Kabtane : " Nous avons besoin d'un centre culturel musulman"

Lyon Capitale est allé à la rencontre de Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon. Il nous a reçu dans son bureau recouvert de grand tapis à la mosquée juste avant la première prière du ramadan. L'occasion d'évoquer les dossiers de l'islam dans la région.

Lyon Capitale : Le ramadan a commencé ce lundi pour l'ensemble des musulmans de France. Que représente ce mois si particulier ?

Kamel Kabtane : D'abord, la Grande Mosquée de Lyon et moi-même adressons à la communauté musulmane et à la communauté nationale tous nos vœux de bonheur et de santé. Nous souhaitons que ce mois soit propice pour créer du lien car c'est un mois où l'être humain se rapproche de l'autre. Le ramadan est un moment de grande solidarité et de partage.

Azzedine Gaci a remporté les dernières élections du Conseil Régional du Culte Musulman (CRCM). Pourquoi entretenez-vous des relations tendues avec l'actuel président du CRCM ?

Les gens vivent de cette tension et l'alimentent. Avec le frère Gaci, on ne se retrouve pas sur tout, mais on se retrouve sur l'essentiel. Et l'essentiel, c'est l'intérêt de la communauté musulmane. Il a des moyens d'y parvenir que je ne partage pas mais je pense que chacun de notre côté nous avons la volonté de servir la communauté musulmane. Il est beaucoup plus jeune que moi et je suis plus expérimenté. J'apprécie Gaci en tant qu'homme. C'est quelqu'un d'intelligent, qui a des idées mais il est fougueux.

On sait qu'au cœur de vos désaccords avec Gaci, il y a la question du mode de scrutin pour désigner les représentants du CRCM. Les délégués sont désignés en fonction du nombre de mètres carrés dont dispose leurs mosquées. Vous dénoncez ce système, mais M. Gaci répond que vous avez contribué à le mettre en place avec la Grande Mosquée de Paris.

Ce qui a marché en 2003 n'a pas marché en 2005 et encore moins en 2008. Le système des mètres carrés a permis de démarrer le processus de représentation de l'islam en France. Mais aujourd'hui, nous avons d'autres critères sur lesquels on peut s'appuyer. Il faut réformer le mode de scrutin actuel. J'ai l'exemple d'une mosquée à Saint Fons où 3 ou 4 délégués ont voté alors que la mosquée n'existait plus. Et des exemples de ce type, j'en ai d'autres. La Grande Mosquée de Lyon équivaut aujourd'hui à 15 petites mosquées de l'agglomération qui n'ont pas du tout le même rayonnement. Je trouve cela injuste. On ne peut mettre ce type d'institution sur le même pied d'égalité que les mosquées de quartier. Si la Grande Mosquée de Paris a été la première construite dans le siècle précédent, la Grand Mosquée de Lyon a été la dernière. Et c'est la mosquée de l'intégration. C'est grâce à la construction de la Grande Mosquée de Lyon que beaucoup de maires ont décidé de sortir les mosquées des caves. Ils ont pris Lyon en exemple. Regardez à Meyzieu ce qu'il s'est passé après la dégradation de la nouvelle mosquée. C'est le maire lui-même qui s'est fait le porte-parole des musulmans. Je trouve ça formidable. Avant, ça n'aurait pas été possible.

Les représentants de l'islam de France se répartissent en fonction de leurs nationalités. Ce sont les marocains qui ont d'ailleurs remporté les dernières élections du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Considérez-vous que, comme le système de mètres carrés, nous sommes face à une dérive ?
Les algériens sont la première communauté musulmane de France et je suis d'origine algérienne. Malgré cela, je ne suis pas pour qu'on oppose les communautés musulmanes entre elles. Ce que je souhaiterai, c'est qu'à l'avenir, c'est qu'on ne travaille plus avec un drapeau en tête mais simplement avec des projets pour la communauté musulmane dans son ensemble. En revanche, je ne comprends pas les turcs. Il faut qu'ils fassent un choix. Je dis aux turcs qu'aujourd'hui on ne peut pas vivre en autarcie.

Où en sont les projets de construction de mosquées dans la région ?

Il y a aujourd'hui une quinzaine de projets en cours ou en gestation en Rhône-Alpes. Ça prouve la vitalité de la communauté musulmane. D'ailleurs, la Grande Mosquée de Lyon devient trop petite. Pendant la prière, les gens s'installent dehors. Mais je pose une question. Est-ce qu'aujourd'hui nous avons seulement besoin de mosquées ? L'islam n'est pas seulement une religion, c'est aussi une culture et une civilisation. Il y a aujourd'hui un centre culturel juif et un centre culturel arménien. Pourquoi les musulmans n'auraient-ils pas eux aussi le droit d'exprimer leur culture ? Nous souhaitons construire un centre culturel de l'islam. Lorsque Giscard d'Estaing était président de la République, il avait déclaré qu'en plus de la Grande Mosquée de Lyon, il y aurait également le projet d'un centre culturel. Aujourd'hui, on veut faire l'Euroméditerranée. Or l'Euroméditérranée se construit aussi avec des gestes symboliques.

Recueilli par Slim Mazni

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