ENTRETIEN AVEC SUZANNE PARIZOT, PSYCHIATRE A L'HÔPITAL SAINT-JEAN-DE-DIEU : "L'ESPRIT HUMAIN N'EST PAS UN ECHANGE DE MOLECULES"

Si ça marche, c'est une première mondiale. Qu'en pensez-vous ?
Suzanne Parizot : Attention aux cris de victoire sur les premières mondiales !.. Presque chaque mois une équipe crie ainsi victoire soit sur une molécule, soit sur un gène ..... qui guérirait les dépressions, les schizophrénies, etc etc. Cette molécule peut avoir un impact sur la dépression, mais pas plus que d'autres, ne pourra soigner complètement la maladie. L'esprit humain n'est pas réductibles à un échange de molécules dans le cerveau. Tout d'abord parce que ces neurotransmissions sont en interaction avec le corps entier mais surtout parce que l'être humain est un être en situation psychologique et sociale. La psychiatrie essaye d'envisager l'humain dans sa globalité "bio-psycho-sociale". On doit intervenir sur ces trois niveaux, en privilégiant un angle d'attaque. Par exemple, pour quelqu'un qui est soumis à des pressions sociales, une intervention sur ces pressions pourrait être curative. Par contre, pour quelqu'un qui a un accès dépressif alors qu'il est dans un contexte environnemental bon et dont on sait que dans sa famille, il y a eu plusieurs suicides et dépressions, on interviendra davantage sur le niveau biogénétique.

30 à 40 % des patients ne répondent pas aux antidépresseurs. Comment faut-il les traiter ?
On constate tous les jours des résistance à la chimiothérapie. Comme on voit des personnes qui ne réagissent pas à la psychothérapie. C'est absolument réducteur et faux de penser que l'inefficacité de ces médicaments a une cause uniquement chimique puisqu'il y a des facteurs bio-psycho-sociaux dans toute dépression.

Certains psychologues s'insurgent contre la facilité à prescrire des médicaments pour traiter la dépression et préconisent un suivi psychologique des patients...
Il faut une approche globale de la dépression. Le problème avec les médicaments, c'est que bien souvent ce sont les médecins généralistes qui prescrivent, sans avoir ni le temps, ni la formation pour une approche clinique globale. En plus, il n'y a pas de traitement "anti-dépression" (c'est un abus de langage marketing) mais des molécules qui agissent sur tel ou tel neurotransmetteur. Si des médecins peu formés et pressés vont prescrire ces "médicaments" comme des antibiotiques, d'autres professionnels ignorant parfois le danger mortel d'une dépression grave (suicides) vontr prescrire des psychothérapies longues et inutiles.

Il n'y a pas "une" mais "des" dépressions

La psychiatre Suzanne Parizot nous l'explique.

"La dépression est une maladie psychique repérable par des critères reconnus mondialement (des troubles typiques pendant un temps assez long, avec tristesse, ralentissement, perte d'intérêt, impossibilité à se concentrer, perte de l'estime de soi... etc). D'autre part, le psychiatre va tenter de comprendre la problématique de quelqu'un qui demeure prostré, lui empêchant toute projection de la pensée vers l'avenir. Cette attitude s'accompagne plus ou moins de symptômes dangereux (tentatives de suicide, abandon de l'insertion socio-familiale, altérations sérieuses de la santé physique).

Certaines personnes ont plusieurs de ces accès dépressifs caractérisés dans leur vie (on parle de dépression récurrente) alternant parfois avec d'autres troubles de l'humeur où les symptômes sont inverses : euphorie, paroles abondantes sautant d'un sujet à l'autre, excitation permanente... Enfin il y a des gens qui ne sortent jamais complètement de leur état dépressif et qui forment le groupe assez important des "dépressions chroniques".

A côoté de ces formes bien inventoriées par la psychiatrie, il y a toute une foule de personnes atteintes de quelques uns de ces symptômes, plus ou moins passagèrement . C'est cependant plus qu'un "coup de blues" même s'il y a une vraie souffrance."

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