la cause des parents

Dix ans après, toujours pas de maison de naissance à Lyon

INTERVIEW - La Cause des parents fête ses dix ans les 9 et 10 octobre prochain à la Croix-Rousse. Dix ans d'existence d'un lieu de parole unique à Lyon pour les parents, et toujours, l'espoir d'ouvrir une maison de naissance un jour à Lyon. Elisabeth Martineau, co-fondatrice de l'association et Chantal des Roseaux, coordinatrice, font le bilan de ces dix années écoulées et des combats qu'il reste à mener.

- Lyon Capitale : Combien d'adhérents avez-vous aujourd'hui à "La cause des parents" à Lyon Croix-Rousse ?

- Chantal des Roseaux, coordinatrice : 280 familles sont adhérentes et 1500 usagers participent à nos activités.Au début nous étions quinze à Chazay d'Azergues (69).

- "En devenant parent, on naît à de nouvelles questions, on se sent parfois seul pour y répondre …". C'est votre devise. Mais que proposez-vous concrètement aux parents qui viennent vous voir ?

- Elisabeth Martineau, co-fondatrice, ancienne directrice : Nous organisons des rencontres entre parents, auxquelles on peut assister avec son enfant. Elles ont lieu tous les jeudi après-midi et un samedi par mois. C'est l'occasion de discuter entre parents sur un sujet donné ou sur ce qui nous travaille dans l'instant. A Mornant, des groupes de paroles existent aussi, à Oullins, Saint-Symphorien-sur-Coise. L'association rayonne dans tout le département. Mais c'est aux parents de créer des groupes de paroles. Il n'y a pas de professionnels, pas de tabou. Résultat, on se sent un peu moins seule quand on entend une autre maman dire qu'elle a été réveillée cinq fois dans la nuit par son nouveau-né. Il y a beaucoup de questions aussi sur l'éducation. Le fait d'en parler ; ça fait son chemin, on est transformé quand on rentre à la maison. Enfin, on a toujours quelqu'un à appeler en cas de besoin.

- Chantal des Roseaux : On fait partie d'un réseau, les enfants grandissent, les questions sont infinies ...

- Elisabeth Martineau : Et puis, quand les enfants vont à l'école, les parents se sentent souvent seuls. Françoise Dolto a créé La Maison verte à Paris, c'est une très bonne idée, il faudrait plus de structures comme celle-là. On parle du baby blues, mais quand on se retrouve seule à la maison avec un bébé qui braille, on craque, c'est inévitable. En plus, on est souvent loin de nos familles. Il faut pouvoir en parler …

- Qu'est-ce qui a changé en dix ans à la cause des parents ? De nouveaux besoins, de nouvelles demandes se sont-elles fait sentir ? Comment vous êtes-vous adaptés  ?

- Elisabeth Martineau : Par rapport à la naissance, il y a dix ans, notre objectif était de dire : les parents ont leur mot à dire. Et bien, en dix ans, les parents ont vraiment pris leur place. Aujourd'hui, ils se renseignent plus sur l'accouchement, la naissance. C'est le fait d'Internet aussi. Deuxièmement, à l'heure on l'on fabrique des méga-structures, des méga-pôles de l'accouchement [comme HFME à Bron, ndlr], notre fonction d'accompagnement, de dialogue est plus importante que jamais. Quand on a commencé, il y a avait encore de petites maternités à Décines, aux Minguettes. Elles ont disparu. Enfin, on a plus de reconnaissance. On fait partie de la Commission régionale de la naissance et du réseau régional Aurore de périnatalité. On est plus entendu qu'il y a dix ans ....On espère que ça va continuer.

- Dix ans après, vous voulez toujours créer une maison de naissance à la Croix Rousse ?

- Elisabeth Martineau : Oui, mais nous sommes un peu découragés. La France est tellement serrée, coincée. Il faut attendre que tous les papiers soient en règle avant de bouger. Isabelle Brabant [sage-femme qui a créé les premières maisons de naissance au Québec, NDLR] est venue en France en 2003, elle nous a dit "qu'est ce que vous attendez, il faut le faire !". Évidemment, ce n'est pas la même mentalité au Canada, ce sont des pionniers. Le pays est neuf, il y a tout à faire. En France, il y a beaucoup de craintes. Si un bébé meurt en suite de couches à l'hôpital, on n'en parle pas. Mais si un enfant meurt après un accouchement à domicile, c'est la fin d'une carrière de sage-femme. Sans parler des assurances pour les sages-femmes qui pratiquent l'accouchement à domicile, qui sont très chères, ce qui explique certainement qu'une seule sage-femme pratique l'accouchement à domicile à Lyon. Tout cela n'aide pas à l'émergence de maisons de naissance et cela reste illégal en France en 2010. Mais peut être que cet anniversaire va nous redonner du courage pour faire bouger les choses …

Pour plus d'informations sur les dix ans de l'association, rendez-vous sur le site de La Cause des Parents

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