Incidents à répétion à la centrale du Tricastin : "c'est une centrale comme les autres" selon la Criirad

Réactions de Roland Desbordes, physicien et président de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité).

Lyon Capitale : La centrale de Tricastin défraie la chronique depuis quelques mois en raison de la succession d'incidents unique en France. Comment expliquez-vous cela ?

Roland Desbordes : Ce n'est pas spécifique à Tricastin. Il y a plus d'une centaine d'incidents en France tous les ans, donc au moins une dizaine pendant l'été. Ceci étant dit, il est vrai qu'il y en a eu un peu plus au Tricastin. Ce qu'il faut regarder, c'est le type d'incident. Celui de lundi (8 septembre, ndlr) est plutôt rare, mais a priori pas trop dangereux. Mais cela interroge. Depuis l'été, entre les rejets très importants d'uranium dans un ruisseau, la contamination d'une centaine de salariés, les accidents ne sont pas banals, non pas par leur ampleur mais plus par leur nature.

En réalité, ce qui pose problème, c'est que l'échelle INES (mesure la gravité d'un incident nucléaire de 1 à 7, ndlr) reste de la com'. C'est l'exploitant, EDF, qui propose une classification à l'ASN (autorité de sûreté nucléaire, ndlr) qui, ensuite, approuve ou non. Cette échelle ne repose finalement sur aucun critère scientifique. Pour nous, observateurs extérieurs, il est donc très difficile d'évaluer la pertinence des niveaux. Et l'ASN, sur le papier, est indépendante, puisqu'elle n'est plus sous tutelle du gouvernement. Par contre elle n'a jamais véritablement marqué son indépendance vis à vis d'EDF : il n'y a jamais eu de sanctions, que ce soit au Tricastin ou ailleurs !

Certains parlent de " Tricastin la Maudite ", de " centrale hantée "...

C'est une centrale comme les autres. Certes, le site est un peu âgé, pratiquement 30 ans mais il n'y a pas plus de problèmes ici qu'ailleurs. Il n'y a aucune différence. Les évenements récents au Tricastin ont donné un coup de projecteur au nucléaire qui disait que tout était bien géré, transparent.

Une étude épidémiologique va être lancée sur le site du Tricastin. Pourquoi avoir attendu tout ce temps ?

Ce sont les citoyens et les associations qui ont fait cette demande, il y a des années. L'étude, qui devrait débuter dans quelques mois, va étudier les cancers aux alentours de la centrale du Tricastin, dans un rayon de l'ordre de dix kilomètres. Mais nous ne disposons d'aucun niveau de référence, avant la mise en service de la centrale. Nous ne disposons d'aucune donnée. Résultat, il va être très compliqué d'interpréter les résultats. Il va falloir recouper les fichiers de la Sécu, du travail, etc. Mais c'est toujours mieux que rien du tout.

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