L'hantavirus des Andes refait parler de lui. Faut-il s'alarmer ? Pour Bruno Lina, chef de service virologie des Hôpitaux civils de Lyon, la réponse est claire : non. Loin du scénario Covid.
Bruno Lina est directeur du Centre national de référence des virus des infections respiratoires, expert auprès du ministère de la Santé, de la Haute Autorité de santé et de l’OMS, chef du service de virologie des Hospices civils de Lyon et président de l'université Lyon 1. Il est l'un des 100 chercheurs mondiaux les plus cités en microbiologie. Sa parole est rare et donc attendue. Lyon Capitale lui a posé quelques questions en exclusivité.
Lyon Capitale : L'hantavirus des Andes est-il le nouveau Covid ?
Bruno Lina : Non. Ce n'est pas le nouveau Covid. Ce virus, on le connaît, contrairement au Covid, qui était totalement inconnu. Le hantavirus des Andes circule dans la cordillère des Andes, principalement en Argentine. Il est hébergé par des rongeurs, et il y a déjà eu des épidémies de quelques dizaines de cas.
C'est un hantavirus. Si l'on regarde la biologie de cette famille virale, on distingue deux grands groupes : ceux qui donnent des maladies rénales, et ceux qui donnent des maladies pulmonaires. Celui-ci appartient à la seconde catégorie : le virus se réplique dans le poumon, qui se dégrade progressivement, et une transmission par les sécrétions pulmonaires, via les grosses gouttelettes, est possible.
C'est précisément là que la comparaison avec le Covid s'arrête. Le coronavirus se transmettait par microgouttelettes, par aérosol. C'était une transmission aéroportée. Le hantavirus, lui, se transmet certes par des grosses gouttelettes, mais surtout par contact direct, via les mains, ou par d'autres liquides biologiques. La contamination survient au début des symptômes, alors que le coronavirus se transmettait avant même leur apparition. Cela n'a donc rien à voir.
Des mesures d'hygiène suffisent à enrayer une épidémie de hantavirus. Ce n'était pas le cas avec le coronavirus.
"Des mesures d'hygiène suffisent à enrayer une épidémie de hantavirus. Ce n'était pas le cas avec le coronavirus."
Une étude sur l'épidémie argentine de 2018-2019 avait été publiée dans le New England Journal of Medicine en 2020, mais elle était passée complètement inaperçue en raison du Covid. Est-ce que cette idée de rater des signaux faibles parce qu'on est mobilisé ailleurs vous inquiète ?
Non, parce qu'en l'occurrence, on ne l'a pas ratée. C'est tout l'intérêt de la littérature scientifique : elle capitalise. C'est aussi ce qui distingue le journalisme scientifique du journalisme de communication, la connaissance accumulée reste utile.
Le New England Journal of Medicine a publié cette étude parce qu'elle était scientifiquement intéressante. Cinq, six ou dix ans plus tard, si l'on est confronté à ce type de hantavirus, disposer de données collectées dans de bonnes conditions, décrivant précisément ce qui se passe, nous est aujourd'hui précieux.
Cette publication est passée sous les radars au moment du Covid, parce que le hantavirus n'était alors le problème de personne. Aujourd'hui, c'est un problème un peu plus important, et je dis bien "un peu", pas un problème mondial. Si j'employais ce terme, cela supposerait que j'estime qu'il existe un risque pandémique, ce qui est totalement faux.
"Si j'employais le terme "problème mondial", cela supposerait un risque pandémique , ce qui est totalement faux."
C'est un problème actuel, circonscrit. Il faudra s'appuyer sur un certain nombre de marqueurs et d'éléments de compréhension pour mieux le maîtriser, puis publier les données recueillies durant cette épidémie, afin que, la prochaine fois, on ne se repose pas la question de savoir si ce hantavirus présente un potentiel pandémique. Aujourd'hui, la réponse est non. Clairement non.
