Deux jours à tuer

Avec un Dupontel parfait en cadre au bout du rouleau.

Deux jours à tuer ***

De Jean Becker
Avec Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Pierre Vaneck...
Drame. France. 1h25

Antoine, la quarantaine, a tout pour être heureux : une famille harmonieuse, des amis, une place de choix dans la publicité et de l'argent. Mais un jour, il décide de tout faire voler en éclats en un week-end et de tout quitter sans explications.

Qui n'a pas rêvé d'envoyer chier son patron, ses clients, de renvoyer ses amis à leur veulerie et à leurs compromissions, tout ça en un week-end ? Antoine, lui, le fait pour nous, et personne n'échappe à sa fureur, pas même ses deux enfants, parfaites petites têtes blondes aimantes qui font des beaux dessins au lieu de se droguer devant MTV. Voilà qui fait du bien, mais pose aussi une question qui ne manquera pas de tarauder le spectateur : faut-il nécessairement une raison objective pour tout envoyer balader du jour au lendemain ? Ou peut-on le faire juste parce que la pression sociale est devenue insupportable, un peu à la manière de Michael Douglas dans Chute Libre rendu fou par l'embouteillage de trop ( !) ? Le début du surprenant film de Jean Becker balance sur ces questions. Le spectateur est partagé : pourquoi Antoine pète-t-il à ce point les plombs ? Pourquoi maintenant ? A-t-il trop longtemps joué la comédie sociale du cadre dynamique bien marié ? Et tout en cherchant les causes de ce qui le choque dans son habitude de relations policées et d'hypocrisie sociale nécessaire, le spectateur se régale (la scène du repas entre " amis " quasi-jouissive). Sauf que quand arrive la deuxième partie du film (et même bien avant pour être honnête), on sent que cet homme visiblement droit n'agit pas sous le coup du ras-le-bol ou d'une soudaine crise de la quarantaine (hypothèse pourtant étayée par une possible liaison). Car Antoine a une excuse, et une sacrée excuse même : on ne dira pas laquelle. Le film change de direction, abandonnant la comédie dramatique corrosive, genre dans lequel Dupontel, à la fois inquiétant et drôle, excelle une fois de plus : quand Antoine prend la tangente en l'Irlande pour visiter son père (Pierre Vaneck en menhir humain), un ermite passionné de pêche à la mouche, lui-même barré il y a très longtemps loin des siens. Un face à face réussi, tout en non-dits et en explosions de vieilles rancœurs solitaires. Et si Becker nous inflige une fois encore son péché mignon, la partie de pêche, c'est comme une métaphore de la relation père-fils, insaisissable et versatile. Tout juste peut-on regretter qu'au dévoilement du secret d'Antoine, le film rate quelque peu sa sortie. Mais si on comprend pourquoi Antoine/Dupontel a agi de la sorte, on ne peut s'empêcher de voir dans cette justification imparable la béquille un peu commode d'une critique acerbe de la société bourgeoise. Une critique qui ne souffre, elle, aucune justification.

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