“En 1996, le principal du collège Longchambon, dans le quartier des États-Unis, à Lyon, m’a alerté au sujet du départ des deux derniers élèves juifs de son établissement. Le harcèlement avait eu raison de la mixité sociale et ethnique des élèves” Audition de Jean-Pierre Obin, inspecteur général de l’Éducation nationale © P.A. Pluquet
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Islamisme à l’école : le rapport qu’on a ignoré

En 2004, des inspecteurs généraux de l’Éducation nationale remettent au gouvernement une enquête “inquiétante” sur la “théologisation de l’enseignement” dans les établissements scolaires. Le rapport Obin aujourd’hui plus que jamais d’actualité, a été dissimulé pendant des années.

C’est une enquête circonstanciée de 37 pages, menée dans 61 collèges et lycées d’une vingtaine de départements français, de janvier à mai 2004, qui tirait la sonnette d’alarme sur les contestations de nature religieuse dans l’enseignement. Remis au ministre de l’Éducation nationale de l’époque, François Fillon, le rapport sur “les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires”, mené par dix inspecteurs généraux de l’Éducation nationale, alertait sur la montée, chez les jeunes de la deuxième génération de l’immigration maghrébine, d’un intégrisme identitaire, politique et religieux dans l’école. Un sujet qui n’a jamais rencontré autant d’écho que depuis l’assassinat, par un terroriste islamiste, du professeur d’histoire et géographie Samuel Paty, le 16 octobre dernier, devant son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Ou depuis les récentes menaces de mort par décapitation proférées à l’encontre des professeurs et élèves de l’école Philibert-Delorme, dans le 8e arrondissement de Lyon.

Rousseau sur l’échafaud

Les auteurs du rapport relèvent “le refus ou la contestation, assez fréquents, de certaines œuvres et de certains auteurs”. Sont ainsi particulièrement visés “les philosophes des Lumières, surtout Voltaire et Rousseau, et les textes qui soumettent la religion à l’examen de la raison”. Sont également des cibles de choix “les œuvres jugées licencieuses (exemple : Cyrano de Bergerac), “libertines” ou favorables à la liberté de la femme, comme Madame Bovary, ou encore les auteurs dont on pense qu’ils sont étudiés pour promouvoir la religion chrétienne (Chrétien de Troyes...)”.

Les dix hauts fonctionnaires publics qui ont planché sur le sujet pointent du doigt que “tout laisse à penser que dans certains quartiers les élèves sont incités à se méfier de tout ce que les professeurs leur proposent, qui doit d’abord être un objet de suspicion, comme ce qu’ils trouvent à la cantine dans leur assiette ; et qu’ils sont engagés à trier les textes étudiés selon les mêmes catégories religieuses du halal (autorisé) et du haram (interdit)”.

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