Grand Hôtel-Dieu Lyon : l'urgence d'une esplanade et d'une halte fluviale

Ouvert depuis moins d'un an, le Grand Hôtel-Dieu de Lyon se retrouve face à la réalité des usages. L'absence de parvis côté Rhône se fait de plus en plus remarquer.

"Demain, il faudra imaginer qu'on recouvre cette trémie, pour ne plus avoir ces voitures qui passent au-dessus, mais en-dessous, et ainsi avoir une belle esplanade qui nous permette de retrouver l'Hôtel-Dieu d'antan*. Il faudra des moyens et de la volonté politique."
Lundi soir, le président de la métropole de Lyon, David Kimelfeld, a profité de l'inauguration officielle des Halles du Grand Hôtel-Dieu pour ressortir du tiroir un vieux projet lyonnais : l'aménagement d'une vaste esplanade devant le Grand Hôtel-Dieu, coté Rhône.

L'idée n'est pas nouvelle. Au milieu des années 80, André Soulier, alors premier adjoint de Francisque Colllomb, avait eu l'idée d'enterrer la circulation devant l'Hôtel Dieu, quai Jules Courmont, et d'aménager une grande esplanade avec des jardins. "Depuis la rive gauche du Rhône, on aurait eu le spectacle offert par le Parlement à Budapest depuis la rive droite du Danube".

L'idée n'avait pas été reprise par Michel Noir.  A la toute fin des années 90, le paysagiste Jérôme Vital-Durand avait soumis à Raymond Barre un immense projet de jardin devant l'Hôtel Dieu, partant du ras de la façade Soufflot jusqu'au Rhône, avec à même le fleuve une immense terrasse en demi-cercle et un aménagement fluvial pour les bateaux. Au début des années 2000, le projet a été présenté à  Gérard Collomb qui a rejeté l'idée "persuadé qu'il n'y aurait alors plus de voitures dans les années à venir" explique à Lyon Capitale Jérome-Vital Durand.

Visuel de campagne de Dominique Perben

"Des conneries comme ça c'est incommensurable"

En 2003, l'urbaniste Charles Delfante, penseur du quartier de la Part-Dieu, fulmine contre la circulation devant l'Hôtel-Dieu : "l'axe Nord-Sud, c'est une erreur qui date des années 1930. L'axe Nord-Sud est devenu l'axe Nord-Sud dans sa forme actuelle au début des années 1950, parce que l'on a eu peur de la flotte. l'idée initiale de l'axe Nord-Sud, c'était une autoroute sur les bas bords. Des conneries comme ça c'est incommensurable. Vous connaissez l'Hôtel-Dieu, la trémie du pont de la Guillotière. Qu'est-ce que cela aurait coûté de plus, surtout en terme économique, en terme financier on s'en fout, de faire démarrer la trémie avant le mont Wilson, d'avoir une grande esplanade devant l'Hôtel-Dieu ?"**

Le projet d'esplanade tombe aux oubliettes pendant quelques années et ressort dans le débat des élections municipales de 2008 qui opposent Dominique Perben et Gérard Collomb. Le candidat UMP souhaitait voir l'hôpital ouvert sur le Rhône par une vaste esplanade. Cela supposait d'enterrer les voies automobiles. Budget estimé par Dominique Perben :  35 millions d'euros. Le maire sortant avait alors jugé le projet "trop coûteux et très compliqué à mettre en place". En 2012, une "Etude d'impact pour la reconversion du site de l'Hôtel-Dieu" de la SAS Hôtel-Dieu Lyon Presqu'Ile préconise de "renouer une proximité avec le Rhône en rive droite en développant une desserte fluviale". On n'en entendra plus jamais parler.

"Collomb ne va certainement pas laisser passer ça !"

Fin de l'histoire. Jusqu'à ce 11 février 2019. Lors de l'inauguration des Halles du Grand Hôtel-Dieu, le président de la métropole de Lyon David Kimelfeld prend la parole, profitant ( ?) de l'absence de Gérard Collomb à Dubaï et Abou Dhabi, pour une mission dans le cadre du World Government Summit, avec ses plus fidèles adjoints (sauf Georges Képénékian et Richard Brumm alors aux côtés de David Kimelfeld aux Halles du Grand Hôtel-Dieu).

De l'avis d'un grand connaisseur du dossier, "Collomb ne va certainement pas laisser passer ça ! Imaginez, David Kimelfeld qui vient dans la ville de Collomb, auxEmirats Arabes Unis, pour lui dire ce qui serait bien pour sa ville et décider à sa place. C'est éminemment politique ce dossier d'esplanade du Grand Hôtel-Dieu". 

* En 1860, des photographies montrent des quais devant l'Hôtel-Dieu accessible par une double descente de quai.
** Expertise et politique dans les grands projets d'aménagement urbain pendant les Trente Glorieuses, le cas Lyonnais - DEA de Sébastien gardon, Université de Lyon 2, 2002-2003.

 

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3 commentaires
  1. Abolition_de_la_monnaie - 12 février 2019

    La voiture est une plaie.
    Vous aurez beau l'enterrer à des endroits, et à l'inverse détruire des trémies (Garibaldi),
    tout ceci n'est que foutage de gueule afin de donner du travail au BTP (et permettre de jolies plus-values immobilières) sans rien résoudre des problèmes de flux.
    .
    Pourquoi personne ne propose d'enterrer l'autoroute qui entre dans Lyon jusqu'au tunnel de Fourvière pour "permettre" d'enfin vendre la partie rhône de Confluence ? Au moins comme ça, ça ne gâcherait pas des terres agricoles en reportant la pollution chez les autres ?
    (avec des supers filtres à air de loin en loin, les mêmes qu'on n'utilise pas pour les sorties d'air du tunnel de la croix rousse et qui ressortent sur le nez des enfants dans les écoles à côté !)
    :o)

  2. jol - 12 février 2019

    Tres belle idée qui finirait bien le lieu
    pour l'aspect politique je ne me prononcerai pas

  3. Galapiat - 13 février 2019

    excellent projet qui permettrait d'allier usage de la voiture, indispensable aujourd'hui et ballade sur cette partie du quai du Rhône type quai de la Saône, il faudra aussi prévoir un parking souterrain sous la trémie , nos aménageurs sont compétents, Mais n'oublions pas , sans réalisation du C.O.L le flux de véhicule restera important,Le projet est certes couteux mais le repousser ne fera pas baisser les couts.

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