Julien et Stéphanie Pitrat, verriers, dans leur atelier-boutique du Vieux-Lyon © Antoine Merlet
Julien et Stéphanie Pitrat, verriers, dans leur atelier-boutique du Vieux-Lyon © Antoine Merlet

Créateurs lyonnais : Julien et Stéphanie Pitrat, maîtres verriers

Défenseurs d’une pratique ancestrale, Julien et Stéphanie Pitrat font partie des derniers travailleurs du verre du Vieux-Lyon. Depuis vingt ans, ils ont fait de leur atelier de la rue du Bœuf un sanctuaire de la création, où artisanat et art se rejoignent dans chacune de leurs œuvres uniques et colorées.

De la rue du Bœuf à la rue du Palais-de-Justice en passant par la place du Gouvernement ou par la place Neuve-St-Jean, impossible d’arpenter le Vieux-Lyon sans tomber sur une des créations de Julien Pitrat. Les Soieries Brochier, la boulangerie du Palais, le restaurant Les Pampres Rouges… Ils sont un certain nombre dans le quartier à lui devoir leurs sublimes devantures de verre coloré, qu’on peut sans ciller intégrer dans le patrimoine historique et artistique du Vieux-Lyon. “C’est simple, si vous voyez une devanture en vitrail dans le coin, ça vient de chez nous ! On fait partie des murs, ici”, s’amuse le maître verrier.

“Ce que j’aime, c’est inventer”

Création de Julien et Stéphanie Pitrat © Antoine Merlet
© Antoine Merlet

Installés depuis plus de vingt ans dans un petit atelier de la rue du Bœuf, Julien Pitrat et son épouse travaillent le verre sous toutes ses formes. Au fil de leurs nombreuses commandes, ils réalisent des pièces sur mesure à destination des professionnels ou des particuliers de Lyon ou d’ailleurs. “Nous fabriquons des objets décoratifs, des miroirs, des lustres, des assiettes… On fait tellement de choses qu’on a arrêté de compter nos références !” explique fièrement l’artisan. Une diversité incroyable que l’on retrouve sur les tables de leur atelier-boutique, mais surtout dans le cœur de son créateur. “Ce que j’aime dans mon métier, c’est inventer. Créer de nouvelles choses, relever des défis techniques… Je déteste repasser sur un travail déjà fait”, insiste Julien Pitrat.

“Ce que je fabrique doit tenir sur des générations”

En défenseur invétéré d’un savoir-faire millénaire, l’artisan fait preuve d’une exigence extrême sur les créations qu’il sort de ses fours. Tout est fait pour que l’œuvre qu’il a imaginée lui survive, à lui et aux enfants de ses enfants. “Je suis très pénible avec moi-même car je ne veux aucun retour. Ce que je fabrique doit tenir et être transmis sur des générations”, dit-il. L’histoire de son métier le passionne autant que sa pratique ancestrale ; l’écouter en parler revient à ouvrir un livre qui en révélerait presque tous les secrets. Presque, mais pas tous, car le savoir-faire des maîtres verriers a pendant de longs siècles été gardé secret. En véritables alchimistes, les artisans ne révélaient jamais la composition exacte de leurs mélanges de verre, leur température de cuisson ou leurs techniques de fabrication. “Au Moyen Âge, seul le maître verrier avait le droit d’entrer couvert et armé jusque dans l’église ! Un grand secret entourait la profession, et c’est encore le cas aujourd’hui”, raconte Julien Pitrat. Ces techniques ancestrales ont permis de faire tenir des vitraux splendides aux fenêtres du clergé et de la bourgeoisie pendant des décennies, voire des siècles. “Ce qu’on crée doit rester à jamais, c’est pour cela qu’on est un peu immortel quand on fait ce métier”, sourit le maître verrier.

Le destin

Malgré leur profond ancrage dans la tradition, Julien Pitrat et son épouse font partie de ceux qui dépoussièrent un métier qui se raréfie. Alors qu’ils étaient une douzaine rien que dans le Vieux-Lyon il y a vingt ans, on compte désormais les travailleurs du verre lyonnais sur les doigts d’une seule main. “L’artisanat d’art est un métier très difficile. Il faut vraiment être passionné pour en vivre, on ne compte pas ses heures et il y a beaucoup d’incertitude, surtout au début”, explique Julien Pitrat. Il en sait quelque chose : deux ans après son ouverture, il a failli mettre la clef sous la porte et c’est un incroyable coup de chance qui l’a remis sur les rails. “Je m’en souviens encore, il pleuvait ce jour-là et j’étais vraiment au bout du rouleau. Je n’avais plus rien et je n’arrivais pas à vendre mes créations. J’étais sûr que le rêve était fini. Soudain, un couple est entré et m’a acheté plusieurs pièces d’un seul coup, juste de quoi me remettre à flot. C’est sûr, c’était le destin !” s’exclame-t-il.

Le destin a peut-être aussi eu sa part dans le fait qu’il travaille aujourd’hui le verre. Alors qu’il était encore adolescent, c’est par hasard que Julien a découvert le métier ; chez son parrain, lui-même vitrailliste. “Il fallait faire un stage dans le cadre du lycée et comme je n’avais aucune motivation pour chercher, j’ai demandé à mon parrain de me prendre dans son atelier. J’y suis allé comme un gros feignant !” Mais… “le plus fou, c’est que ça m’a tout de suite passionné”. Il s’est inscrit dans une école d’art et quelques années plus tard il ouvrait son atelier. Cette rencontre a fait naître chez l’artisan une forte volonté de transmettre ses compétences. “Je ne comprends pas qu’on ne puisse pas apprendre aux autres son travail. Moi, j’estime que j’ai un devoir de transmission.”

Loin des secrets de certains verriers, il enseigne son savoir aux jeunes stagiaires que sa femme et lui prennent régulièrement à l’atelier, mais aussi à tous ceux qui sont intéressés par la pratique des arts du verre. En effet, depuis quelque temps, on peut suivre à l’Art-Elier de la rue du Bœuf de véritables cours d’initiation à la pratique, et repartir chez soi avec tous les outils pour fabriquer soi-même ses créations à base de verre. Et, qui sait, devenir à son tour immortel.


CARTE D’IDENTITÉ DE LA MARQUE

Créateurs : Julien et Stéphanie Pitrat – Marque : L’Art-Elier – Atelier : 23 rue du Bœuf, Lyon 1er – Site : www.lartelier-vitrail.com

La boutique-atelier de Julien et Stéphanie Pitrat, verriers © Antoine Merlet
© Antoine Merlet

[Article publié dans Lyon Capitale n° 788 – Mai 2019]

1 commentaire
  1. vieux caladois - 4 mai 2019

    superbe ! merci !

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