pas auparavant.

Interrogée par Lyon Capitale, Marie-Odile Fondeur, adjointe au Commerce et à l'Artisanat, s'est dite sensible au sujet en soulignant ne pas avoir été saisie de cette problématique. Peut-être une piste de nature à faire positiver, un peu plus encore, cette rue et ses emblématiques antiquaires.

Estelle Coppens

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