La bête noire de l'armée française

Il est de passage cette semaine à Lyon.

En février 2005, une commission d'enquête parlementaire de Polynésie dénonçait, preuves à l'appui, les "graves conséquences des essais nucléaires français sur la santé des populations". Lyon Capitale s'en était fait largement l'écho en publiant des documents "secret défense" qui contredisent la version officielle de l'armée*. A la tête de cette commission, un expert lyonnais, Bruno Barillot, co-fondateur de l'Observatoire des armements, et spécialiste reconnu des armes nucléaires. Presque trois ans après, rien n'a fondamentalement bougé. La Grande Muette est toujours dans le déni : les essais, de 1966 à 1974, sont toujours réputés "propres et sans danger". Malgré tout, face à un Etat français qui ne veut pas faire repentance (conséquences financières obligent), se dresse toujours Bruno Barillot. De la commission, il est passé expert auprès du gouvernement "indépendantiste" de Polynésie. Avec toujours le même objectif : "scientifiquement, il est compliqué d'apporter la preuve définitive que tel et tel cancers sont liés aux essais. Mais politiquement, on peut trancher en faveur d'une présomption de lien. Les Etats-Unis l'ont fait en 1988 pour leurs essais nucléaires. Les populations et les vétérans peuvent ainsi bénéficier d'un suivi médical et d'une indemnisation". Les propositions de lois, visant à reconnaître ce lien entre certains cancers (surtout leucémies et cancers de la tyroïde) et les explosions nucléaires, sont régulièrement enterrées par les gouvernements successifs. Pourtant Bruno Barillot continue, inlassablement. Il y a quelques jours, il a même obtenu la mise en place d'un suivi sanitaire pour les vétérans et pour les habitants situés à proximité des atolls (Muruoa et Fangataufa) où étaient pratiqués les tirs. A défaut d'une reconnaissance officielle, c'est une prise d'acte, de fait, de la catastrophe sanitaire. C'est aussi une première petite victoire pour cet ancien prêtre qui se bat depuis plus de 20 ans pour cette cause. A 67 ans, il cherche à passer le flambeau, car la route est longue avant que l'armée et l'Etat français se décident enfin à reconnaître totalement leurs erreurs et à indemniser les victimes.

*Voir Lyon Capitale du 6 février 2005.

Rendez-vous
"Polynésie, conséquence des essais nucléaires : où en est-on ?" Débat avec Bruno Barillot, exceptionnellement de passage à Lyon. Accueil à partir de 19h. Débat à 20h. A l'Observatoire des armements, 187, montée de Choulans, Lyon 5e.
Rens : 04 78 36 93 03.

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