En été "le droit à l'IVG remis en cause à Lyon", selon le planning familial

Congés, fermetures, activités réduites…Les centres d’IVG connaissent en période estivale des difficultés pour accueillir les femmes désirant se faire avorter. Le planning familial du Rhône lance un appel urgent à l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Rhône-Alpes pour pallier cette situation. Une réunion de crise doit avoir lieu mardi 7 août.

Sur les quatre centres d’IVG de Lyon (Hôpital de la Croix Rousse, Lyon Sud, Edouard-Herriot et Femme Mère Enfant de Bron) tous, sauf un, fonctionnent en activité réduites pendant la période estivale. Même constat pour les médecins conventionnés, sur 17, seuls 3 exercent pendant cette période. Marion Athiel, présidente du planning familial du Rhône, explique que “les établissements de santé font leur maximum pour réorienter les patientes et combler le manque de médecins, souvent partis en congés, mais cela n’est pas suffisant“.

Une incohérence est aussi à dénoter entre les chiffres avancés par l’Agence régionale de Santé (ARS) et ceux récoltés par le planning familial, “Quand nous comparons nos données avec celles de l’ARS nous voyons bien qu’il y a bien moins de vacations que prévues“ avance Marion Athiel. Principale conséquence de ce manque d’effectif : le rallongement des délais d’avortement. Pour la présidente du planning familial du Rhône, ce "bricolage", récurrent en été, devient problématique car il “touche directement le droit des femmes à disposer de leurs corps“.

La possibilité d’avorter par méthode médicamenteuse, qui doit se faire avant 7 semaines d’aménorrhée, est par exemple remise en cause. La situation devient encore plus critique pour les femmes proches du délai légal d’avortement, c'est-à-dire entre 12 et 14 semaines d’aménorrhée. “Nous avons réussi à trouver une solution pour les cas les plus urgents, mais nous avons aussi été obligés de rediriger certaines femmes en dehors du département pour être prises en charge“. La présidente du planning familial confirme d'ailleurs que, passé ce délai, les femmes sont contraintes d’aller se faire avorter en Espagne ou au Pays bas.

"Les Hospices civils de Lyon font des choix économiques"

Une des principales raisons de ce dysfonctionnement trouve son origine dans le manque de moyens financiers et humains. “Les Hospices civils de Lyon (HCL) manquent de moyens et font des choix, un centre d’IVG n’est absolument pas rentable pour eux. Mais le droit des femmes à disposer de leurs corps ne doit pas être une variable économique“, défend Marion Athiel. Contactés par Lyon Capitale, les HCL affirment, quant à eux, que “l’organisation estivale est stabilisée depuis plusieurs années sans qu’il soit fait retour de dysfonctionnement ou de difficultés particulières pour obtenir une prise en charge dans les délais“.

Pourtant, dans les centres d’orthogénie (IVG), le son de cloche est différent. Outre l’Hôpital Lyon Sud qui ferme son centre tout le mois d’août, les trois autres centres d’IVG que nous avons contactés, confirment qu’ils ne peuvent délivrer de rendez vous avant le 20 août dans le meilleur des cas. Souvent mal rémunérés, et peu nombreux, les médecins pratiquant ce type d’interventions sont difficiles à remplacer. Thérèse Rabatel, adjointe au maire de Lyon chargée de l'égalité des femmes, qui suit la situation de près, regrette qu’il n’y ait pas plus de médecins engagés dans cette pratique et que ceux-ci ne soient pas mieux rétribués et considérés pour cet acte.

Réunion de crise à l’ARS

Le problème semble cependant avoir été entendu du côté de l’ARS. La directrice de la santé publique à l’ARS Rhône-Alpes, le docteur Anne-Marie Durand, pointe la nécessité "d’objectiver les données". Le dispositif d’agenda coordonné entre les différents établissements n’ayant jusqu’à présent jamais posé de problèmes, la directrice de la Santé se dit surprise : "Nous n’avions jamais eu de retours négatifs de la part des centres depuis deux ans, mais si cela s’avérait être le cas, une meilleure mise en liaison entre les centres serait nécessaire".

Une enquête est prévue ce lundi 6 août auprès des établissements concernés de manière à identifier si le dysfonctionnement est réel. "En fonction du résultat nous mettrons en place ou non des solutions. Dans tous les cas nous rencontrerons le planning familial le mardi 7 août", avance Anne-Marie Durand. Pour Thérèse Rabatel, il est surtout important de ne pas oublier que " l’IVG est un droit pour les femmes et un problème humain crucial dont l’ARS et les HCL doivent assurer la mise en œuvre autant que de besoin, dans les délais avec toute la qualité nécessaire". En 2011, 4 302 femmes ont subi une IVG dans les établissements des HCL.

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