Anne Soupa © Dominicains.tv

Anne Soupa, une femme archevêque de Lyon ? “Et pourquoi pas moi !”

Théologienne âgée de 73 ans, Anne Soupa a décidé de se porter candidate pour succéder au cardinal Barbarin à la fonction d’archevêque de Lyon. Quatre ans après l’affaire Preynat, elle souhaite bousculer l’Église pour raviver sa flamme en redonnant de la visibilité et du pouvoir aux femmes dans son fonctionnement hiérarchique.

Lyon Capitale : Vous avez décidé d'être candidate pour succéder au cardinal Barbarin au poste d’archevêque de Lyon. Pourquoi cette démarche ?

Anne Soupa : Une fois traversé le cercle de feu de l'incompréhension, la démarche est très sérieuse. Il y a un vrai problème sur la question des femmes dans l'Église. Il y a une prise de conscience des femmes elles-mêmes qui n'est pas faite. Une bonne part de mon geste est de dire aux femmes catholiques : “et pourquoi pas moi ?”. Aujourd’hui, il y a quelque chose d'impossible à penser dans la place des femmes dans l’Église. L'autre partie du problème est le contexte lyonnais. 

“À Lyon, quatre épiscopats successifs ont failli”

Une femme Archevêque, à Lyon, c'est un choix symbolique de votre part ?

Je sais que Mgr Dubost est quelqu'un qui prend les choses de façon apaisée. Mais quatre épiscopats successifs ont failli. Aujourd’hui, il faut être pragmatique. Le pape lui-même a demandé en arrivant que l'on distingue mieux la gouvernance du ministère presbytéral. L'Église ne peut le faire avec un recrutement de 100 prêtres par an en France. Cette base est trop faible pour que la gouvernance soit bonne. Un épiscope, au sens antique du terme, c'est un surveillant, un protecteur. Avant de voir arriver un énième évêque issu du même moule, il faut se demander s’il n’y a pas une autre façon de gouverner alors que la puissance de ce que font les femmes au sein de l'église actuellement est extraordinaire. 

Pour le moment le droit canon ne permet pas à une femme d'être nommée à ce poste. 

Je suis une laïque au sens de la hiérarchie de l’Église. Mais je pense que l'on peut gouverner un diocèse, veiller à la rectitude doctrinale, protéger les plus petits, qui est la mission première de l'évêque, en étant laïque. Et je peux être un guide spirituel, sans être directement affectée à la question des sacrements. Pour moi ce sont deux choses différentes. Si un jour une femme devient archevêque de Lyon, les prêtres garderont leur mission des sacrements. Les sacrements ce n'est pas le tout de la vie chrétienne. On peut vivre en chrétien sans ces sacrements, on l'a vu pendant le confinement. 

“Ma proposition décoiffe”

Vous avez déjà posé votre candidature  ? 

On a un comité de soutien sur Lyon (anne.soupa@baptises.fr) et je suis déjà soutenue par La Parole libérée. Maintenant je vais proposer ma candidature à la nonciature. Le nonce apostolique (Agent diplomatique du Vatican, accrédité comme ambassadeur du pape auprès des États, NdlR). est responsable du choix. Il envoie trois noms au ministère de l'Intérieur qui peut dire si cela lui convient ou pas. Une fois l’accord trouvé entre la nonciature et le ministère de l'Intérieur, le nom est envoyé au pape qui tranche. C’est un fonctionnement très ancien qui a pour but d’éviter de nommer des personnes proches d’une fraction trop intégrisante de l’Église. 

Cette candidature bouscule en remettant en question des siècles de construction hiérarchique dans l'église ?

C'est un bouleversement important. C'est une proposition qui décoiffe et questionne profondément l'Église. Mais il faut bien comprendre que je suis quelqu'un d'intérieur à l'Église. J'ai une compétence affirmée. Et pourquoi pas une femme ? Si nous restons sur cette base de 100 prêtres par an, nous n'y arriverons pas. Le recrutement est tellement étroit que l'Église ne pourra plus représenter personne. C'est aussi parce que ce recrutement est restreint que cette fraction intégrisante au sein de l'église prend de plus en plus de place. Ces personnes sont extrêmement rodées aux médias et réseaux sociaux. Les évêques et prêtres dans leur ensemble sont un peu déroutés par les moyens nouveaux de communication et n'ont pas les bons outils pour y faire face. 

“Les choses peuvent changer”

L'Église c'est aussi la figure de Marie. Quel lien faites-vous entre ce personnage et la place des femmes dans cette religion ? 

On s'est focalisé sur le rôle de Marie, mais il y a beaucoup d'autres femmes dans l'évangile. Marie-Madeleine par exemple. Le cœur de la foi c'est de croire en la résurrection. Marie-Madeleine a été la première à croire à ça. Cela démontre bien la place centrale de la femme dans les textes. Mais Marie confortait une image maternelle pour des prêtres célibataires et ne mettait pas de danger sur le vœu de célibat. D’ailleurs il faut dire que l’on valorise ce que l'on veut sur Marie. Elle a prononcé le Magnificat, programme de Jésus qui est révolutionnaire au sens religieux. Mais ce Magnificat n'est pas trop mis en avant alors que l'on valorise beaucoup plus le fait qu'elle “parlait et méditait dans le silence du cœur”. 

Comment s'est construite la dominance masculine dans l'Église ? Est-ce que ça a toujours été le cas ? 

Jésus est révolutionnaire par rapport à son temps. Il ne fait aucune distinction par rapport aux femmes et aux hommes. Certes, il a choisi douze hommes, mais c'était pour réunifier les douze tribus d'Israël. Donc il n'excluait personne. Sous l'influence gréco-romaine, ça s'est rétréci. Il y a eu des femmes diaconesses, des femmes ministre du Culte. Avec le tournant de la réforme grégorienne, là toutes les charges de l'église sont revenues à des prêtres. Ça a été une décision pragmatique du Pape qui ne voulait pas que des grands Nobles prennent des charges pastorales. Mais c’est à ce moment-là que les abbesses ont été privées de leurs capacités de sacrement. Cela montre aussi que rien n’est immuable. Les choses peuvent changer. Et aujourd'hui, c’est une question de survie pour l’Église catholique. Ma candidature a aussi quelque chose de dramatique. Ce serait dommage de ne pas ouvrir les yeux. 

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