Glorious : initiation à la pop louange

REPORTAGE - Tous les jeudis soir, dans une chapelle de la Presqu’Île transformée en salle de concert, des centaines de jeunes lèvent les bras pour proclamer leur foi. Un concept inspiré par d’autres pratiques du christianisme, né dans une paroisse de Lyon l’année dernière, et qui commence à faire des émules au sein des autres diocèses français.

On ne présente plus Glorious aux jeunes cathos français. Ce groupe pionnier de la “pop-louange” (ou rock chrétien), monté à Lyon par trois frères, Benjamin, Thomas et Aurélien Pouzin en 2002, a derrière lui 100.000 albums vendus, 300 dates de concerts dans l’hexagone, et une aura médiatique qui dépasse largement le cadre de l’Église catholique. Car le “phénomène Glorious” intrigue.

D’abord par son mélange des genres : au pied des statuaires de la chapelle Saint-Croix, en plein cœur de la presqu’île, l’encensoir a été remplacé par des fumigènes, les cierges par une armée de spots, le livret de chant par un écran géant, et l’orgue par une sono dont la qualité n’a rien à envier aux salles de concert traditionnelles. Ensuite parce qu’il n’est pas unique en son genre : en même temps que Glorious un chapelet d’autres groupes a vu le jour en France il y a 7 ans. Carmen’Z aux accents plus punks, fondé en Picardie par d’anciens scouts, Spear Hit, la louange façon reggae, Push à Toulon...

Il y a trois ans, les médias prophétisaient l’émergence d’une génération de pop chrétienne, indépendante des paroisses, et aux méthodes largement inspirées des églises évangéliques américaines. Avec plus ou moins de bonheur.

Un feu de paille ?

En 2007, Glorious “fait une pause”, et la plupart des autres groupes se dissolvent d’eux-mêmes. Très peu d’évêques ont soutenu le mouvement. Positionnement confus, discours enflammé mais quelque peu juvénile (les leaders de Glorious avaient à peine 17 ans au moment de son lancement), les apprentis évangélisateurs se voient opposer le silence de l’Institution. “Nous avons sorti quatre disques, sommes passés sur tous les plateaux de télévision, d’Ardisson à Ruquier : tout le monde parlait de nous, sauf les évêques” regrette Thomas Pouzin. Avec une question aux lèvres : l’Église ne prend-elle pas trop de temps parfois pour se laisser changer ?

C’est un prêtre diocésain de Lyon, David Gréa, qui vient insuffler une seconde vie au groupe, en leur proposant d’animer un groupe de prière hebdomadaire dans sa paroisse, ainsi que la messe du dimanche soir. Avec cet enracinement paroissial, et son accompagnement par un prêtre, Glorious retrouve une légitimité et reçoit ouvertement la bénédiction du cardinal Barbarin. “Lyon Centre, la paroisse du 21ème siècle” est officiellement lancée le 7 décembre 2008 dans la chapelle de Sainte-Croix à Ainay. Un an après, le rapport de mission de l’association à ses mécènes est éloquent : 350 jeunes en moyenne ont assisté chaque jeudi soir aux veillées de prière animées par le groupe, avec des pics à plus de 500 personnes certains soirs, obligeant le staff à ouvrir les portes de l’Église attenante. Le nombre de paroissiens présents à la messe du dimanche soir est passé de 200 à 400 en un an, et le concept a été étendu aux enfants le mercredi matin, avec “Lyon Centre Kids”, spécialement dédié aux tout-petits.

Only Lyon ?

C’est unique en France, et c’est à Lyon !” s’exclame Sixtine, membre du staff préposée à la vente de produits dérivés : disques, bracelets et sweats à capuche bardés du logo “power” de Lyon Centre et de son slogan : “Restez connectés à l’essentiel”. “Les gens viennent de toute la France pour voir ce qui s’y passe”. Des délégations d’autres diocèses français et européens se sont en effet déplacées pour examiner le concept. Albi Centre a été créé en novembre, Paris serait en quête d’un lieu, et Lille et Strasbourg seraient aussi en réflexion.

Pour Benjamin Pouzin, 27 ans, aujourd’hui marié et père de deux enfants, l’objectif est d’opérer une révolution des mentalités dans l’Église. “Ici on touche les jeunes dans leur propre culture. Ce n’est pas avec les grandes orgues qu’on réussira à les interpeller profondément. Les cathos se sont “exculturés” eux-mêmes, l’Église n’a plus de point d’accroche avec ce que vit le monde, on ne peut plus vivre avec le modèle ecclésial des années 1980. Notre projet est de nous “inculturer” à nouveau. À Lyon, nous avons l’ambition de tirer l’Église en avant”.

Cet appel au “Réveil” semble être entendu pour l’instant surtout d’un certain milieu de catholiques : familles aisées d’Ainay pour la majorité, jeunes entre 14 et 21 ans déjà éduqués dans une culture religieuse. “Mais c’est d’abord chez eux qu’il faut souffler sur les braises”, assure Thomas Pouzin. Pourvu qu’ils ne soient pas trop exigeants sur le contenu et la variété des textes.

Quelques détracteurs, souvent plus âgés, sont venus voir par eux-mêmes et reconnaissent que “ce n’est pas leur truc”. “L’exaltation des émotions me fait un peu peur. Ce sont des techniques qui sont aussi utilisées par les sectes”, avance l’un d’entre eux, tout en reconnaissant que la présence d’un prêtre de la paroisse représente à cet égard un gage important de cadrage par l’Église. “Notre ambition est que les jeunes lâchent prise”, reconnaît le pianiste en glissant à la fin de l’interview le flyer de son dernier disque en solo...

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